Venus Wars ( Yoshikazu Yasuhiko )

Alors que le Grand Impact modifie radicalement la rotation de Venus, un projet d’installation est lancé par la Terre pour aboutir à la première colonie spatiale.
Les années passent et deux continents entrent en conflit : Ishtar et Aphrodia.
Alors que Terra fait son possible pour apaiser les tensions, la guerre semble inévitable.

Hiro, tête brulée de la Rolling Race, est repéré par l’armée pour devenir pilote et défendre la nation d’Aphrodia.
Mais en a t’il vraiment envie ?

Un classique oublié

Si le nom de Yoshikazu Yasuhiko est obscur pour les non initiés, le mangaka est un immense star japonaise, à la carrière aussi longue que mon bras autant en manga qu’en animation. Il est notamment devenu célèbre pour sa prestation sur la licence Mobile Suit Gundman, dont il écrira Les origines en manga puis en animé.

Datant de 1986, Venus Wars est une oeuvre de science fiction, longtemps comparé à Akira. Pourtant, si l’animé a connu un certain succès en France, au moins d’estime, le manga de Yoshikazu Yasuhiko est longtemps resté inédit.
L’affront est donc maintenant réparé avec cet intégral « massif », divisé en 2 tomes et séparant les deux grandes périodes du manga.
La première s’attarde sur le camp d’Aphrodia et le personnage d’Hiro.
Le second, à notre grande surprise, nous amène du côté d’Ishtar par le biais de l’aspirant Matthieu Sim Radom.

Du côté d’Aphrodia

Quand on ouvre les premières pages de Venus Wars, on se prend un énorme shoot de science fiction type année 80.
Le contexte spatial, les courses folles de moto quelles soient civiles ou militaires, les designs des engins, les interactions entre les personnages et le côté « poussif » de certains dialogues en sont de nombreuses matérialisations, appréciables et/ou vieillissantes.

Malgré tout, je garde une certaine nostalgie de cette époque, regrettant d’ailleurs que la science fiction ai été complètement délaissée par les mangaka ces dernières années.
Entre les années 80 et 2000, les japonais nous ont gratifiés de nombreux chefs d’oeuvres allant de Ghost in the Shell à Akira en passant par Evangelion ou Eden.

Venus Wars, au vu de sa date de parution, contient forcément des aspects datés sur lesquels nous reviendront.
Malgré tout, ce premier volume, se consacrant sur l’explosion du conflit entre Ishtar et Aphrodia reste passionnant. L’auteur prend son temps pour mettre en place son lore, expliquant autant la situation technologique que géopolitique de la planète.
Ainsi, il explore les rouages d’une opposition viscérale entre ces deux nations, passablement contrôlé par les émissaires de la Terre.
Les uns se sentent agressés et se défendent alors que les autres réclament des territoires qui, selon leurs dires, leur appartiennent. Cette histoire est vieille comme le monde et encore aujourd’hui, est à l’origine de nombreuses guerres.

Yoshikazu Yasuhiko, dont les positions ont toujours été antimilitariste, reste marqué par les ravages de la guerre.
Plus que l’intrigue ou les personnages, ce sont les mécanismes de cette folie typiquement humaine qui l’obsède, servant d’ancrage à de nombreux projets.
Ainsi, ce premier volume de Venus Wars en est une parfaite émanation.
Politiquement, les premiers chapitres s’intéresse à cette évolution insidieuse, entre diplomatie et coup d’état fortuit.
Si Aphrodia ne souhaite la guerre, elle s’y prépare, formant des hommes à piloter de véritables engins de guerre.

Hiro est d’ailleurs en décalage avec ce monde. Venant du « spectacle », il intègre l’armée non pas par patriotisme mais par curiosité, avant de faire face à la violence même de ses congénères.
Cependant, le jeune garçon n’est pas du genre à accepter les ordres s’en brocher.
Plusieurs fois, il se rebelle contre les décisions d’une hiérarchie hors sols , pour ne pas dire profondément insensibles.
Pour Yoshikazu Yasuhiko, les soldats ne sont plus que de la chaire à canon, pas à être sacrifiée sur l’autel de la victoire. De la formation jusqu’aux premiers misions, les chefs ne montrent guère de compassion pour ses hommes qui sont pourtant les véritables héros de cette nation.
Pour beaucoup, la mort est inévitable, au point qu’elle est rapidement expédié par le mangaka, laissant peu de temps aux personnages ou aux lecteurs, de s’appesantir sur leur sort.

Heureusement, le mangaka évite habilement la caricature et ne désignant pas cette guerre comme un combat entre le « bien » et le « mal ».
La scène de la tentative de viol démontre, de façon brutal, que les monstres peuvent aussi se cacher dans son propre camp.
Yoshikazu Yasuhiko se montre très sévère sur la nature humaine, la jugeant violente et assoiffée de pouvoir.

C’est d’ailleurs la thématique principale du second volume.

Du côté d’Ishtar

Le second volume de Venus Wars prend une direction inattendue.
Alors qu’à la fin du premier volume, on laissait Hiro dans une situation compliquée, Yoshikazu Yasuhiko laisse cette question en suspens, fixant son intrique sur l’autre camp.

