Immortal Hulk ( Al Ewing / Joe Bennet )

Alors que le monde entier le pensait mort et enterré, Bruce Banner traverse les États-Unis incognito. Mais la discrétion reste difficile quand on doit empêcher son monstre intérieur d’apparaître à la moindre colère.
L’une de ses interventions attire l’attention d’une journaliste, Jackie McGee, qui voit dans ses destructions une preuve du retour d’Hulk.
Mais elle est loin d’être la seule à traquer le colosse de jade.

La mythologie Gamma

En cavale

Immortal Hulk d’Al Ewing et Joe Bennet est une des oeuvres charnières dru personnage et, plus généralement, du comics moderne.
Avec ce run, le scénariste britannique met fin à une longue période axée action, où Hulk était devenu un barbare de l’espace avant de revenir se venger de son exil.

Al Ewing profite de cet ère de changement pour proposer une autre direction, proche des origines du comics. Moins primaire, Hulk retrouve une complexité psychologique analysée sous le prisme du récit horrifique. Un peu comme si la version de Peter David avait rencontrée, en avance, celle Phillip Kennedy Johnson.

Ainsi, Bruce Banner redevient un fugitif. Alors que tout le monde le croit mort et remplacé dans le rôle titre par Amadeus Cho, le docteur cherche à se faire discret.
On retrouve, au moins sur les premiers chapitres, un côté road movie qui a fait le succès de la série Tv, dont le personnage de Jackie McGee fait référence. Cette dernière porte le même nom de famille que le journaliste qui pourchassait le pauvre Banner à une époque bien lointaine.

Jack McGee, dont le passé est lié à Hulk, se lance à la poursuite du fugitif.
Elle est le capital humanité d’une série qui fait davantage la part belle aux monstres ( qu’ils soient humains ou non) tout en faisant le relai d’un ordinaire fracassé par la puissance de l’extraordinaire.
Elle est le témoin des actes d’une créature qui, contrairement à ce que l’on croit, n’agit jamais au hasard.

Cependant, elle n’est pas la seule à sa poursuite.
Alors que les premiers épisodes fonctionnent comme une enquête, elle collabore avec Walter Langkowski, plus connu sous le patronyme de Sasquatch.
Al Ewing lie leur passé ainsi que les origines de leur pouvoir, posant ainsi les bases de cette fameuse mythologie gamma.
Ainsi, on découvre les prémisses de son alter ego, passant d’une anecdote amusante sur un pantalon violet à un caractère déjà colérique et maniaque.

Al Ewing a compris que l’univers Marvel est interconnecté. Ainsi, le retour d’Hulk ne peut pas se faire sans l’intervention des plus grands héros de la maison des idées : Les Avengers.
L’affrontement s’avère cataclysmique, se concluant avec une radicalité jamais atteinte jusque là.
Malgré tout, le scénariste lui préfère une équipe plus annexe, Alpha Flight, futur allié de poids face à l’armée.

Et effectivement, l’armée reste liée à la destiné d’Hulk. Depuis la création du personnage, elle n’a eu de cesse de le pourchasser.
Le général Ross a été évacué de l’équation depuis qu’il est devenu, lui-même, un Hulk Rouge. Mais, Al Ewing lui trouve un héritier plus pragmatique mais tout aussi persévérant.
Ross voyait dans la créature, un danger à maitriser. Pour son successeur, c’est un cobaye à étudier, afin de créer de potentielles « armes » de guerre.
Creel, aka l’Homme Absorbant, en fera les frais.

Malgré tout, on notera un soin particulier apporté à la caractérisation.
Jack McGee et Walter d’un côté mais aussi Creel, laissent une place à une humanité dans un monde de monstre.
L’écriture se montre inventive. Bien loin de la trame redondante, Immortal Hulk fait preuve d’ambition narrative à l’instar d’un épisode 3, centré sur le point de vues des différents acteurs.
De même, l’ambiance jongle entre le récit psychologique et l’horreur, profitant d’un cheptel de monstres terrifiants.

La porte verte

Depuis des années, Marvel a fait le deuil du Hulk idiot, qui reste pourtant dans la mémoire de l’imaginaire collectif. Merci, les films …
Cela fait des années qu’Hulk n’est plus écrit ainsi et même, lors de Planet Hulk ou World War Hulk, le géant vert s’exprimait parfaitement, totalement conscient de ses actes, aussi violents étaient-ils.

Ainsi, Hulk parle, raisonne avec intelligence et se montre particulièrement tenace, pour ne pas dire pervers.
Dès qu’il a une cible en vue, il ne la lâche pas jusqu’à ce que la sentence tombe, ne laissant aucune place à la pitié.
Hulk, plus qu’un justicier, adopte l’image du croquemitaine aux jugements inquisiteurs.

