Mon premier Virginie Grimaldi ! Le choix n’est pas anodin : il s’agit du roman de ma fille dont la bibliothèque consacre quelques étages à des autrices « feel good » telles que Coleen Hoover ou Melissa Da Costa. Pourquoi celui-ci me direz-vous ? Sans doute pour ces deux silhouettes assises sur un muret devant le soleil couchant et les montagnes. Les heures fragiles raconte à deux voix, celles d’une mère et de sa fille, le mal de grandir et le poids des secrets du passé.


Diane et Lou
Diane s’est toujours promis qu’elle ne deviendrait pas comme sa mère, inquiète et protectrice. Et puis Lou est arrivée… et Tom, le fils de sa seconde union avec Seb. Seb qui lui annonce qu’il veut prendre du recul car il se pose des questions sur leur couple. Il faut accuser le coup mais surtout prendre soin de Lou qui ne va pas bien.
Lou est lycéenne et elle souffre d’attaques de panique. Sans doute de dépression aussi, c’est ce qui inquiète Diane lorsqu’elle découvre des contenus suicidaires sur son téléphone. Tiraillée entre sa famille recomposée et son père célibataire et alcoolique, Lou ne va pas bien. D’autant plus qu’elle vient d’être larguée par son petit ami, un jeune homme adulte avec qui elle entretient une relation secrète. Et en plus, il y a l’oral de français…
J’ai l’impression que tout leur est égal, que rien ne les atteint. Elles ne s’intéressent pas à ce qui se passe dans le monde, les guerres, les meurtres, les viols, la planète qui brûle, les gens qui meurent de faim, les enfants qu’on maltraite, les animaux qu’on abandonne. Moi j’y pense tout le temps. Çà me réveille la nuit. Parfois, je les envie, moi aussi j’aimerais avoir le crâne plein d’air. Plus je grandis, plus tout pèse lourd.
Alors Diane, sur les conseils de la psy de sa fille, décide de profiter des vacances pour emmener Lou dans un centre pour adolescents, au coeur des Alpes. Pour qu’elle reprenne pied et qu’elle retrouve l’envie de vivre. De son côté, Diane décide de retourner dans la ville de son adolescence, chez ses parents car elle sent qu’il est temps d’affronter de sombres souvenirs.
Les sensations sont les gardiennes de nos souvenirs. Les lieux en sont les exhausteurs. Dans cette maison, toute une partie de moi revient à la vie. L’enfance ne représente qu’une partie de l’existence, la plus ancienne, la plus susceptible d’avoir subi l’érosion du temps, pourtant, j’ai le sentiment qu’elle est notre substance la plus essentielle. Elle s’enracine dans chacune de nos cellules et ne les quitte jamais.
Entendre trop fort le bruit du monde
Grande lectrice de littérature jeunesse et adolescente, j’ai été touchée par la justesse des émotions ressenties par Lou. Ce « bruit du monde » qui résonne trop fort, ce mal de grandir qui ronge et fait s’assombrir les pensées.
On croit connaître nos enfants mieux qu’eux-mêmes. On anticipe leurs réactions, on devine leurs comportements. On sait que la fatigue ne leur réussit pas, qu’ils n’aimeront pas ce plat, qu’ils préfèrent le bain à la douche, les frites aux épinards. Leur jardin secret est à ciel ouvert. Peu à peu, ils taisent, ils cachent, ils retiennent. Ils s’éloignent.
L’alternance de la narration à deux voix, celles de Diane et Lou, permet de dédoubler les points de vue et de suivre les fils qui, une fois réunis, gagneront en force. Le scénario est habile et efficace, même si la chute, je l’avoue, ne m’a pas surprise. L’écriture est fluide, les dialogues réalistes et les personnages touchants.
Surtout, j’ai aimé cette Lou, alors qu’en tant que maman j’aurais dû, sans doute, m’identifier davantage à Diane. Mais ce coeur ultra-sensible, ce grand écart qu’il faut combler entre un père solitaire et une mère active , la difficulté d’être tantôt une presque adulte et tantôt une ex-toute-petite, jongler avec l’amitié, l’amour, la famille… Tout est dit avec une simplicité que je n’ai pas souvent lu.
– On n’est pas seul. C’est ça, que l’on apprend ici.
On est nombreux à se débattre avec nos névroses et nos angoisses. On n’est pas un cas à part. On est toute une armée. Une fois qu’on le sait, on se sent plus fort.
J’ai un frisson. De la tête aux pieds, mes poils se dressent. Il vient de mettre des mots sur ce que je ressens depuis des mois. Je me sentais seule. Bizarre. Pas comme les autres. J’avais l’impression de marcher à côté des autres, à l’écart du monde. Aujourd’hui, je ne me sens pas plus heureuse, pas plus légère, pas moins angoissée. Mais je me sens comprise. Et ça change tout.
Enfin, Virginie Grimaldi dit aussi les troubles de la santé mentale avec beaucoup de sincérité, à travers de nombreux personnages, notamment adolescents, et beaucoup d’amour. Et pour ça, je veux la remercier ici.
Pourquoi lire Les heures fragiles ?
Virginie Grimaldi dit avec beaucoup de sincérité et de simplicité ces heures fragiles que Lou et Diane traversent, fille et mère. Ces moments où l’on vacille, où l’amour ne suffit plus et où il faut retrouver le silence des montagnes et sa vérité pour affronter le monde. Les heures fragiles est un roman qui n’hésite pas à dire la réalité des souffrances psychologiques adolescentes mais aussi la force de la présence amie. Un joli roman à partager entre générations.

