Mots Tordus et Bulles Carrées

Once upon a time at the end of the world (Jason Aaron / Alexandre Tefenkgi / Nick Dragotta)

Dans un monde en ruine, il n’est pas facile de survivre.
Mezzy ne le sait que trop bien.
Quand elle découvre le refuge de Maceo, un jeune garçon solitaire, elle pense en profiter pour se faire quelques provisions en passant rapidement son chemin.
Mais Maceo, qui n’avait jusque là jamais croisé de jeune fille, tombe sous le charme et délaisse sa forteresse pour l’accompagner à l’extérieur.

Au péril de sa vie !

The end of the world

Survival romantique

Voyage en enfer

Once upon a time at the end of the world de Jason Aaron, Alexandre Tetenkgi et Nick Dragotta signe le grand retour du scénariste dans l’industrie indépendante après des années au service de Marvel.
Et quoi de mieux qu’une petite exploration des contrées inexplorées de sa carrière : le récit post apocalyptique.
À priori, cet univers crade a quelque chose de rafraichissant pour un auteur usé par un run compliqué sur les Avengers.
Et on imagine cette série comme un grand défouloir.
Alors que… non.
Enfin si, mais pas tel qu’on l’imaginait !

Avant tout, Once upon a time at the end of the world est une romance.
Plus précisément, une romance adolescente sur une planète ravagée.
On s’étonne de cette direction mais l’idée intrigue.
Surtout qu’on comprend rapidement que Jason Aaron va un peu malmener les codes du genre.
Maceo et Ezmerelda (Mezzy) n’ont rien en commun.
Si la première a été conditionnée, le second ne connaît absolument rien du monde qui l’entoure.
Maceo est un gamin naïf, enfermé dans une sorte de forteresse de la solitude en attendant le retour improbable de ses parents.
Avec sa tête de déluré, il agace rapidement la survivaliste en herbe qui ne voit en lui qu’un boulet.
Et pourtant, le charme va opérer.
Il faut dire qu’il a un atout majeur. Maceo est brillant et son côté MacGyver pourrait bien être utile à leur périple.
Mezzy ne se dévoile guère. Le scénario distille au compte gouttes ses informations, dévoilant un passé sombre et obscur.
D’une certaine façon, son profil de battante n’inspire pas la confiance mais un véritable duo va se former par de petits moments de complicité.
L’un apportant à l’autre, jusqu’à créer un… couple.

Enfin, le croit-on !
Puis arrivent les épilogues de fin de chapitre et le rêve se transforme en cauchemar.

Le renouveau du post-apocalyptique (in the end of the world)

Une autre vision du scoutisme

On pourrait croire que Once upon a time at the end of the word s’adresse avant tout à un public adolescent.
D’ailleurs, la thématique centrale, l’approche graphique et son décalage semblent renforcer ce sentiment.
Peut être est-ce d’ailleurs la volonté de Jason Aaron !
Offrir une romance adolescente originale à un public qui en est friand.
Et pour cela, il ne va pas faire dans la dentelle.

L’univers décrit par le scénariste est dévasté et glauque à souhait.
Peuplé de rats mutants et d’autres créatures tout aussi peu ragoûtantes, l’environnement offre peu d’espoir aux rares survivants.
Surtout qu’à l’image de Mad Max ou la Route, certaines factions se cont créées.
Les frichards sont assez classiques sur la forme.
Si, pour le moment, on ne sait pas grand chose d’eux, ils semblent avoir abandonné leur humanité à l’image des bribes de langage qu’il leur reste.
Ils sont un peu à l’image de ce monde : d’une laideur extrême et sans réel espoir de rédemption.

Cependant, ce premier volume de Once upon a time at the end of the world fait la part belle à une communauté plus inhabituelle sur ce genre de récit : les scouts.
Et effectivement, qui mieux que des scouts élevés dans la compétition et la survie pour faire face à la fin du monde ?
L’idée, en plus d’être originale et brillante dans son développement, est aussi un moyen pour Jason Aaron de mettre un taquet de plus à cette Amérique puritaine.
D’une certaine façon, La BSA ( Boys Scout of America ) est une forme officielle de contrôle de la jeunesse.
Et l’auteur ne se gêne pas pour jouer, non sans cynisme, avec leur code, leur tradition ou leur histoire.
Ils sont aussi effrayants que ridicules.

Double artiste pour double temporalité

2 styles, 2 ambiances

Sans trop en dévoiler, Once upon a time at the end of the world se divise en deux unités.
La principale est dessinée par Alexandre Tefenkgi, illustrateur français (cocorico !) qui a déjà une longue expérience.
A ma grande surprise, il a même gagné un Einser Awards pour une série dont j’avais eu l’écho il y a quelques temps , The Good Asian.

Pour être tout à fait honnête, il m’a fallu quelques pages pour apprécier le style particulier du dessinateur.
Si sur The Good Asian son trait me paraissait plus net avec quelques élan de Darwin Cooke, sur Once upon a time at the end of the world, il a une approche plus incisive.
Le trait est sec, presque instinctif et ne s’embarrasse pas de détails.
Pourtant, avec le recul, le dessin d’Alexandre Tefenkgi s’accorde bien à l’ambiance lunaire et légèrement surréaliste de cet album.
Pour rendre cohérents ces scouts survivalistes, rien de mieux qu’un style lorgnant vers le cartoon pour ados-adultes.

Surtout si cette ambiance graphique se retrouve en total décalage avec les épilogues « futuristes » de fin de chapitre.
Le trait se veut plus féroce, brutal et renoue avec une forme plus classique du récit post-apocalyptique.
Et qui de mieux que le grandiose dessinateur d’East of West, Nick Dragotta, pour s’atteler à cette tâche ?
Sa prestation se résume à une dizaine de planches et pourtant on est frappé par la puissance de la proposition.
On comprend rapidement que le futur n’est pas réjouissant et le doute s’installe rapidement sur l’avenir de nos amoureux.

Pour résumé

Once upon a time at the end of the world de Jason Aaron, Alexander Tefenkgi et Nick Dragotta est une romance post apocalyptique décalée. 

Derrière cet amour naissant, le scénariste nous décrit un monde dévasté, peuplé de créatures radioactives, de tueurs psychopathes et de scouts survivalistes.
Le scénariste américain en profite pour se moquer avec ironie d'un certain endoctrinement de la jeunesse.

Le style d'Alexandre Tefenkgi risque de surprendre mais ne dénature pas avec le ton gentiment halluciné du récit.
De plus, il offre un véritable contraste aux épilogues brutaux et sanglants de Nick Dragotta.

Si ce n'est sans doute pas le meilleur comics de Jason Aaron, Once upon a time at the end of the world est une proposition de récit post apocalyptique originale, cachant quelques belles surprises.

Pour lire nos chroniques de La route et La peste écarlate

Bulles Carrées

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Aller au contenu principal