Les soeurs seasons (Rick Remender / Paul Azaceta)

Spring, cadette de la famille Seasons, a pris un poste de factrice pour arrondir ses fins de mois.
Cependant, elle n’est pas très douée. Et, alors qu’elle se lance dans une course effrénée afin de récupérer une simple lettre, elle ne s’imagine pas que celle-ci lui est destinée.

Elle est écrite par une de ses sœurs, Autumn. Elle lui annonce que sa vie, et celles de ses deux autres sœurs, est en péril.
Elles doivent impérativement quitter la ville avant que le cirque n’arrive !

Une formule renouvelée ?

On peut dire, maintenant, que Rick Remender est un vétéran.
Depuis Fear Agent, premier grand succès, le scénariste américain a fait du chemin, multipliant les oeuvres de qualité.
Qu’on lise ses Uncanny X-Force ou Deadly Class, œuvre de référence pour tous.tes les fans, on est embarqué dans des scénarios empreints de cynisme, de violence et d’une vison assez sombre de l’humanité (et de la famille).
On peut même dire que les familles dysfonctionnelles, c’est son « dada »!

Néanmoins, depuis la fin de Deadly Class, l’auteur cherche de nouvelles directions à explorer.
Et aussi paradoxal que cela puisse paraitre, cela transparait déjà dans Sacrifice et notamment à travers le portrait du père de Pigeon.
Reste que ce comics est, dans l’esprit et l’ambiance, un pur produit de l’imagerie de Rick Remender.
Avec les sœurs Seasons, il semble franchir une étape. On retrouve des thématiques communes mais l’ambiance, le traitement et même le pitch s’éloignent très largement de ce qu’il a l’habitude de nous proposer.

C’est, du moins, ce qu’il tente de nous faire croire sur un premier volume surprenant.

Quatre soeurs

Une folle course poursuite

Le premier chapitre des soeurs Seasons de Rick Remender et Paul Azaceta débute par une course poursuite complètement folle.
Spring, toute jeune factrice à la réputation sulfureuse, se lance dans une course effrénée, tentant de récupérer une lettre qui lui a malencontreusement échappé.
Sur son passage, on s’écarte, on frémit et surtout on réprimande. On comprend rapidement que ce type de péripétie n’est guère inédite pour cette population légèrement agacée.

On peut reprocher à Rick Remender de consacrer un chapitre entier à cette course poursuite mais elle a l’avantage de nous présenter un personnage hors-norme.
Spring ne ressemble à aucun des archétypes du scénariste. Enfant délurée à la chevelure d’une rousseur éclatante, elle s’embarque dans cette aventure à corps perdu. Et elle est la seule à croire en sa véracité.
Depuis la disparition de ses parents, la jeune fille a été prise en charge par Winter alors qu’Autumn est partie à l’aventure et que Summer enchaine les plateaux de cinéma.
Vous aurez remarqué la « subtile » dénomination des quatre sœurs ? J’imagine mal Rick Remender se contenter de ce simple trait d’esprit.

Surtout que les relations filiales ne transpirent pas d’une réelle cohésion, au vu des petits pics de Winter.
Il faut dire que c’est elle qui a hérité de la garde de la petite dernière et les tensions sont constantes. Malgré tout, on sent l’attachement qu’elles se portent, malgré une confiance érodée avec le temps.
L’enthousiasme de Spring fait plaisir mais son exubérance la met régulièrement dans de mauvaises postures.

Sachant que ce premier tome n’est composé que de 4 chapitres, Rick Remender réussit néanmoins à présenter ses protagonistes, nous préparant d’avance à des retrouvailles hautes en couleur.
Et des couleurs, les soeurs Seasons n’en manquent pas.

Et le cirque est apparu

Effectivement, l’ambiance, lorgnant vers le conte jeunesse, a de quoi chambouler les habitudes des amateur.rices de l’univers de Rick Remender.
De façon astucieuse, l’auteur alterne les scènes colorées tout en teasant l’arrivée prochaine d’une menace bien plus inquiétante.