Là où Immortal Hulk frappe fort, c’est dans la conception même des pouvoirs du personnage.
Le monstre de jade apparait toujours à la moindre montée de tension de Banner mais, et c’est plus ou moins nouveau, aussi la nuit tombée.
Si Banner meurt, Hulk prend le relai la nuit ressuscitant son homologue, expliquant au passage de multiples résurrections.
Cependant, rien n’est dû au hasard. Au contraire, tout découle d’un esprit de synthèse impressionnant.
Ainsi, Al Ewing réutilise l’idée des premiers comics Hulk où la créature apparaissait, à l’instar de Mister Hyde, la nuit tombée.

Il s’intéresse aussi à la puissance de la créature.
Dans l’imaginaire collectif, le colosse est un des plus puissants « héros » de l’écurie Marvel, pouvant tenir tête à Thor.
Mais d’où provient cette puissance ? et a t’elle des limites ?
Lors d’un moment, aussi effrayant qu’iconique, on comprend que celle-ci ne semble en avoir aucune.
Plus qu’un délire de geek, Al Ewing incorpore cette réponse dans une mythologie plus globale : celle de la Porte Verte.
Hulk est une force brute mais il n’est qu’un élément de la mythologie Gamma.
Sorte de point d’accès à un autre univers, la porte est à la source de tout, devenant le fil rouge de la série jusqu’à faire réapparaître le plus grand trauma de Bruce Banner : son propre père.

Immortal Hulk réussi le pari fou d’englober action, horreur et psychologie, dans un récit majeur de l’histoire du personnage.

Un trait percutant et viscéral

Joe Bennett est un dessinateur brésilien, très actif du comics mainstream.
Il a travaillé sur de nombreux personnages, chez Dc comics ou Marvel, ayant même collaboré avec Alan Moore sur Suprême.

Avant, Immortal Hulk, je n’appréciais guère son dessin.
Je trouvais son trait trop marqué au niveau des anatomies, presque caricatural, créant une forme de rigidité.
C’est d’ailleurs un sentiment que l’on retrouve sur Immortal Hulk même si il y a un réel effort fait sur le dynamisme voire la sauvagerie des affrontements.

Cependant, il semblait être fait pour dessiner Hulk et plus précisément ce Hulk dont l’aura horrifique lui correspond à merveille. Ce n’est pas pour rien que ses premiers travaux étaient des comics d’horreur.
Il croque un Hulk massif , brutal, violent, au visage reflétant un cynisme proche du sadisme.
Si on peut trouver ses personnages humains figés, le dessinateur brésilien a une réelle appétence pour les designs de créatures toute plus flippantes les unes que les autres. Jamais Sasquatch n’aura paru aussi bestial.

Et puis, il y a le côté body Horreur.
Je vous avait mentionné la prestation de Nik Klein sur Incredible Hulk. Elle découle en réalité de la vision de Joe Bennett, devenant ainsi un de nouveaux marqueurs du comics.
Les premières transformations sont liées à Sasquatch mais petit à petit, les corps se déstructurent sous le trait du dessinateur.
Entre Creel dont le corps va subir les pires outrages et un Hulk amaigri au possible à la fin de ce premier volume, on sent un plaisir jouissif à martyriser les corps de ces monstres indestructibles. Cette approche permet une multitude délire graphique, à l’image de cette double page représentant un Hulk découpé et éparpillé dans plusieurs bocaux.

Joe Bennett est assez régulier, ne laissant sa place que de rares moments, notamment sur l’épisode 3 pour une approche graphique plus « particulière ».
Sans être honteux, ces fil inners ont du mal à faire le poids face aux attendus graphiques de la série.
Néanmoins, on note la présence de Martin Simmonds, génie graphique de The Department of Truth, qui fait des débuts encore hésitants mais prometteurs.

Pour terminer, je ne peux pas passer sous silence les nombreuses polémiques qui ont émaillées la carrière de Joe Bennett.
Entre plusieurs propos homophobes et transphobes, le dessinateur a même dû s’excuser après un arrière plan des plus douteux sur Immortal Hulk #43, depuis corrigé par Marvel. Le site comics’blog en a fait un article complet.
Ceci explique sans doute, une présence moins soutenue dernièrement.

Résumé

Immortal Hulk d'Al Ewing et Joe Bennett est une oeuvre essentielle pour tout amateur et amatrice du colosse de jade. 

Le scénariste britannique y fait la fusion de tout ce qui caractérise le personnage, mélange d'action horrifique et analyse psychologique des traumas de Bruce Banner (entre autre).
Il en profite aussi pour développer une véritable mythologie autour des détenteurs du pouvoir gamma, tout d'abord à travers la puissance sans limite d'un Hulk "invincible" mais aussi toutes les créatures liées de près ou de loin à la "porte verte".

Joe Bennett est particulièrement à l'aise avec cette ambiance body horror lui permettant de s'amuser avec les transformations et autres distorsions anatomiques.
Il dessine un Hulk massif, brutal d'une expressivité débordante de cynisme voire de malice.

Immortal Hulk est une analyse complète et innovante du personnage et d'une partie de son environnement.
Un must have absolu du comics mainstream !
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