Dans un univers post-apocalyptique, gris et dévasté, une jeune fille au chaperon rouge déchiré chevauche un cerf. Ensemble, ils se dirigent vers la tour fumante de ce qui semble être une centrale nucléaire. Que font-ils ici ? Que s’est-il passé pour que le monde soit dans cet état ? Ce sont les questions que pose l’album sans parole intitulé Off de Xavier Salomô, aux éditions Seuil jeunesse.


Un conte écologique
Off est un album intrigant à plus d’un titre.
D’abord par sa couverture aux teintes grisâtres, à l’ambiance terne et aux références à la fois issues du conte (« le petit chaperon rouge« ), mais aussi au film d’animation japonais Princesse Mononoké d’Hayao Miyazaki ou encore au roman La Route de Cormac Mc Carthy. Etrange mélange qui, associé au titre Off, lorgne vers le récit de science-fiction.
Ensuite par son scénario mystérieux, sans parole, qui dévoile progressivement la situation inquiétante des protagonistes et surtout les raisons de leur quête. Les premières doubles-pages, assez mystérieuses, placent les personnages principaux tels deux minuscules détails au coeur du paysage dévasté, sans vie. La nature semble avoir été détruite totalement.

Alors, quand apparait la tour fumante à la porte rouge, l’on pourrait s’attendre à un refuge.
Il n’en est rien. Cette tour est en réalité le coeur d’une centrale nucléaire. Un énorme ordinateur d’où partent des câbles électriques. L’univers du conte auquel le petit chaperon aurait pu nous faire penser semble disparaitre alors pour laisser place à un récit post-apocalyptique. Et l’on comprend rapidement que le garçon et le cerf ne sont pas venus ici par hasard. Alors qu’il appuie d’un air décidé sur un gros bouton rouge qui entraine l’arrêt de la centrale, le titre de l’album prend tout son sens. L’état de la terre et de la nature semblent être la conséquence de cette activité.
Mais comment une jeune fille et un cerf pourraient-ils sauver la planète ?
les pouvoirs du vivant
Le scénario de Xavier Salomô est simple mais efficace. Après avoir appuyé sur le bouton off de la centrale, les deux personnages s’endorment au pied de l’ordinateur géant et une vue de l’extérieur de la tour nous montre des racines qui envahissent petit à petit les murs et qui semblent provenir de l’intérieur. Des bourgeaons apparaissent même.

Et lorsque la jeune fille se réveille, elle découvre qu’une forêt verdoyante, peuplées de petits animaux, a envahit les ruines de l’ancien monde.
Ce n’est que lorsque le cerf sort à son tour qu’on comprend le lien qui unit l’animal à ce renouveau : il a perdu ses bois. Ce « sacrifice » semble donc être la source de cette renaissance de la nature.
Mais l’effet est limité, comme on le comprendra dans les pages suivantes. leur voyage régénérateur n’est donc pas terminé.
La beauté de l’album tient donc à la fois à ses illustrations sobres mais évocatrices, à l’expressivité des deux personnages principaux (à leurs regards tendres ou déterminés) mais aussi au silence de la narration et à l’interprétation qui pourra ouvrir sur des questions des plus jeunes lecteurices.
Impact du nucléaire, fin du monde vivant, espoir et renouveau… Autant de thématiques qui interrogent et que la fiction permet d’aborder. Des sujets d’actualité qui nous font nous questionner : jusqu’où les hommes sont-ils allés pour en arriver là ? L’espoir viendra-t-il de la jeunesse et, plus largement, du vivant lui-même ?
Un peu d’optimisme dans un monde détruit. Nous en avons bien besoin.
Pourquoi lire Off ?
Off de Xavier Salomô est un album comme on en voit peu. D'abord parce qu'il évoque des sujets terriblement d'actualité tels que l'impact du nucléaire ou la destruction du vivant pour des jeunes lecteurices. Ensuite parce que s'y mêlent à la fois l'univers du conte mais aussi celui du récit post-apocalyptique. Entre désolation et colère, combativité et espoir, l'auteur nous offre, sans parole, un récit qui questionne. Une belle lecture engagée.


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