Jean Hegland reprend la vie de Eva, Nell et leur fils Burl, 8 ans après Dans la forêt qui m’avait enthousiasmée. Le jeune homme a désormais quinze ans et n’a jamais rien connu en dehors de la forêt, sans contact avec le monde d’Avant. Mais par une nuit de solstice, alors qu’ils fêtent tous les trois le renouveau de la nature, ils aperçoivent une lueur au loin. D’autres hommes et femmes pourraient bien y vivre. Burl rêve de rencontrer ceux qu’il ne connait que par les récits de ses deux mères. Mais est-ce une bonne idée ?



Notre chère forêt
Commencer une histoire c’est comme plonger dans une rivière, c’est ce que dit tout le temps Nell, c’est comme sortir une main en coupe toute dégoulinante de l’eau fraiche puisée dans ses flots. Voici un nouveau présent, dit une nouvelle histoire. Bois à longs traits et laisse-le te remplir.
C’est Burl qui raconte. Son enfance heureuse au cœur de la forêt, ses habitudes avec ses mères, ses rituels de chasse, de pêche et de cueillette. Leurs plaisirs aussi à chanter, danser et se raconter des histoires.
Burl est un enfant de la forêt. Elle est tout à la fois sa maison, son terrain de jeu et sa subsistance. Avec ses deux mères, ils vivent une vie rythmée par les saisons et les solstices.
Plus qu’une simple vie pratique, « noustrois », ils ont inventé une vie pleine de poésie et de respect pour tut ce qui les entoure. Pour la vie, tout simplement.
Si l’histoire est racontée au travers des yeux et des sens de Burl, c’est aussi tout un langage créatif qui se déploie. Car le jeune homme, s’il ne sait pas lire, manipule le langage pour le faire sien depuis sa petite enfance.
J’écoutais le Grand Tout, et le Grand Tout m’écoutait à son tour.
J’écoutais mes mères, aussi, leurs voix comme une autre sorte de rivière, leurs mots qui m’enveloppaient tout entier dans leur sortilèges sonores et me nourrissaient de leur fascinantes significations. Mes mères m’ont appris tellement de mots – des verbes pour saisir l’action, des noms pour la figer en actes distincts. Sans compter les mots qu’on a créés après, quand ceux que mes mères avaient apportés avec elles du monde d’Avant n’étaient pas assez complets ou justes pour dire tout ce qui était nouveau dans le monde de ce nouveau présent.Burl est le symbole de ce nouveau présent, pétri de mythes et de légendes, sans Dieu mais plein de respect pour les arbres et la nature. Et c’est précisément ce qui le pousser vers les autres hommes qu’il imagine être à l’origine du feu qu’il aperçoit au loin. Si la vie à trois est paisible et douce, sa curiosité le mène vers l’inconnu. Mais les hommes, loin de la forêt, sont-ils prêts à le recevoir ?
Adolescence post-apocalyptique
En reprenant le fil de son premier roman Dans la forêt, Jean Hegland nous ouvre grandes les portes de cette nouvelle vie en harmonie avec la forêt. Elle nous fait pénétrer dans le quotidien de ce trio étrange et attachant que forment Eva, Nell et Burl.
Si la vie à trois semble paisible, il n’en reste pas moins que les trois personnalités sont différentes et que l’envie de Burl de découvrir le monde extérieur et l’humanité va entrer en résonance avec les désirs, les peurs et les interrogations de ses deux mères.
Les hommes ont-ils évolué ? Peut-on s’allier à eux ? Sont-ils prêts à accepter ce jeune homme si particulier ? Leur vie dans la forêt est-elle en danger ?
L’autrice développe avec fluidité et poésie à la fois des scènes de vie au sein de la nature mais aussi des moments de tension, notamment lors de la rencontre avec un autre groupe de jeunes gens. Cela devient alors l’occasion de développer les ressentis et les idées de cette nouvelle génération, née après l’effondrement.
– Vous les vandales, vous aviez tout, dit Colliers tandis que Tousseur s’étouffait. Vous aviez un milliard d’écrans pour vous montrer c’qui s’passait. Vous aviez vos putains d’yeux pour voir. Vous aviez des putains d’thermomètres. Vous saviez qu’les océans, y mouraient, et la calotte glacière aussi, et les abeilles. Vous saviez qu’le temps, y déconnait de plus en plus.
[…]
– Vous saviez, répéta Colliers. Et vous avez rien fait.
En développant le personnage de Burl, Jean Hegland nous offre un souffle nouveau, empreint de curiosité et d’espoir.
Et si Burl portait en lui le renouveau de l’humanité ?
Pourquoi lire Le temps d’après ?
15 ans ont passé depuis le départ de Nell et Eva vers la forêt. Les deux soeurs, devenues mères, et leur fils Burl, nous offrent une vision à la fois poétique, écologique et sombre de ce que pourrait devenir l'humanité. Jean Hegland tisse les différents fils du passé et du Nouveau Présent, entrelaçant aussi les points de vue des deux soeurs ayant vécu l'effondrement et celui de Burl, l'enfant de la forêt. Le temps d'après questionne notre monde et ce que nous en faisons, ce qui fait de nous de humains aussi. Un récit fort, à l'écriture marquante.

