Les Astonishing X-men accueillent une nouvelle promotion afin de leur apprendre à maitriser leurs nouvelles capacités.
Cyclope, Beast, Emma Frost, Wolverine et Kitty Pride, de retour au sein de l’équipe, jonglent entre leur rôle de professeur et leurs activités de super-héros.
Mais, alors qu’un nouvel ennemi du nom de Ord fait son apparition, une scientifique prétend détenir un « remède » à l’expansion mutante.
De quoi provoquer des tensions même au sein de l’équipe !
L’essence même du comics mainstream
Buffy chez les X-Men

Après quelques mini-séries estampillées Astonishing X-men, la franchise devient une ongoing sous la houlette de la dream team Joss Whedon, John Cassaday et Laura Martin.
La série, pensée comme une suite du run de Grant Morisson, aura même le privilège d’échapper aux divers crossovers de l’époque pour se concentrer sur sa propre continuité.
Si le scénariste n’est pas encore le réalisateur des Avengers, il n’a jamais caché son amour pour les comics.
Notamment ceux des X-men dont il s’était déjà inspiré sur un acte majeur de sa série culte Buffy.
Avec Astonishing X-Men, on retrouve en partie cette expertise mainstream.
On sent que le format série n’a aucun secret pour lui. Gestion du rythme et sens inné du dialogue seront d’ailleurs les grandes qualités de son run.
Avec le recul, on retrouve les prémisses de la méthode MCU, à un détail près : Joss Whedon est sincère dans son approche.
En effet, le scénariste écrit une véritable lettre d’amour aux X-men en rendant un vibrant hommage à la période Chris Claremont / John Byrne.
Les clins d’oeil sont nombreux, à l’image du détournement d’une scène culte dans les égouts.
Un pur plaisir pour le fan qui se cache en nous !
En réalité, Astonishing X-men est à une jonction.
Alors que Grant Morisson a redonné un coup de fouet à la franchise, Josh Whedon renoue avec une écriture plus instinctive et émotionnelle.
Les scènes d’actions sont explosives et les personnages retrouvent une véritable humanité, synonyme aussi de faiblesse.
Car les X-Men sont loin d’être parfaits.
L’équipe est un assemblage d’individualités fortes et en désaccord permanent.
Et Joss Whedon l’a parfaitement compris. Il pousse la caractérisation à son paroxysme et redonne ses lettres de noblesse à Cyclope tout en ridiculisant Wolverine dans une scène d’anthologie.
En effet, plus que l’intrigue, ce sont les relations entre les personnages qui font la force du run.
Vous vibrerez devant la radicalité de Wolverine, les doutes de Beast, la face cachée d’Emma Frost, l’humanité de Kitty Pride et les élans de leadership de Cyclope.
Une pure équipe de super-héros, imparfaite mais attachante.
Une intrigue divisée en 4 parties

Joss Whedon divise son run en 4 arcs, formant une intrigue avec un début et une fin, indépendante du reste de la continuité.
Sur le premier arc, il introduit un nouveau statu quo en nous présentant son méchant : Ord.
Certes, le personnage ne brille pas par son charisme mais son intérêt se trouve avant tout dans le plan d’ensemble du scénariste.
Sa présence sur Terre n’est pas anodine et sera attachée au retour d’un personnage emblématique des X-Men.
En parallèle, il met en place ce vaccin « anti-mutant » censé guérir du GenX.
Ainsi, Joss Whedon s’approprie un fond social, amenant à réfléchir sur les différences et le rejet de l’autre.
Les débats sont vifs et caractérisés par les échanges entre Beast / Wolverine / Cyclope.
3 personnages pour 3 visions différentes.
Le second arc s’attaque à l’aspect technologique des X-men et apporte un changement radical à la salle des dangers.
À cet effet, le scénariste crée un nouvel antagoniste, presque avant gardiste au vu du développement actuel des IA.
De plus, l’arc fait le lien avec celui de Grant Morisson, nous préparant ainsi à la suite.
Le troisième arc reste mon préféré.
Joss Whedon y introduit un Club des damnés revisité.
Il y instille une tension étouffante, atténuée par une dose d’humour et d’émotion parfaitement dosée.
Cet arc possède les scènes les plus marquantes du titre, avec notamment une vision du futur de Kitty Pride bouleversante.
D’ailleurs, la jeune mutante est mise en valeur tout au long du run, volant littéralement la vedette à Wolverine.
Le dernier arc est foisonnant, généreux et héroïque dans le sens le plus noble du terme.
Peut-être n’a-t-il pas toute la force émotionnelle escomptée mais l’époque a changé et le lecteur-rice ne se fait plus vraiment avoir par certaines « supercheries ».
Cependant, Joss Whedon se montre respectueux et nous offre un affrontement final d’ampleur, incluant les X-men dans le reste de l’univers Marvel.
Ce run est une porte d’entrée parfaite pour tous les nouveaux lecteur-rices, voulant découvrir le monde des mutants.
Une partie graphique au diapason

Le destin est parfois cruel. Au moment du bouclage de cette chronique, je ne savais pas encore que j’apprendrais le décès de John Cassaday le lendemain.
John Cassaday a profondément marqué l’industrie de son empreinte avec des oeuvres telles qu’Astonishing X-Men ou Planetary.
Sur Planetary, il multipliait les expérimentations.
Avec Astonishing X-Men, il s’empare totalement des codes du mainstream.
Certes, on peut chipoter sur quelques rigidités anatomiques mais il se montre particulièrement à l’aise sur des scènes de combats dantesques et haletantes.
La mise en scène est époustouflante, multipliant les poses héroïques et autres retournements grandioses.
Les splash pages sont généreuses et offrent une véritable intensité à l’ensemble.
Les couleurs de Laura Martin sont tranchées, n’hésitant pas à user d’ ambiances chromées radicales, sans pour autant noyer le dessin de John Cassaday.
Les effets de lumières, notamment sur le rendu des rayons de Cyclope, exposent parfaitement sa puissance.
Elle démontre qu’elle était une des meilleures coloristes de cette époque.
Astonishing X-Men est brillant à plusieurs niveaux et reste, encore aujourd’hui, une oeuvre graphique saisissante, généreuse, énervée et, par moments, inventive.
En résumé
Astonishing X-Men de Joss Whedon et John Cassaday est sans doute un des derniers grands runs de l'ère mutante des années 2000.
Faisant suite à celui de Grant Morisson, Astonishing X-Men est une lettre d'amour à une série d'action matinée d'émotion et d'humour.
En seulement 4 arc, Joss Whedon aura su marqué les esprits avec une intrigue certes classique mais efficace.
Elle fait surtout la part belle à chaque membre de l'équipe, dans ses moments de gloire comme de faiblesse.
John Cassaday, allié à la palette colorée de Laura Martin, est en totale osmose avec l'esprit de cette saga et offre des purs moments de divertissement parsemés de quelques idées brillantes de mise en scène.
Le dessinateur, qui nous a malheureusement quitté récemment, restera à jamais vivant, au moins par le biais de cette oeuvre intemporelle.
Une série qui vous fera aimer les X-Men !
Prix et récompense
- 2006 – Prix Eisner de la meilleure série


Pour lire nos chroniques sur Excalibur et Génération X
