Kappa ( Massimo Rosi / Ramiro Borrallo )

Kawako est un kappa. Appartenant à la grande famille des Yokaï, c’est une tortue à forme humaine avec un bec, divinité aquatique mineure.
Vivant avec sa grand-mère, Kimiko, il a une vie heureuse jusqu’au décès de cette dernière.
La tradition aurait voulu qu’il hérite de son âme mais la vieille Kappa en a décidé autrement.
Frustré, Kawako décide de la récupérer quitte à provoquer le courroux du chef de la tribu des Suijin.

Yokai et tradition familiale

Amateurs de mythes japonais

Kappa est le dernier projet de Massimo Rosi, auteur prolifique et grand amateur de folklore fantastique.
Et si il y en a un dont la richesse est incontestable, c’est bien celui du Japon.

Ainsi, le récit met en scène des Kappas. Sorte de Tortues Ninjas à bec dont la particularité est d’avoir une tête creusée où se loge une petite mare d’eau.
Par le biais de petites légendes racontées, notamment par la grand-mère de Kawako, on découvre un scénario empli de créatures étranges, de sorcières et de malédictions.
De la naissance des Kappas jusqu’à la constitution en 3 tribus distinctes, un vaste monde s’ouvre à nous.
Les enfants de la rivière, dont fait parti Kawako, vivent paisiblement le long des rivières. Les Yosube sont de redoutables guerriers alors que la vie des Suijin est emprunt de sagesse.
Trois clans distincts que tout opposent mais marqués par une réputation commune : celle de dévorer les voyageurs s’immisçant sur leur territoire.

Dans le monde des Yokaï, la tradition joue un rôle important, allant jusqu’à conditionner l’existence du plus grands des guerriers Kappa.
Shimane symbolise le mieux le poids de ces traditions. Ainsi, quand un Kappa s’incline devant une personne, faisant ainsi tomber l’eau de son crâne, il lui doit une entière et complète fidélité.
Le guerrier, aussi légendaire soit-il, doit obéir, sans la moindre discussion, à un humain dont les actions pourraient nuire à toute son espèce. Mais les règles sont ainsi édictées et il est impossible d’y déroger !
Ce carcan ne peut que virer à la tragédie, remettant en question l’héroïsme de certain ou la véracité de fait que l’on préfère cacher.

En effet, l’âme d’un défunt est habituellement confié à un successeur qui, en la mangeant, revit les souvenirs de son ancêtre. Cette marque d’honneur laissé au vivant, Kawako n’y a pas eu le droit.
Pourtant, le jeune garçon et sa tutrice étaient proches et il n’arrive pas à comprendre, et encore moins accepter sa décision.
Allant jusqu’à remettre en cause ce choix, ce qui pour les Kappa constituent un crime capital.

Le poids de l’héritage

Si Kappa est un hommage appuyé et documenté à une partie du folklore asiatique, c’est aussi, pour Massimo Rosi, un passage pour explorer le poids des héritages familiaux.

En effet, que ça soit pour Kawako et Kaede, cet héritage leur ai refusé.
Kawako ne comprend par le choix de sa grand-mère et même s’il s’est construit une nouvelle cellule familiale auprès d’orphelins, il ne peut passer outre cette injustice.
Ainsi, il commence son voyage vers la tribu des Suijins, en espèrant qu’on lui reconnaisse son droit.
Mais, une promesse est une promesse et si Koji, chef de tribu, comprend la demande du jeune garçon, il ne peut l’accepter.
Comme, il n’accepte pas celle de sa propre fille, Kaede. Bien que surpuissante, elle n’est qu’une femme, ce qui, suivant les règles, lui interdit de participer au tournoi et de remporter la ceinture blanche.
C’est une thématique que l’on connaît bien et Kaede n’a rien à envier à Merida de Rebelle.
Et elle n’est pas du genre à abandonner facilement , allant jusqu’à prend le risque de briser les règles établis et provoquer certains quiproquos qui ne resteront pas sans conséquence.

Les Kappas ont beau être considérés comme des monstres, ils n’ont rien à envier aux humains.
Kenta cherche, lui aussi, à poursuivre sa succession. Héritier du clan Fujita, il détient un des plus grands guerriers Kappa : Shimane.
De ce pouvoir, il n’en apportera que de la destruction, cherchant à retirer le bien le plus précieux des Kappas pour son propre plaisir.
Le monstre n’est pas celui que l’on croit et alors que les Kappas vibrent d’une humanité, Kenta marque les esprits par sa folie débouchant par une inévitable cruauté.

Kappa reste un grand récit d’aventure aux multiples rebondissements. Entre un premier voyage où l’on découvre les dangers de la faune et la suite, embarquant Kaede et Kawako dans une course poursuite, le scénario de Massimo Rosi enchaîne les moments de bravoure, notamment grâce aux charismatiques Koji et Shimane.

Un graphisme emprunté

Je ne connaissais pas le travail de Ramiro Borello et pour cause, l’auteur espagnol est plutôt au début de sa carrière.
Ayant déjà collaboré avec Massimo Rosi sur Nobody’s Child, une chose saute aux yeux en feuilletant Kappa : c’est apparement un grand fan des Tortues Ninjas.
Alors, bien sûr, on pourrait me rétorquer que la description des Yokaï amène à de tels rapprochements mais les designs, la forme générale et même la colorisation ne sont pas anodins.

Travaillant pour le marché américain, on peut pas ignorer qu’un tel projet peut servir de carte de visite surtout que la qualité est au rendez-vous.
Certes, tout n’est pas parfait, notamment sur des humains plus rigides mais dans l’ensemble, les kappas sont multiples, possédant chacun un caractère et une attitude propre.
Le style, plus proche du cartoon, se montre généreux dans ses arrières plans. Le marécage regorge de végétations, cachant des créatures féroces.
J’aime beaucoup le design japonisant des Suijins, reprenant certains attraits des samouraïs et autres ronins.

Particulièrement dynamique, la mise en page apporte un souffle épique et une tension des plus palpables. On retrouve une vision plus proche des shonen que du comics, démontrant que les barrières entre les genres ont définitivement été brisées.

Une belle réussite à laquelle on peut rajouter la colorisation d’Isabel Moreno !

En résumé

Kappa de Massimo Rosi et Ramiro Borrallo est un récit d'aventure emprunt de folklore japonais. 

Se concentrant sur les Kappas, Yokai en forme de tortues humaines, les auteurs explorent un mythe d'une grande richesse où le monde ancien des Yokai se confronte au monde moderne des hommes.
Entre héritage familiale, structure sociale et combats entre guerriers surpuissants, Kappa nous enchante par son univers autant que par la multiplicité de ses thématiques.

Graphiquement, le travail de Ramiro Borrallo fait des clins d'oeils appuyés aux Tortues Ninjas et même si tout n'est pas parfait, on découvre un dessin solide et énergique, agrémenté des chouettes couleurs d'Isabel Moreno.

Si la fin peut paraître rapide, l'ensemble reste une belle surprise.

Bulles carrées

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