Les royaumes d’Eddis, de Sounis et d’Attolia sont nichés entre les pays continentaux et l’empire Mède. Chacun est régi par une reine ou un roi qui lorgne sur les royaumes voisins. Pour imposer son pouvoir et gagner en puissance, ils/elles sont prêt.es à tout. Au coeur des stratégies, des affrontements, des ruses et des alliances, un jeune homme tire son épingle de ce jeu des puissants : Gen, le voleur de la reine. Mais quel sera son rôle et qui est-il vraiment ? C’est son histoire et le récit de ses aventures que raconte la saga du Voleur de la reine de Megan Whalen Turner. Enfin traduite et publiée en français, les premiers tomes sont édités par Monsieur Toussaint Louverture.


TOME 1 : Le voleur
Alors qu’il croupit en prison dans le royaume de Sounis, un jeune voleur du royaume d’Eddis, surnommé Gen, se retrouve embarqué auprès d’un Mage, de ses apprentis et d’un capitaine de la garde pour un voyage vers le royaume d’Attolie. En échange de ses services, on pourrait le libérer. Mais la quête est périlleuse. Le voleur sera-t-il à la hauteur ?
Ce premier tome de la grande sage du Voleur de la reine est centré sur le personnage principal qui prend en charge la narration. Les lecteurs suivent donc celui qui sera le héros, un jeune homme pas toujours glorieux. Car il peut se montrer autant boudeur et de mauvaise foi que malin et persuasif.
Alors qu’un Mage du royaume de Sounis le libère de prison, il ne semble pas en très bonne posture. Sa vie ne tenant qu’à un fil. Celui d’une relique antique qu’il va devoir trouver et voler.
« Il est regrettable pour toi que l’intelligence aille rarement de pair avec des dons comme les tiens, et c’est une chance pour moi que ce ne soit pas ton intelligence qui m’interesse, mais tes talents. Si tu es aussi doué que tu le prétends.
– Je peux dérober n’importe quoi, ai-je répété.
– Mais tu es incapable de te dérober à la prison du roi, n’est-ce pas ? », a-t-il demandé en ne levant cette fois qu’un seul sourcil.
J’ai à nouveau haussé les épaules. Bien sûr que je pouvais le faire, mais cela nécessitait du temps. Beaucoup de temps, même, et je n’étais pas contre une offre qui accélère les choses.
« Bon, au moins tu as appris à te taire. »
La mise en place des personnages et du monde dans lequel ils évoluent dévoile petit à petit un univers méditerranéen et antique. Avec ses dieux et ses déesses fondateurs.trices en prime. Très habilement, Megan Whalen Turner nous plonge dans des paysages et des lieux qui évoquent ceux du sud, y associant une mythologie et des légendes qui semblent issus d’une généalogie grecque.
Mais ce qui fait le plaisir de cette entrée dans la saga, ce sont les personnages et plus particulièrement le héros : Eugènides. C’est là que le talent de l’autrice entre en jeu. Nous sommes finalement comme le Mage, ses apprentis et son garde vis-à-vis de ce mystérieux personnage. Qui est-il vraiment ? Est-il ce fameux voleur de la reine d’Eddis dont on vante les dons ? Qui se cache derrière ce jeune homme aux allures parfois boudeuses et revêches ? Les lecteurs découvriront peu à peu ses talents et son art. De même que les liens qui vont se tisser entre lui et ses nouveaux « employeurs ».
Une belle entrée en matière, pleine de rebondissements et de surprises.
TOME 2 : La reine d’Attolie
Pour la quatrième fois en un an, Eugènides a pénétré dans la forteresse de la reine d’Attolie. Elle enrage ! D’autant plus qu’elle ne comprend pas bien cette obsession qu’elle vit comme une provocation.
