Gully est la jeune fille du grand héros militaire, Aramus. Or, ce dernier a disparu sans laisser aucune trace.
Alors qu’elle se pense en sécurité, elle se retrouve pourchassée par une meute de lycanthropes, en tenant entre ses mains les gantelets de son père.
In extremis, elle est sauvée par un golem de guerre du nom de Galibretto qui décide de la ramener à son maître, le magicien Knolan.
Ensemble, ils partent pour la capitale afin de rencontrer le roi Vaneer mais sur leur chemin, ils font face à un adversaire coriace : Garrison, ancien guerrier et grand ami d’Aramus.


Toute une époque !
Un vent d’indépendance

Il est impossible d’aborder Battle Chasers sans mentionner l’épiphénomène qu’a pu être cette série.
Et pour cela, il faut bien comprendre que son co-créateur et dessinateur, Joe Madureira, a eu un impact considérable au sein du lectorat comics, en assumant clairement une fusion graphique entre les comics et l’animation japonaise, dont le succès explosait un peu partout dans le monde.
D’une certaine façon, il est un peu le Jim Lee de la fin des années 90, inspirant derrière lui de nombreux dessinateurs à l’instar de Ludo Lullabi.
Si je parle d’épiphénomène, c’est qu’en réalité, son influence, à l’image de sa carrière dans les comics, n’a pas totalement tenu sur la durée.
Pourtant, le dessinateur a commencé précocement, à 16 ans, en tant que stagiaire chez Marvel. Rapidement remarqué, il intègre l’équipe créative des Uncanny X-Men en 1994, où sa popularité explose. Les séries mutantes avaient le vent en poupe et en devenir un auteur attitré assurait un certain prestige.
Et puis, son style était détonant. Cette fusion graphique émerveille son public et il s’amuse à remodeler les X-Men, en s’inspirant de mangas aussi phénoménaux que Ghost In the Shell. La nouvelle coupe d’Ororo ou la Malicia de l’Ére d’Apocalypse restent, encore aujourd’hui, des marqueurs de la culture geek.
Tout n’était pas parfait. Ses arrière-plans restaient souvent vides et, surtout, il ne tenait pas les délais. L’auteur aime papillonner ici et là et très vite une autre passion émerge, celle du jeu-vidéo.
Quand il quitte les X-Men en 1997, il est au sommet de sa gloire. En 1998, il annonce son arrivée chez Image et fonde son propre studio, Cliffangher, en compagnie de J. Scott Campbell et Humberto Ramos.
Il se démarque en proposant de véritables récits de genre et en s’éloignant du traditionnel comics de superhéros.
Joe Madureira se lance dans l’Héroïc Fantasy, assisté au scénario de Munier Sharrief, dont c’est quasiment le seul projet.
Savoir qui fait quoi reste assez difficile mais l’auteur américain a compris qu’il avait besoin d’aide sur une partie qu’il maitrise sans doute moins, l’écriture.
Battle Chasers est à l’image de son auteur : foisonnant, perfectionné mais chaotique.
Malgré une immense popularité dès sa création, la série souffre rapidement du mal de l’époque : l’irrégularité des sorties entre chaque numéro.
En 4 ans, Joe Madureira ne dessine seulement que 9 numéros avant que la série ne stoppe net, sans avoir conclut son intrigue.
L’auteur s’est brûlé les ailes. Je ne dis pas qu’il a perdu de son aura, et la publication de cette intégrale démontre encore un intérêt certain sûrement, mais une certaine rancoeur s’est installée avec le temps.
Car, et c’est sûrement là où le bas blesse, la série est bonne.
La proposition de Joe Madureira et Munier Sharrieff tient la route. Cependant, le dessinateur a d’autres envies, allant davantage vers l’industrie vidéo ludique.
Joe Madureira, et on peut l’admirer sur cet album, aurait dû être un auteur majeur du comics.
L’originalité de son style, l’inventivité de ses designs et le dynamisme de ses mises en page restent encore à ce jour, un plaisir pour les yeux.
Et pourtant, pour toute une nouvelle génération, il reste(ra) un inconnu, bien loin de la star qu’il aurait pu être !
Un condensé de fantaisie

