Avec ses yeux verts et sa chevelure flamboyante, la couverture de Rita, le dernier roman Young Adult de Marie Pavlenko, me faisait de l’oeil depuis un moment. Sur les conseils de ma libraire préférée, je me suis donc plongée dans ce portrait-mosaïque d’une jeunesse lycéenne au bonheur fragile.


Rita la lumineuse
Quand Rita débarque pour la première fois au lycée en terminale, elle fait l’effet d’une comète. C’est ce que dira, à sa manière, chacun des personnages qui va prendre la parole pour parler d’elle.
D’abord, il y a Viggo. Evidemment.
« Mon père m’a toujours dit de me méfier des rousses. Mon père est un peu con. Quand il parle, surtout après 17 heures, les mots lui sortent de la bouche en salves molles, comme les wagons d’un vieux train grinçant. »
Il est fou de Rita. Alors, même s’il faut gérer le quotidien avec son père alcoolique et sa mère décédée, la précarité et toutes les casseroles qu’on peut trainer à 17 ans, il est prêt à tout pour elle.
Et puis, il y a les amis. Timour, Sofiane, la musique et l’escalade. Les filles aussi, Léna, Romane et Aimée-Marie. Et puis Fatiah, la directrice de la cupcakerie qui lui a offert son premier boulot.
Rita est son soleil. Il est son île.
Car si la belle lycéenne souriante a su trouver une bande d’amis chaleureux, le quotidien au sein de la famille est compliqué. D’abord, il faut gérer les jumelles Cerise et Margot, qui n’ont que 9 ans. Et puis soutenir au mieux sa mère, profondément dépressive et brisée suite à un harcèlement professionnel. Tenir le choc après le suicide de son père incarcéré.
Comment porter toutes ces responsabilités sur ses épaules sans flancher ? Comment continuer à être une lycéenne sans histoire quand on vit dans la précarité ?
C’est pour percer le sombre mystère de Rita que tous les personnages vont, un à un prendre la parole et révéler les ombres et les lumières de cette jeune femme.
Rita la bouleversante
Marie Pavlenko sait parler des adolescents et faire palpiter leurs émotions. Sans fard, elle dit leur failles, leurs rêves et leurs désirs. L’amitié et l’amour aussi.
Par touches, les lecteurs découvrent leurs inquiétudes face à un quotidien parfois englué dans des questions d’argent, mais aussi d’interrogations face à un avenir bien flou.
Elle dit aussi la flamboyance d’un baiser ou la lueur rassurante d’une nuit à deux, en tente, dans la forêt. Car l’histoire de Rita est aussi celle d’un amour chahuté par la vie mais tenace et lumineux. Naturel.
« On traversait un poème, on le vivait et j’étais heureux de partager cette magie avec Rita, comme si on avait été autorisés à entrer dans un cercle secret où peu d’humains ont posé le pied. »
L’écriture de Marie Pavlenko est toujours pudique et tendre, malgré la dureté du monde et des événements. Jamais idéalisée non plus. Une écriture juste.
Dans une introduction, elle explique d’ailleurs l’histoire de ce texte, qui a vu le jour en 2017, avec Rita et Viggo déjà. Puis le monde tel qu’il est a heurté cet amour. « Leur histoire s’est nourrie des images bouleversantes d’étudiants faisant la queue lors des distributions alimentaires, des femmes de ménage harcelées dans les trains, des enfants de Seine-Saint-Denis atteints par le scorbut lors du premier confinement ».
Si elle raconte la descente aux enfers d’une jeune femme courageuse et lumineuse, elle dit aussi et surtout cet amour naissant, fragile mais si important. Comme une lampe allumée dans la nuit.
Pourquoi lire Rita ?
Rita est une histoire d'amour moderne. Celle de deux adolescents confrontés à une chienne de vie mais qui trouvent l'un en l'autre la lueur qui fait vibrer et tenir. Avec beaucoup de tendresse et de pudeur, Marie Pavlenko raconte la chute d'une jeune femme qui se débat contre la précarité, au risque de se perdre. Et l'amour comme un refuge.

