Absolute Martian Manhunter (Deniz Camp/Javier Rodriguez)

L’agent du FBI John Jones échappe de justesse à la mort après l’explosion d’une bombe.
Mais, depuis cet attentat, il ressent une présence extra-terrestre, envahissant petit à petit dans son environnement.
Tout d’abord ressentie comme un parasite indésirable, la conscience « martienne » devient un coéquipier essentiel pour des enquêtes paranormales.

John Jones doit jongler entre une vie familiale compliquée et une affaire affectant toute la population.

La deuxième vague absolute

Après le succès de la première vague Absolute, il était évident qu’Urban n’attendrait pas longtemps avant de lancer la seconde phase.
Malgré tout, les personnages concernés, Flash, Green Lantern et Martian Manhunter ont une popularité et une visibilité un peu plus modérée en France que celle de la Trinité. Mais l’éditeur se devait de capitaliser sur cet effet de curiosité, provoqué par cette version alternative de l’univers DC comics.

Personnellement, je n’ai pas les mêmes attentes pour ces trois nouveaux titres.
Absolute Flash de Jeff Lemire avait tout du candidat parfait mais les échos ne sont guère réjouissants.
Quant à Absolute Green Lantern de Al Ewing, la partie graphique pourrait décevoir bon nombre de fans.

Paradoxalement, c’est Absolute Martian Manhunter, de Deniz Camp et Javier Rodriguez qui étonne par son ambition autant sur le fond que sur la forme.
Pour beaucoup, le Martian Manhunter, créé par Joseph Samachson etJoe Certa, reste un personnage secondaire.
Néanmoins, le super-héros est un rouage essentiel de la JLA et porte en son sein un historique assez impressionnant, comme on a pu le découvrir lors du run de Joe Kelly consacré à la JLA.
Avec Absolute Martian Manhunter, Deniz Camp et Javier Rodriguez reprennent les marqueurs du héros martien tout en proposant un récit psychologique et psychédélique dans la droite lignée du label Dc Vertigo.

Le détournement semble évident.
Et si, contrairement à l’univers classique, John Jones et J’onn Jonz étaient deux unités distinctes ?

Une étrange cohabitation

Le nouveau John Jones

C’est en effet la proposition de départ de Deniz Camp.
Alors que dans l’univers classique John Jones est une identité imaginée par le héros pour cacher sa nature martienne, dans l’univers Absolute, le détective a bien une existence propre.
C’est un agent du FBI à la réputation certaine, marié à Bridget et père d’un fils prénommé Tyler.
Cette vie se retrouve chamboulée après que l’agent ai échappé de justesse à un attentat à la bombe.

Physiquement, il en sort indemne mais, psychologiquement, John est perturbé par des visions de fumée colorée envahissant son environnement.
D’abord déboussolé, il comprend que, de façon encore inexplicable, son esprit a été colonisé par un visiteur venu d’ailleurs.
Les changements sont d’abords subtiles : des hallucinations, une forme de télépathie et une créature sortant de nulle part et qu’il est le seul à apercevoir.

Le récit prend des tournures de récit psychologique déjanté.
Deniz Camp fait du Martian Manhunter un être connecté à l’environnement de son « hôte ».
Petit à petit, on ne s’étonne plus d’apercevoir la créature dans le quotidien de John Jones, comme un spectateur passif d’une vie familiale compliquée.
Or, si ce changement perturbe ses rapports avec sa femme et son fils, on comprend que le problème est bien plus profond.
Par manque de communication, fuyant ses responsabilités de mari et de père, ses réactions ne font qu’envenimer la situation.
Tyler est un jeune garçon introverti, solitaire, recherchant l’attention d’un père absent
Quant à Bridget, elle fait de son mieux pour aider et comprendre son mari mais elle a, elle aussi, ses limites.

Pourtant, il est évident que John aime sa femme. Mais pour Bridget, c’est un homme perturbé et elle est en droit de mettre en cause la réalité de ses visions.

Et pourtant, comme elle l’apprendra, la vérité se trouve parfois dan l’explicable. Si la vie de son mari est profondément bousculée par l’arrivée du martien vert, celle de tout la famille se retrouve impacté par une menace bien plus terrifiante.

Enquête martienne

Absolute Martian Manhunterest aussi un thriller, s’invitant dans la psyché et les traumas de toute une population.
Alors que tout commence avec cette explosion, John Jones découvre une machination bien plus vaste.

