Après avoir perdu son poste de médecin, Alexandre cache ses nouvelles activités à sa famille.
Il travaille maintenant auprès de mercenaires et autres brigands qu’il soigne en échange de sommes astronomiques.
Mais alors qu’il accepte un contrat pour deux braqueurs de banque, un homme débarque dans son laboratoire et les prend en otage.
Le temps est compté et Alexandre doit absolument obéir à sa demande : l’empêcher de devenir… un vampire.


Médecine et vampirisme
Le serment d’Hippocrate

Le serment de Mathieu Gabella, Mathieu Mariolle et Mikaël Bourgoin part d’un concept plutôt simple.
Un médecin, travaillant pour la pègre, soigne, contre de fortes sommes, les brigands dans le besoin.
Or, un soir, tout dérape et ses convictions profondes sont remises en cause.
Père de famille, ses enfants lui reprochent ses absences incessantes pour un travail qui prend le pas sur sa vie de famille.
Car, comme le mentionne sa femme : » Soigner les gens, c’est ça, le plus important. »
Se dirait-elle toujours cela si elle savait qui sont ses patients ?
Et c’est tout le paradoxe du personnage de Mathieu Gabella.
Si l’homme travaille pour des crapules, il n’en est pas moins rempli de principes.
D’apparence austère, il n’est pas du genre à laisser la place au hasard. Son protocole est parfaitement huilé et rien ne doit l’entraver.
Ses mesures ont été mises en place autant pour le protéger que pour lui assurer des gains maximum, tout en « respectant » le fameux serment d’Hippocrate.
Ainsi, son identité reste préservée, au point que même nous, lecteur, l’ignorons sur les premières pages du récit.
Et pourtant, bien qu’il semble avoir pensé à tout, une vis va venir gripper des rouages parfaitement entretenus.
Peu à peu, la situation lui échappe, mettant en péril tout ce qu’il a construit jusque là.
Déconstruction du mythe du vampire

Le serment se divise en deux parties.
La première, et sans doute la plus réussie, est un huis clos oppressant où la réalité perd petit à petit pied devant les indices accumulés.
En effet, tout débute de la plus simple des manières.
Un mercenaire amène en catastrophe son frère, touché par balle après un braquage.
Le ton monte mais un deal est passé : le prix d’une vie vaut cinquante milles euros.
Une journée banale en quelque sorte !
Puis déboule Zachary, un arme à la main, prenant les trois hommes en otage.
Zachary n’a rien d’un brigand. Frêle, paniqué mais concentré, il réclame l’aide du médecin, prétextant avoir été infecté par un mal connu de tous les amateurs de fantastique : le vampirisme.
Alexandre et ses compères doutent de la santé mentale de leur preneur d’otage mais le médecin n’a d’autre choix que de suivre ses ordres.
Avec subtilité et une certaine maitrise de la tension, le scénariste, épaulé par Mathieu Mariolle, avance ses pions case après case.
À l’instar du trio, nous doutons. L’homme est-il fou ?
Puis, vient le moment des premiers indices.
Le scénario aurait pu s’arrêter à cette proposition. Zachary est bien un vampire et la situation dégénère, façon Une nuit en Enfer.
Et si on pense au film de Robert Rodriguez, notamment sur sa seconde partie, Le serment apporte sa petite graine à un mythe maintes fois adapté.
Mais les innovations des auteurs sont convaincantes.
Non seulement dans leurs nouveautés mais aussi dans leur pertinence, raccordant les grands marqueurs du vampirisme à une vision nouvelle du vampire.
La seconde partie fait la part belle à l’action.
On décèle une conspiration. Le scénario multiplie les coups de théâtre, fonçant inexorablement vers une conclusion évidente.
Enfin, évidente, dans une moindre mesure ! Le destin d’Alexandre en ressort fortement impacté. Sa vie professionnelle et familiale ne peut sortir indemne de cette série de mensonges et la punition ne tarde pas.
Le serment se termine sur un épilogue des plus intrigants, nous dirigeant vers une possible suite. Il faut dire que certains éléments restent brumeux et demanderaient à ce qu’on s’y attarde plus.
Pour ma part, au vu de ce que semble nous proposer cet épilogue, je suis grave preneur !
Un dessin d’ambiance

J’ai découvert le travail de Mikael Bourgouin sur Le Codex angélique, au côté de Thierry Gloris. Son trait nerveux y faisait déjà des étincelles.
Mais c’est sur sa série suivante, Blue Note que je suis réellement tombé sous le charme viscéral de son dessin.
Le style est vif et féroce, multipliant les effets graphiques pour une mise en ambiance des plus impressionnantes.
Je n’ai jamais autant ressenti la puissance d’une note de musique.
Et c’est exactement ce que l’on retrouve avec Le Serment.
Le style est sombre, pour ne pas dire ténébreux, porté par des coups de pinceaux ravageurs et une plume acérée. La mise en scène emprunte au cinéma et nous en met plein les yeux, tout en nous tenant en haleine tout au long du récit.
La proposition se veut plus classique que celle de Blue Note mais la thématique et l’ambiance collent parfaitement aux envies du dessinateur.
Il a toujours eu un attrait pour les grandes figures du fantastique et les vampires en sont sans doute les plus grands représentants.
Son dessin imprègne littéralement le ton d’un récit violent et brutal.
Le serment est le parfait exemple d’une osmose entre le scénario et le dessin.
En résumé
Le serment de Mathieu Gabella et Mikaël Bourgoin, avec la participation de Mathieu Mariolle, est un one shot au suspense étourdissant.
Se divisant en deux parties, on lui préféra sans doute la première, véritable huis-clos oppressant où les lois de la médecine se plient petit à petit face à celles du fantastique.
Ainsi, les auteurs proposent une réécriture maline du mythe du vampire, débouchant sur une seconde partie, plus primaire, axée sur l'action et la survie.
Le dessin de Mikaël Bourgouin est toujours aussi puissant.
Après Blue Note, il revient avec un véritable récit d'ambiance où son trait et sa mise en scène cinématographique sont largement mis à contribution.
Un one shot divertissant. Peut être le point de départ de multiples déconstructions ?


Pour lire nos chroniques sur :
- American Vampire
- Rapaces