Dernière aube (Attila Futaki / Jérémie Guez)

Après des années en tant que mercenaire au service d’un chef mafieux russe, John Martyrossian espèrait profiter d’une pleine retraire sur une petit île au large de la Floride.
Malheureusement, il se voit obliger de reprendre du service afin de retrouver une gamine disparue à la Nouvelle-Orléans.
Il croise sur sa route, Matthew Ferrara, un agent du FBI obstiné .
Une collaboration incongrue pour plonger dans les rues obscures de la ville.

Une dernière affaire

Dernière aube de Jérémie Guez et Attila Futaki est un polar sec, sorte de buddy movie nerveux, nous plongeant dans la grasse et la moiteur des villes américaines.

Jérémie Guez est un auteur multiforme. Auteur de roman, scénariste puis réalisateur autant pour la télévision que pour le cinéma, il débute sa carrière dans la bande dessinée avec The Red Clay Chronicles.

Dernière aube profite pleinement de cette d’expérience qui se trouve autant dans l’efficacité que dans la nervosité du scénario.
L’écriture reprend les codes du cinéma noire et le rythme d’une série télévisée. Le scénariste use d’une narration codifiée avec une alternance de scènes silencieuses et de moments extrêmement tendus.
La violence devient explosive , brutale et inattendue, ne laissant guère de moment pour s’apitoyer sur le sort des protagonistes.

Le récit est donc classique mais efficace.
Pour payer sa dette, un ancien tueur à gage est obligé de reprendre du service.
John n’est pas un tendre mais il est un peu en bout de course. Loin du John Wick sur le retour, le mercenaire a de beaux restes mais est loin d’être invincible. Il connaît les codes et la marche à suivre pour obtenir les informations dont il a besoin mais le monde a changé.
John représente l’ancien monde.

Il rencontre Matthew Ferrara, un agent du FBI muté afin de retrouver et aider sa mère atteinte d’un cancer.
Venant de New-York, ses méthodes s’éloignent de celle de Kendra Lewis, plus « académique ».

L’enquête se divise en deux temps.
Au départ, on suit deux enquêtes en parallèles, aux méthodes bien distinctes.
Puis, une collaboration se met en place entre l’agent du FBI et l’ex-criminel.
Matthew est un flic honnête mais constamment prêt à franchir la ligne.
C’est d’ailleurs ce qui rapproche les deux hommes. Si l’un représente le monde criminel et l’autre celui de la justice, ils n’en restent pas moins des hommes de l’ombre, prêt à briser les règles pour arriver à leur objectif final.
Et le sauvetage d’une jeune femme vaut tous les sacrifices .

Cependant, Jérémie Guez n’en fait pas des archétypes ou des hommes fonctions.
Pour chacun d’entre eux, la famille garde son importance.
Si c’est évident pour Matthew, revenu pour soutenir sa mère, c’est aussi le cas pour John qui profite de cette affaire pour reprendre contact avec sa fille.
Il y a quelque chose d’émouvant d’observer ce père en quête de liens que sa vie « professionnelle » lui a toujours refusé.
Au final, la famille est au coeur de l’album, autant à travers notre duo que les découvertes d’une enquête tortueuse.
Une famille aux multiples formes, aimante, protectrice, viscelarde et destructrice.

Le dernier album

Il y a des auteurs que l’on découvre sur le tard et d’autres que l’on découvre trop tard.
Dernière aube est donc le dernier album d’Attila Futaki, décédé brutalement en 2024 à l’âge de seulement 39 ans.

Le dessinateur hongrois avait une double carrière, pour le marché franco-belge / hongrois et américain. Il a d’ailleurs collaboré avec Scott Snyder sur Severed.
De mon côté, je suis complètement passé à côté de cet auteur que je découvre donc ici pour la première fois.

Le trait d’Attila Futaki es sec et brut de décoffrage. Avec un style réaliste, il dessine des corps rugueux, massifs pour certains et marqués par la vie pour beaucoup. Ainsi, son travail expressif est remarquable , rappelant à certains égards le dessin de R.M. Guera.
Son encrage alterne les masses de noirs intenses et des lignes plus secs.
Avec Dernière aube, il fait de la ville, un personnage à part entière. Les architectures de ponts, les entrées lugubres d’hôtels ou les rues délabrées de la ville sont autant d’endroits qui posent une ambiance pesante, voire étouffante.

Ainsi, il n’est guère étonnant d’apprendre que Brian Azzarello était en contact avec lui pour une collaboration qui s’annonçait somptueuse.
Malheureusement, le destin en a voulu autrement …

En résumé

Dernière aube de Jérémie Guez et Attila Futaki est un polar nerveux hanté par une tension omniprésente. 

Si le scénario reste, dans son approche, assez classique, il est surtout porté par une efficacité d'écriture impressionnante.
De la présentation des personnages, à la double enquête jusqu'à la première rencontre, on est happé par une affaire, nous plongeant dans la noirceur de l'âme humaine.

Il y a aussi ces deux protagonistes qui se ressemblent plus qu'ils ne le croient.
Par leurs vies personnelles et cette affaire tortueuse, on comprend que la famille est au centre de tout qu'elle soit aimante ou destructrice.


Dernière Aube est le dernier album d'Attila Futaki, décédé brutalement en 2024.
Il nous laisse avec les sublimes images d'une architecture poisseuse, laissant entrevoir des hommes et des femmes marqués par la vie
.
Bulles carrées

Pour lire nos chroniques sur :

  • Erased
  • La cage aux cons

Laisser un commentaire

Retour en haut