Et le moment est plutôt mal choisi. Elle doit tenir son royaume. Gérer ses frontières, anticiper une éventuelle guerre contre Sounis et / ou Eddis et s’associer sans se soumettre aux Mèdes. Tâches peu aisées pour une femme qui ne trouve que peu de soutien auprès de ses barons.
Vous l’aurez deviné, dans ce deuxième tome, c’est la relation complexe entre Gen et la reine Attolia qui sera au centre du récit. Au coeur des manigances et des tractations pour conserver et affermir le pouvoir du royaume aussi.
Et Megan Whalen Turner n’y va pas de main morte ! Après un premier tome plutôt calme qui laissait le temps aux personnages de prendre leur place, l’action et les stratégies vont bon train.
On découvre également un Gen plus ambigu, plus sombre et moins enfantin. Si l’on sentait une affection forte entre lui et la reine d’Eddis, sa relation avec celle d’Attolie est violente et ambigue.
Comme à son habitude, elle était vêtue à l’image d’Héphestia ; cependant il était bien plus facile d’imaginer la cruauté impersonnelle de la Grande Déesse que de la voir sur le visage de la reine d’Attolie. La contemplant, Eugénides sourit.
Attolia vit ce sourire, dénué de toute trace d’asservissement, de flatterie ou d’opportunisme. Un sourire comme elle n’en voyait jamais chez les membres de sa cour. Du plat de la main, elle le gifla.
Mais on le sait plein de surprises, alors il faudra se laisser porter.
Ce deuxième tome augure de grands changements qu’on a hâte de découvrir dans le tome 3 !
TOME 3 : le Roi d’Attolie
Devenu roi d’Attolie, Eugènides se retrouve dans une position qui ne lui sied guère : être en pleine lumière et assumer ses nouvelles fonctions auprès de sa reine, Attolia.
Mais si cette dernière est respectée, il n’en va pas de même pour ce nouveau roi qui non seulement vient d’un autre royaume mais ressemble bien peu à un souverain avec sa main coupée… Celle-là même qu’Attolia avait fait trancher dans les geôles du royaume.
Si l’on ajoute à cela une garde qui se moque de lui et lui rend la vie quotidienne bien compliquée ainsi que des intrigues de cour qu’il semble mécomprendre, Eugènides semble mal parti pour régner.
Ridiculisé et attaqué de toutes parts, comment trouver sa place dans ce nid de vipères ?
Et si ce changement de regard venait de l’amour de la reine ? Et si Costis, un soldat affidé de la reine, fervent opposant mais respectueux adversaire, devenait son meilleur allié ?
Il posa la main sur la joue de la reine et l’embrassa. Ce n’était pas un baiser entre inconnus, pas même le baiser entre deux époux. C’était le baiser d’un homme à sa femme, et lorsque ce fut terminé, le roi ferma les yeux et posa son front au creux de l’épaule de la reine, comme un homme cherche un répit, ou arrive chez lui après une longue journée.
Megan Whalen Turner, dans ce troisième tome, réussit de nouveau à nous surprendre. Un environnement clos et hostile, un couple qui se dévoile peu à peu, un voleur au plus mal mais qui tire toujours les ficelles… Il y a tout dans ce nouvel épisode que l’on dévore avec émotion.
On appréciera évidemment les rebondissements mais cette fois, encore davantage, les dialogues sont ciselés et brossent, en peu de mots, les portraits complexes des personnages de l’entourage du couple royal.
Pourquoi lire Le Voleur de la reine ?
Entre manipulations, guerres secrètes ou à venir et luttes de pouvoir pour les royaumes d'Eddis, Sounis et d'Attolie, Eugènides, jeune voleur, tire son épingle du jeu, avec plus ou moins de dommages collatéraux. Megan Whalen Turner nous offre une saga de fantasy qui prend de l'ampleur au fur et à mesure que s'ouvre les pages d'un nouveau tome. Avec son héros mystérieux et ambigu, à la fois enfant têtu et maître de son art, Le Voleur de la reine n'a pas fini de nous surprendre.