Et quoi de mieux que l’imagerie du cirque pour s’amuser avec cette double tonalité, acidulée et pétillante dans un premier temps puis dérangeante dans un second.
L’aspect horrifique est, pour le moment, à peine effleuré mais le dernier chapitre se rappelle aux amateur.rices de Stephen King.
Cependant, ne vous y trompez pas, Rick Remender ne cache pas vraiment son jeu. Il l’expose dès l’introduction, nous montrant frontalement les ravages du Cirque.

Il est difficile pour le moment d’en dire plus sur la direction que Rick Remender souhaite prendre.
Les pions sont posés, personnages comme antagonistes sont prêts à la confrontation. Il n’en reste pas moins que de nombreux mystères restent à résoudre.
Quel est l’objectif de ce cirque ? Qu’est devenue Autumn et surtout, que cache la disparition des parents Seasons ?
De quoi nous tenir en haleine pendant quelques tomes encore !

De l’ombre à la lumière !

Une véritable proposition graphique

Si la proposition de Rick Remender est surprenante, elle est parfaitement soutenue par la partie graphique.

Et à ce niveau, Paul Azaceta joue totalement le jeu, en modifiant drastiquement sa propre méthode.
En effet, le dessinateur espagnol, binôme prestigieux sur le Punisher de Jason Aaron, se démarquait par un style sombre, aux encrages tranchés dont la maîtrise des ombrages nous avait procuré quelques frissons sur le Outcast de Robert Kirkman.

On retrouve cette radicalité sur Les soeurs Seasons mais il la met, cette fois, au service d’un univers coloré où le malaise semble se cacher au milieu d’une multitude d’effets colorés.
On notera des designs particulièrement inspirés, profitant de cet environnement aux milles possibilités.
Que ce soit ce clown géant ou la robe multicolore de Summer, l’auteur s’éclate comme un petit fou.
C’est vif, inventif et d’une efficacité redoutable, au point que même les arrière plans, tout juste esquissés, relèvent de la prouesse.

Surtout qu’on comprend que cette approche n’est pas liée à une quelconque « fainéantise » mais plutôt à un procédé graphique.
Sur la scène d’introduction ou les flash-back, on retrouve un trait plus détaillé où transparaissent les effets d’ombres et de lumières. D’ailleurs, le personnage de Winter en est le reflet.

On ne peut pas terminer cette chronique sans mentionner l’excellent travail de colorisation de Matheus Lopes.
Son apport est essentiel et donne ce cachet si intense et particulier à la série.
Les tons vifs et explosifs alternent avec des variations plus opaques. Cette balance entre le clair et l’obscur est au diapason de l’approche graphique et scénaristique.

En résumé

Il est sans doute encore un peu tôt pour parler de réussite totale, tant ce premier volume des sœurs Seasons n'en est encore qu'à ses prémisses. 

Néanmoins, la proposition de Rick Remender étonne tant elle est différente, à première vue, du reste de sa bibliographie.
Certes, les relations contrastées entre les sœurs Seasons prouvent que la famille reste un ancrage fort des comics du scénariste. Entre une ambiance colorée et une thématique particulièrement fantasque, on ressort de ce premier tome ravi mais déboussolé.
Le comics ne cesse de jouer avec le chaud et le froid, l'ombre et la lumière.
Malgré son aspect pétillant, le malaise horrifique n'est jamais bien loin.

Paul Azaceta, parfaitement épaulé par Matheus Lopes, modèle lui aussi son dessin, tout en gardant ce tranchant si caractéristique. Le style est vif, lumineux et inventif.
Et les designs sont de véritables régals.

Les sœurs Seasons chamboulent les habitudes des amateur.rices de Rick Remender et si pour certain.es il faudra un temps d'adaptation, on ne peut que les féliciter d'une telle prise de risque.
Surtout si elle s'avère gagnante !
Bulles carrées

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