Pourpre sang (Léo Chérel)

En abattant, avec l’aide de son mentor Sauln, son premier Ronge-Côte, Lorinte fait désormais parti du clan des Pourpres-Sangs.
Mais avoir juré de protéger les plus démunis de créatures féroces ne remplit pas la gamelle !
Or, pour éviter de finir sa vie comme marins, ils n’ont d’autres choix que d’accepter l’offre d’Adèle d’Aubépine : l’escorter lors d’un bal entre aristocrates.
La paie est bonne. Mais sans doute trop pour une mission aussi simple !

Sorceleurs des Caraïbes

Pourpre-Sang est la première bande dessinée de Léo Chérel, éditée chez un nouvel éditeur : Astrolabe.
Enfin, nouveau, plus ou moins. En réalité, nous y trouverons des acteurs d’Urban Comics, dont François Hercouët, dont l’ambition est de proposer une ligne éditoriale entièrement consacrée à la bande dessinée de genre.

Et c’est donc Pourpre-Sang qui ouvre le bal.
Si le projet nous est présenté comme un Pirates des Caraïbes à la sauce fantaisie, ce premier opus se rapproche davantage de l’univers de The Witcher.
Dès l’ouverture, nous découvrons Sauln et sa disciple Lorinte, dont le physique et le traitement graphique engendrent un certain flou sur son identité sexuelle.
Mais, en réalité, peu importe. Au vu de ses activités, on comprend aisément ce choix. Car la jeune fille s’apprête à devenir une Pourpre-Sang, une fonction qui n’est pas sans évoquer celle de Gerald de Rive.
Engagés par la population pour les protéger des dangers environnants, ils ne sont guère plus respectés que les sorceleurs. D’ailleurs, la scène du paiement n’aurait pas dénoté dans la saga d’Andrzej Sapkowski.
J’insiste beaucoup mais j’avoue que ces nombreux points communs, plus ou moins inconscients, ont perturbé ma lecture des premières pages.
Attention, je ne nie aucunement qu’une oeuvre transpire de multiples influences mais celle-ci me semblait un peu trop prononcée.
Si Pourpre-Sang navigue vers la fantaisie maritime, on y retrouve un bestiaire aussi dangereux et un royaume tout autant marqué par les inégalités sociales. Alors que les villageois peinent à payer leurs protecteurs, les aristocrates vivent dans une opulence indigne.
L’univers est riche, détaillé et dense mais il en rappelle inévitablement d’autres.

Heureusement, à partir de la moitié de l’album et une confrontation dantesque, Léo Chérel se libère de cette ombre imposante, trouvant petit à petit son propre chemin.
Dans l’ensemble, le récit reste classique mais distille une tension qui ne cesse de monter au fil des pages.
La caractérisation des personnages est convaincante et, si Lorinte reste l’apprentie typique, on appréciera surtout ses compagnons, que ce soit son mentor Sauln ou le magicien Archibald, pas vraiment taillé pour la tâche qui lui incombe.
Et puis, bien sûr, il y a Adèle par qui tout commence. Son rôle et ses liens avec les évènements en cours sont parfaitement exposés, même si là aussi, on retrouve des thématiques récurrentes de la fantaisie.
Néanmoins, son caractère marqué par un passé trouble et les relations qu’elle développe avec Lorinte, en font un des protagonistes clés de la série. Peut être même plus que l’héroïne, elle-même !

Au final, ce premier volume peut paraître prévisible mais reste dynamique et agréable à lire.

Une première étape

Pourpre-Sang a beau être la première bande dessinée de Léo Chérel, il démontre déjà une grande expertise dans le domaine.
Il suffit de jeter un coup d’oeil à son instagram pour y découvrir de multiples illustrations et autres recherches, reflétant un attrait tout particulier pour le monde des animés et des jeux videos. Et, comme de nombreux auteurs de sa génération, on le ressent dans son approche graphique.

Néanmoins, son dessin conserve une petit touche de francobelge. J’ai apprécié son travail sur les visages et notamment sur les nez auxquels ils apportent une grande attention, en tant que signe particulier d’une expression.
Particulièrement à l’aise avec les codes de la fantaisie, les designs, les vêtements et les architectures sont le fruit de multiples recherches.
D’ailleurs, la première édition propose un carnet de croquis généreux, où l’on découvre les coulisses d’un album de bande dessinée et notamment les étapes amenant à la couverture finale.

Seul bémol, je trouve le design des créatures intéressant mais pas toujours lisible, hormis celui du Chevalier, tout droit sorti d’un short de Dark Fantaisie à la Elden Ring.
De même, les scènes d’action manquent d’énergie et, dans l’ensemble, les cadrages restent assez sages.

Néanmoins, on est sur un premier album et, pour une première fois, on ne peut qu’être admiratif du travail accompli.

En résumé

Avec Pourpre-Sang, le nouvel éditeur Astrolabe ouvre le bal d'une collection consacrée à la bande dessinée de genre. 

Premier projet du jeune auteur, Léo Chérel, Pourpre-sang est marqué par de fortes influences autant graphiques que scénaristiques.
Malgré tout, la générosité du récit, la caractérisation des protagonistes et la maitrise de l'écriture nous emportent dans une aventure certes prévisible mais percutante.

Ce premier tome introduit les éléments essentiels à l'intrigue, tout en proposant un récit pêchu, aux designs inspirés.
Bien sûr, on en demandera sans doute plus pour la suite mais la proposition est assez convaincante pour poursuivre l'aventure
aux côtés de Lorinte et Adèle.
Bulles carrées

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