Les sept maisons d’Anna Freud (Isabelle Pandazopoulos)

Vous connaissez Sigmund Freud mais connaissez-vous Anna, sa fille ? J’en avais vaguement entendu parler mais je ne pensais pas son influence et sa personnalité si intéressantes. Isabelle Pandazopoulos, que j’ai découverte avec son roman L’honneur de Zakarya et qui fait partie de la rentrée littéraire 2026 avec Mordre l’orage, nous propose un portrait en sept étapes, les Sept maisons d’Anna Freud. Un portrait tout en fragilité et en libération, celui d’une fille qui devient femme, au sein et en dehors d’une famille si particulière.

Être la fille de son père

Le récit débute à Londres en 1946.

La narratrice, une jeune garde-malade, se rend au domicile londonien des Freud pour veiller sur Anna, gravement malade. Alors qu’on l’introduit, la mère explique ce qu’on attend d’elle : elle devra prendre l’identité d’Anna et se faire appeler par son nom pour tromper l’ange de la mort Azraël qui viendrait chercher l’âme de la mourante.

Alors que les deux femmes se retrouvent dans une étrange proximité, Anna décide raconter son histoire à cette inconnue. Son parcours de psychanalyste, ses rencontres et sa relation avec son père.

Elle aimait leurs discussions du soir. Personne n’imaginait le bonheur que cela représentait pour elle de vivre aux côtés d’un penseur de cette envergure. D’être sa fille. De pouvoir suivre les méandres de sa pensée au jour le jour. D’être quotidiennement dans cette intimité-là. Ils l’enviaient tous et ils avaient raison. Elle était la seule à connaître un bonheur aussi grand. La seule. Elle resterait la seule.

Quand elle avait 26 ans, en 1921, était une jeune femme anorexique, sensible et dont la place au sein du clan Freud était complexe. Une relation difficile avec sa mère, une profonde jalousie pour sa soeur et un refus farouche de se marier semblent entraver cet esprit. Sur les conseils de son père, elle rencontre Lou-Andreas Salomé, l’une des premières femmes psychanalystes, avec laquelle elle a une relation intime et forte.

Elle deviendra par la suite institutrice et s’intéressera à la psyché enfantine pour enfin devenir psychanalyste elle-même. Elle se rapproche ensuite de Dorothy Burlingham, une femme qui a fui son mari violent avec ses quatre enfants.

Plus tard, viendront les bouleversements du nazisme et la fuite vers Londres. Mais toujours, Anna semble osciller entre son amour pour son père et sa soif d’indépendance.

Elle créera même en 1946 une institution destinée à accompagner des enfants aux troubles psychologiques, notamment une fratrie de 6, revenue du camps de Terezin.

Destinée individuelle et saga familiale

Sans jamais se départir de l’esprit si singulier et libre d’Anna Freud, Isabelle Pandazopoulos nous offre avec les Sept maisons d’Anna Freud une fresque historique à la fois de la psychanalyse au XXe siècle mais aussi de la vie de cette famille si particulière que sont les Freud, famille juive au coeur des tragédies mnodiales.

On y découvre de grands noms tels que ceux de Lou-Andreas Salomé avec qui Anna entretiendra une relation d’amitié forte, mais aussi de Montessori, de Marie Bonaparte qui lui sauvera la vie en lui permettant d’échapper à la Gestapo, ou encore celui de son « adversaire », la psychanalyste Mélanie Klein.

L’autrice transmet avec beaucoup de finesse la joie d’Anna lors de l’ouverture de sa maison pour enfant à Göttingen.

L’école ouvrit quelques mois plus tard.
Elles avaient des modèles, Montessori, Bernfeld, Aichhorn et la pédagogie de Dewey.
Mais ce qu’il y aurait en plus à la Wattmangasse, déclarait Dorothy d’une voix enjouée, en plus de cette éducation basée sur l’écoute des besoins des enfants, c’était Anna.

Anna souriait, soutenait le regard de leurs interlocuteurs.Oui, semblait-elle leur dire, moi, Anna Freud.
Parfaitement.

Si la lecture du roman intéressera sans nul doute les lecteurices qui veulent en savoir plus sur la psychanalyse et son évolution au XXe siècle, elle passionnera également pour le récit familial et la fresque historique qui s’entremêlent forcément dans le parcours d’Anna.

On saisit au fil des chapitres qui était Anna Freud et à quel point elle mérite une attention bien plus grande. SI elle a été dans l’ombre de son père, leur respect et leur amour mutuel transparaissent à chaque page, souvent en opposition à l’attitude de sa mère, qui ne comprend pas toujours cette femme libre.

L’écriture est juste et sensible, nous ouvrant les portes d’une âme complexe mais puissante, qui a marqué le XXe siècle.

Pourquoi lire Les Sept maisons d’Anna Freud ?

Bien au-delà de la simple biographie romancée, Les Sept maisons d'Anna Freud est un portrait touchant et complexe d'une personnalité émouvante et en perpétuelle réflexion. Isabelle Pandazopoulos, entre ombres et lumières, nous ouvre les portes de la vie d'un vilain petit canard devenue une femme puissante, en perpétuelle lutte contre elle-même et qui a ouvert la voie de la psychopédagogie. 

Un roman qui nous permet de découvrir la fille de Sigmund Freud, une femme qui a consacré sa vie aux autres dans un siècle particulièrement troublé.

Pour lire nos chroniques sur :

  • La jeune fille à la perle
  • Magritte

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