Soyons clair, Battle Chasers ne réinvente pas la fantaisie.
Si l’univers, appuyé par des idées inventives à l’instar des moines gardiens d’une prison volante, reste ingénieux, l’intrigue, en elle-même, est des plus classiques.
On y suit Gully, le jeune fille d’un héros de guerre, dont elle héritera, bien malgré elle, des gantelets magiques. Et forcément, cela attire les convoitises.
Elle trouvera sur son chemin, un golem de guerre attachant, Calibretto, un magicien au passé trouble, Knolan et un guerrier dépressif, Garrison auxquels on rajoutera la plantureuse Red Monika.
Pour être honnête, bien que ma dernière lecture date d’une dizaine d’années, je me souvenais assez bien de l’histoire.
D’ailleurs, que vaut cette relecture ?
Dans l’ensemble, j’ai été agréablement surpris.
Beaucoup de comics datant de cette époque, souvent imaginés par des dessinateurs apprentis scénaristes, tiennent difficilement les années. Gen 13, Cyberforce, Wild Cats, sont quasi illisibles de nos jours.
Ce n’est pas le cas ici. Un peu comme pour Humberto Ramos, avec Crimson, Joe Madureira s’adjoint l’aide de Munier Sharrieff, permettant une certaine tenue d’écriture.
Alors oui, sur les premiers numéros, on n’évite pas quelques lourdeurs, notamment sur les dialogues, mais petit à petit, tout devient plus fluide.
L’intrigue, épisode après épisode, se charpente, allant jusqu’à surprendre son lectorat avec une révélation des plus inattendues ( réelle ou pas, pour le moment, nous n’en savons rien ). Les mystères s’épaississent, l’action dépote à tout va et le fil rouge nous tient en haleine tout au long de ce premier cycle.
Une réussite presque miraculeuse !
Des compléments nécessaires

Battle Chasers reste un comics « doudou » mais le job a été bien fait.
Malgré tout, vous vous demanderez sans doute pourquoi, malgré des critiques assumées, je me suis lancé dans cet achat.
La nostalgie, sans doute un peu mais pas que…
Pour continuer avec l’histoire tourmentée du comics, Joe Madureira, en 2015, promet une suite à sa série.
Or, une nouvelle fois, les retards s’accumulent et alors qu’il devait en être le dessinateur, il laisse sa place à Ludo Lullabi qui héritera de la charge de conclure ce premier cycle.
Graphiquement, l’auteur est encore en pleine maturation mais, s’il n’a pas encore le niveau qu’il aura sur Ghost Pepper, on ne peut nier une véritable filiation graphique.
L’auteur français s’imprègne facilement des personnages de Madureira, même si on y perd en terme de richesse graphique.
Notamment les arrière-plans, qui, décidément, ne sont pas son atout majeur, sont quasi absents de ses 3 épisodes.
Cette conclusion, en réalité, n’en est pas une. En effet, ces numéros ont l’avantage de revenir le sort de Garrison et Red Monika mais de nombreuses questions restent en suspens.
Joe Madureira, en 2023, annonçait vouloir travailler sur un second cycle mais que celui-ci prendra le temps qu’il devra prendre.
Il a appris de ses erreurs en ne faisant plus miroiter de deadlines fantaisistes.
Malgré tout, 3 ans plus tard, aucune nouvelle n’a été donnée et il n’est pas certain que, dans les années à venir, beaucoup de gens attendent encore la suite de Battle Chasers.

Pour conclure, comment ne pas mentionner la présence d’Adam Warren, grand nom du mixage comics / Manga.
L’auteur, totalement méconnu chez nous, reste célèbre pour son « manga/comics/sexy » Empowered.
Personnellement, je garde un souvenir amusé de ses Gen 13 consacrés à Grunge et Roxy.
Sa prestation sur Battle Chasers servait de complément, sorte de bonus amusant mais guère indispensable. Consacré à la jeunesse de Red Monika, on y découvre aussi sa première rencontre avec un jeune Garisson, beaucoup moins lugubre.
Le ton est léger, un peu idiot mais apporte une fraîcheur à un comics, globalement sombre.
En résumé
Pour la première fois, Delcourt réédite l'intégralité du premier cycle de Battle Chasers de Joe Madureira et Munier Sharrieff, avec les derniers épisodes dessinés par Ludo Lullabi.
Cependant est-ce la série passe le stade de la nostalgie ?
Quoiqu'on pense de Joe Madureira et de la publication plus que chaotique de la série, Battle Chasers propose une intrigue classique mais solide, portée par les magnifiques dessins de l'auteur star de la fin des années 90.
Les personnages sont attachants et charismatiques et l'histoire arrive même à nous surprendre.
Cependant, malgré les derniers épisodes de Ludo Lullabi, la série est de nouveau en suspens et il n'est pas sûr que dans les années à venir, il y ait encore grand monde pour réclamer la suite des aventures de Gully.
Un comics doudou mais frustrant !

