Mots Tordus et Bulles Carrées

Cicatrices (Brandon Arias)

Depuis un terrible accident, Kyonosuke a le visage traversé par une imposante cicatrice.
Jusque là scolarisé à domicile, ses parents, à court de moyens, décident de l’envoyer au lycée.
Malheureusement, il ne faut pas longtemps au jeune garçon pour subir les brimades de Kenta, le voyou de l’établissement.
Heureusement, il trouve le soutien d’Akira, une jeune fille dont il tombe sous le charme.
Akira, rejetée aussi par les autres élèves, prend la défense de Kyonosuke, tout en lui cachant ses propres soucis.

Une cicatrice physique pour 3 cicatrices morales.

Cicatrices ou la somme de toutes les haines

Violences scolaires

La brutalité du geste

Cicatrices de Brandon Arias est un manga traitant de la thématique très actuelle des violences touchant les élèves pendant leur scolarisation.
Si le sujet a été traité de nombreuses fois en manga (Golden Sheep, Silent Voice…), il est intéressant de voir le point de vue d’un auteur chilien.
Même si ce dernier choisit de localiser son histoire au Japon et non au Chili.

Tout débute avec un trait de caractère particulier.
Qu’elle soit physique ou morale, le harceleur ne supporte pas cette différence.
Pour Kyonosuke, les litiges proviennent d’une cicatrice défigurant son visage.
Cette blessure, déjà liée à un passé douloureux, devient le catalyseur d’une haine inacceptable.
De la petite blague, on passe aux moqueries répétitives puis au racket et aux coups.
De ce point de vue, Kenta suit le guide parfait du petit harceleur et ne montre aucune empathie vis-à-vis de son camarade.
Le seul soutien qu’il obtient provient d’Akira, une jeune fille au caractère bien trempé mais elle-même traversée par certains traumas.

À travers ces trois portraits, Brandon Arias pose ses pions et dépasse la simple thématique du harcèlement scolaire.
Les scènes se veulent brutales, n’hésitant pas à choquer par cette violence tant physique que psychologique.
Le mangaka tente d’ailleurs d’en chercher les causes en s’intéressant notamment au cas de Kenta.
Lui-même porte ses propres cicatrices et rejette sa propre rage contre Kyonosuke.
Au final, il n’est pas ce gamin brutal et méchant. Il est juste un enfant brisé par un environnement familial instable.
On pourrait y voir une forme d’excuse sur les agissements du garçon mais le propos semble ailleurs.
Brandon Arias pointe du doigt un facteur rarement mis en avant quand on parle de violence scolaire : le rôle des parents.

violences familiales

Un terrible secret

Avec Cicatrices, Brandon Arias explore aussi trois cellules familiales.
Et on ne peut pas dire que le mangaka soit tendre avec les parents de nos 3 protagonistes.
Que la violence soit physique ou psychologique, qu’elle soit la cause d’un mépris, d’une intolérance et d’une simple incompréhension, les ravages restent les mêmes.
L’adolescence est une période charnière, propice nombre de questionnements. Or, le soutien familial est primordial.
Ce qui n’est aucunement le cas ici.

On pourrait revenir sur les choix du mangaka et lui reprocher une forme de caricature, notamment dans le traitement du père de Kenta ou de la famille d’Akira (même si des familles comme celle-ci, il y en a malheureusement beaucoup).
Mais il fait aussi preuve de finesse en abordant les rapports familiaux de Kyonosuke.
Ces derniers sont des parents aimants, il n’y a aucun doute. Ils ont toujours protégé leur fils et sont à son écoute. Pourtant, eux aussi peuvent faire preuve de mépris.
Méconnaissance, vieux carcan de pensée, les raisons sont nombreuses mais elles amènent une déception d’autant plus forte qu’elle n’était pas imaginable pour le jeune garçon.

Ainsi, Brandon Arias multiplie les thématiques fortes et touche juste.
Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’à la sortie de son manga, l’auteur a lui-même subi la vindicte des réseaux sociaux, lui reprochant certains sujets abordés.
D’une certaine façon, ces réactions, typiques de notre époque, démontrent que Cicatrices, en plus d’être nécessaire, tape juste.

Le graphisme brut de décoffrage de Cicatrices

Classique mais diffèrent

Nous l’avons mentionné plus haut mais Brandon Arias est un mangaka chilien.
Si on s’est habitué aux mangakas français, il est plus rare d’en voir venir d’autres pays et notamment du Chili.
Et au vu d’un marché assez conséquent, on pourrait le regretter.

Pourtant, Cicatrices est une réussite et mérite qu’on y jette un coup d’oeil.
Le mangaka a parfaitement digéré les codes et se les réapproprie à sa manière sans pour autant les dénaturer.
On retrouve une bonne partie des techniques (aplats de gris, formes des yeux, traits de vitesse…) avec un petit quelque chose en plus.
Je mettrais cela sans doute sur le compte de la jeunesse mais la vivacité de son trait, cherchant à cacher certains errements techniques, apporte, en contrepartie, une véritable vitalité à l’ensemble.
Le style n’est pas révolutionnaire mais il retranscrit parfaitement la violence que subit Kyonosuke.

Dans une mini-interview à la fin du tome 1, Brandon Arias cite Inio Asano comme une influence majeure.
Et d’une certaine façon, de part ses thématiques, on retrouve certaines caractèrisques du mangaka, notamment en termes de mise en page mais aussi dans le traitement réaliste et brut de la violence.
C’est d’ailleurs une chouette influence qui laisse présager de belles choses par la suite.

En résumé

Cicatrices est le premier manga d'un auteur chilien, Brandon Arias.
Et pour une première, c'est assez convaincant.

S'emparant de la thématique ô combien actuelle de la violence scolaire, il décrit les mécanismes insidieux débouchant sur le harcèlement.
Mais l'auteur n'en reste pas là et invoque la responsabilité des parents, les mettant face à leurs propres violences et préjugés.
Ainsi, le mangaka, à travers de multiples thématiques, développe des personnages complexes, attachants et / ou détestables, même si, par moment, il frôle la caricature.

Cependant, le sujet reste nécessaire et est traité avec sérieux.
Vivement la suite !

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Bulles Carrées

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