Ishtar est en position de force mais cette victoire impose un chambardement des forces politiques.
Matthieu est le premier à en faire les frais. Victime d’un coup monté, il quitte l’armée pour essayer de sauver la femme qu’il aime, tombée sous la coupe du commandant Radow.

Hormis Radow et le lieutenant Helen McLusy, le mangaka renouvelle totalement son casting, s’intéressant cette fois-ci aux répercussions de cette guerre sur les gouvernements en place chez les vainqueurs.
Et ce n’est pas glorieux.
Conspiration, trahison, manipulation des élections présidentielles, Ishtar fait face à une véritable crise interne.
Les puissants, toujours plus avides, s’affrontent les uns aux autres et tous les coups sont permis.
On devine des changements de paradigme et de système, allant jusqu’à la transformation d’une démocratie en dictature militaire.

À travers les manigances de Radow, Yoshikazu Yasuhiko dévoile toute la perversité d’un homme prêt à tout pour s’accaparer le pouvoir.
Radow, dont nous avions déjà observés une sentiment de frustration dans le tome 1, en est la personnification parfaite.

Le ton de ce volume est très diffèrent du premier. Alternance entre passages sombres, à l’image de l’interrogatoire de Luisa en ouverture, et une grosse dose d’humour, venant contrebalancer, parfois à l’extrême, l’ambiance générale.
De même, alors que le premier se voulait, un peu trop, explicatif, celui-ci se montre plus « léger » d’un point de vue narratif, s’axant davantage vers l’action et délaissant la chose politique et militaire.

La fin reste ouverte même si sa radicalité risque d’en surprendre plus d’un quite à décevoir.

Des protagonistes archétypaux

Venus Wars épate pour son approche théorique mais laisse un peu plus circonspect sur le développement de ces nombreux protagonistes.

Certes, Hiro est sympathique. Gamin rebelle et tête brûlée, il fonce droit devant sans trop réfléchir. Excessif autant dans ses actions que dans ses sentiments, il est forgé dans le même moule qu’un Kaneda. Et à ce niveau, il est bien plus réussi que Matthieu qui, écrit un peu sur la même idée, parait bien plus lisse.

À leurs manières, les personnages féminins sont modernes. Certes, on échappe pas à la figure de l’éternelle amoureuse mais que l’on prenne Helen ou Miranda, Yoshikazu Yasuhiko leur offre une place de choix dans cette intrigue.
Le cas de Luisa est plus complexe. Si elle est aussi une femmes active, elle reste sous l’emprise de Radow et donc en position de faiblesse.

De façon générale, nous avons peu d’affect pour leur sort. Les morts sont expéditives et ne laisse que peu de temps pour nous attachés à eux.

Un dessin typé

Le trait de Yoshikazu Yasuhiko est marqué par son époque, sans pour autant avoir perdu de sa fraîcheur.

Le style est réaliste mais, à l’instar des codes du manga, simplifie les expressions au strict minimum.
Les effets de narrations sont appuyés , agrémentés de scènes d’action, parfaitement chorégraphiées, montrant tout l’expertise de son auteur.
C’est dynamique et d’une fluidité sans faille.

En tant que spécialiste de science fiction, Yoshikazu Yasuhiko accorde une importance tout particulière à la cohérence technologique de son monde. Et si sa vision reste assez connotée par l’imaginaire de ces années là, on se régale de ses designs de motos, tanks et autres avions militaires.

Sur le tome 2, le trait devient plus instinctif, moins minutieux. La multiplication de scènes comiques apporte un parfait contre-emploi aux passages d’actions mais donne une impression générale de légèreté.
Dans sa globalité, je trouve ce second volume moins bien exécuté, surtout en comparaison d’un premier tome extrêmement riche.

En résumé

Venus Wars de Yoshikazu Yasuhiko est un classique du manga de science fiction des années 80. 
Longtemps resté inédit sur notre territoire, Naban l'édite en deux volumes massifs, cohérents vis à vis des deux époques de la série.

Le premier volume est un véritable coup de coeur.
Yoshikazu Yasuhiko explore les mécanismes de la guerre en s'attardant sur une élite de pilote de moto. Politique, diplomatie, attentat et conflit armé, l'oeuvre reste encore
pertinente de nos jours.
Le mangaka critique la violence de ses chefs de
guerre, ne voyant voient leurs soldats comme de la simple chaire à canon. Quant à la diplomatie, elle se ridiculise devant son manque d'autorité.

Le second volume perturbe d'emblée.
En s'intéressant à l'autre camp, le mangaka prend le parti de renouveler tout son casting. Or Matthieu fait pâle figure, en comparaison à Hiro.
Néanmoins, malgré l'usage d'archétype, la critique reste sévère sur une nature humaine assoiffée de pouvoir.

Le dessin est très réussi même si
le mangaka s'essouffle un peu plus sur le dernier volume.
Malgré tout, on gardera en mémoire les designs de ces sublimes motos qui n'ont rien a envier à celle de Kaneda.


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