Pour l’aider, il peut compter sur les talents de son nouveau « compagnon ». Et si la collaboration s’avère difficile, la présence de cet extraterrestre lui permet de se sortir régulièrement de mauvais pas. Petit à petit, les deux compagnons fusionne, devant de véritables partenaires.
Surtout que son affaire prend une tournure de plus en plus étrange.
Une vague criminelle s’empare de la ville et rien ne semble expliquer cette volonté incontrôlable de faire le mal.
Comme si le monde cédait à ses plus vils instincts.

Sur la seconde partie, Le marine et Jones vont être séparé un temps. Nous découvrons, en place de remplaçant, Despair, une version désespérée et cynique du martien. Là, aussi le combat se fait à l’intérieur, impose une lutte constant de la part de John pour échapper à la folie et / ou désespoir. Or, peut il y arriver sans l’aide du Martian Manhunter ? Et si, à l’inverse, c’était le martien qui avait besoin de son alter égo ?

La lecture d’Absolute Martian Mahnunter demande une certaine attention. Les choix narratifs et l’écriture de Deniz Camp, en écho à la grande époque Dc Vertigo, prennent la forme, notamment sur la seconde partie, d’un délire de plus en plus halluciné et perturbant. Si l’ensemble peut déboussoler, on en retire néanmoins une véritable jouissance conceptuelle qui fait un bien fou .

Martian Manhunter, ayant un historique moins marquant pour le lectorat français, il est difficile de réaliser réellement où pioche et ce que détourne Deniz Camp.
Néanmoins, la mention de Martien Blanc n’est pas anodine.
Créés à l’origine par Grant Morisson, les martiens blancs, contrairement aux verts, sont belliqueux et cherchent à conquérir la Terre.
Si on veut pousser un peu plus loin, après leur défaite contre la JLA, Martian Manhunter les incorpore à l’humanité en modulant leur esprit et leur physique pour qu’ils ne se souviennent plus de ce qu’ils sont.

Dans le monde Absolute, le martien blanc est l’antithèse du Manhunter.
Ennemi invisible, il est symbolisé par une fumée blanche, provoquant des divisions au sein d’une population fragmentée.
Une nouvelle fois, la fiction est un écho effrayant à la réalité.

Inventif et psychédélique

Javier Rodriguez fait partie de ses nombreux auteurs espagnols qui ont donné un coup de boost salvateur à l’industrie américaine.
Après une carrière dans son pays d’origine, il se fait remarquer avec Batgirl : année 1, en duo avec son compatriote, Marcos Martin.
Depuis, on le retrouve sur de nombreuses séries, allant de Daredevil à Spiderman.
Cependant, son talent explose avec deux projets : l’histoire de l’univers Marvel puis les Defenders au côté d’Al Ewing.
En plus d’un style pop et acidulé, il développe un sens de la narration inventif et s’amuse à briser tous les codes du 9eme art, tout en se les réappropriant.
Le style est souple, fluide et en même temps foisonnant, le rendant totalement adaptable à n’importe quelles séries mainstream ou indépendantes.

Avec Absolute Martian Mahunter, il profite des possibilités du personnage et des délires du scénario pour créer une ambiance narrative et graphique fascinante.
Entre les fumées colorées qui débordent des cases ou ses ombres, révélatrices de désirs morbides, le dessinateur espagnol se triture l’esprit pour nous proposer des idées nouvelles et continuellement renouvelées.
La couleur, dont il a aussi la charge, joue un rôle essentiel, accentuant ce décalage psychédélique.

Une véritable baffe graphique !

En résumé

Absolute Martian Manhunter de Deniz Camp et Javier Rodriguez est, à ce jour, la proposition la plus ambitieuse de la gamme Absolute. 

Deniz Camp s'attaque à l'imagerie du Limier Martien pour construire un thriller psychologique et psychédélique intense et fascinant.
John Jones et J'onn J'onz deviennent deux entités distinctes, devant collaborer tant bien que mal pour empêcher l'emprise du martien blanc sur le monde, tout en évitant de briser la cellule familiale de John. L'écriture, complètement hallucinée, pourra en désarçonner certain.es mais elle est à l'image de cette ouvre délirante.


Graphiquement, Javier Rodriguez s'empare littéralement du récit en nous offrant des planches acidulées, à la narration explosive.
Il démontre, à tous ceux qui l'ignoraient, qu'il fait partie des artistes les plus inventifs du comics moderne.

Absolute Martian Manhunter souffle une brise de DC Vertigo sur la gamme absolute et ça fait un bien fou !

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Prix et récompenses

  • Eisner Awards 2026 – Meilleure mini-série
  • Eisner Awards 2026 – Meilleur dessinateur – Javier Rodriguez
  • Eisner Awrads 2026 – Meilleur artiste de couverture – Javier Rodriguez

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