Intermezzo est la nouvelle collection de récit courts, à « petit prix », de Dargaud.
L’éditeur propose des ouvrages de 32 pages, écrits et dessinés par de grands auteur.rices de la bande dessinée franco-belge.
Mais est-ce que cette nouvelle expérience tient totalement ses promesses ?


Rupture, onirisme et adolescence
Les oranges amères

Elena doit faire face à un choix cornélien.
Jeune étudiante, elle est invitée à une soirée. Cependant, le vendredi soir est sacré pour elle. Depuis qu’elle est en couple avec Mario, ils ont institués une tradition : la passer en famille devant un bon film du vendredi.
Et si pour une fois, elle dérogeait à cette règle ?
Javi Rey est un auteur que j'affectionne tout particulièrement. Graphiquement, son travail sur la mise en page et la colorisation est sublime, apportant de la chair à l'histoire de la jeune Elena.
Ici, le propos est simple. Alors que la jeune fille se découvre une indépendance, elle remet en question certaines habitudes.
Ainsi la tradition du film du vendredi soir se transforme en une prison qu'elle tente de fuir. Et forcément, cet envie n'est pas vécue de la même façon par tous. Mario, l'amoureux, transforme son incompréhension en reproche. L'amour devient pesant et la pression parentale accentue cette pression.
Pour faire bref, je ne me suis pas senti concerné par le récit de Javi Rey. J'en comprends le propos et en perçois le message mais il ne me parle pas vraiment. Trop philosophique et peut être pas assez sentimental.

Jane dans les nuages

Jane et Timothée sont ami.es depuis leur plus tendre enfance.
Atteinte de narcolepsie, le jeune garçon a toujours gardé un oeil sur la jeune fille. Ainsi, lorsque cette dernière s’embarque pour un vol en montgolfière, il se doit de l’assister.
Et si ce voyage cachait un tout autre objectif ?
Décidément, Jordi Lafebre aime les personnages féminins décalés. Et il est difficile de ne pas voir dans le portrait de Jane, un brin de folie d’Eva.
Avec cette histoire toute simple de voyage en montgolfière, l’auteur espagnol met face à face deux caractères opposés. Si Jane est délurée, loufoque et pleine de vie, Timothée s’avère plus classique, peu enclin à l’aventure.
Mais en accompagnant son amie dans un voyage à la limite de l’onirisme, le jeune garçon va apprendre à se dépasser.
En 32 pages, il est difficile d’en écrire plus mais Jordi Lafebre réussit à mettre en scène un duo plein de fantaisie, d’humour avec un brin d’émotion.
Le tout croqué avec élègance et une expressivité remarquable !

Pensionnaires

4 garçons du pensionnat de Sainte Catherine tentent une sortie nocturne pour aller retrouver, comme ils disent, les « greluches ».
Au même moment, le pion Gaillard, complètement saoul, croit entendre un bruit au loin et pointe son fusil en direction des adolescents.
Peut on encore éviter une tragédie ?
Pensionnaires de Pierre-Henry Gomont a les défauts de ses qualités.
En effet, il est le seul des trois récits ( je n'ai pas encore lu Figures imposées ) dont le potentiel dépasse largement le cadre des 32 pages.
Attention, cela ne veut pas dire que la proposition est ratée. Au contraire, l'intrigue tient parfaitement la route, les protagonistes sont merveilleusement caractérisés et on ne peut s'empêcher de penser aux nombreux scandales touchant ce genre de pensionnaires, type Notre Dame de Betharram.
Même si, ici, c'est davantage la bêtise humaine et l'alcoolisme, qui est pointé du doigt. Reste que la conclusion, d'un profond cynisme, laisse peu de doute sur la prise (ou la non prise ) en considération de ce type d'évènements par la hiérarchie du pensionnat.
Et donc oui, avec cet esprit "Les 400 coups", on aurait aimé connaître un peu plus la vie de ses jeunes garçons au sein de cet établissement, surtout que les quelques scènes abordées sont réellement intéressantes.
Paradoxalement, Pensionnaires est peut être le meilleur des 3 récits mais c'est aussi celui que l'on trouve le plus court !

Une collection à petit prix ?
Quand j’ai appris que Dargaud se penchait sur une collection de récits courts à petit prix, je n’ai pu m’empêcher de lâcher un petit « Enfin ».
En effet, alors que la bande dessinée franco-belge n’a de cesse de proposer des romans graphiques « hors de prix », sans jamais remettre en cause sa grille tarifaire, il était plaisant de découvrir qu’un éditeur pouvait essayait réflèchir à un autre type de proposition.
Bien sûr, j’ai conscience de l’augmentation des coups de production mais le chemin pris ces dernières années participe à la crise.
Comment motiver de nouveaux lecteurs à investir un album coutant plus de 30 euros ? Et alors que le panier des « grands » lecteurs se réduit, l’offre est toujours plus énorme, laissant nombre d’auteurs et d’ouvrages sur le carreau.
Et donc, j’ai accueilli la collection Intermezzo chaleureusement.
10 euros, à première vue, ce n’est pas grand chose pour découvrir 4 grands auteurs de bande dessinées, surtout avec des récits de qualité.
Après soyons pragmatique ! Non, Intermezzo n’est pas une collection à petit prix !
32 pages, petit format, cartonné et papier mate, on peut dire qu’on est à l’économie.
Attention, le travail éditorial reste honnête mais ce n’est guère qu’un petit livret d’images illustrés.
Et si, comme moi, toutes les propositions vous plaisent, vous vous retrouvez à payer 40 euros pour du 124 pages, petit format, cartonné. La note s’avère salée!
Alors bien sûr, l’éditeur nous rétorquera que ce n’est pas l’idée même si on les imagine mal ne pas y avoir pensé. Comme on les imagine mal ne pas souhaiter, à terme, compiler ces quatre histoires au sein d’un intégrale.
Au final, Intermezzo est une collection interessante. Elle a le mérite de proposer une offre nouvelle et de qualité mais ne répond aucunement à la problématique des prix.
J’espère que l’expérience remportera un certain succès mais j’aimerai qu’une réflexion plus profonde sur les tarifs soit entreprise par les éditeurs.
Le comics a ses « poches », le manga reste encore accessible. Il serait dommage que seul le franco-belge soit réservé aux lecteurs et lectrices aisé.es…