Ghost Pepper (Ludo Lullabi)

Après le « Grand Brasier », l’humanité s’est reconstruite tant bien que mal.
Alors que le monde vénère son sauveur Bataar, Loloï cuisine et vend des plats épicés remportant un franc succès.
Jusqu’au jour où un étrange guerrier du nom de Ash décide de goûter à sa spécialité, attirant dans la foulée l’attention des contrôleurs à ailerons.
À partir de ce moment, la vie de Loloï ne sera plus jamais la même.

Une série épicée

Ghost Pepper de Ludo Lullabi est un projet de pur divertissement qui ne ment pas sur sa marchandise.
On vient pour de l’action débridée, des personnages hauts en couleur, un lore développé, une intrigue simple mais efficace. Et c’est exactement ce que l’on a !
C’est l’archétype du comics que j’adorais lire dans les années 2000, à la grande époque de Cliffhanger avec, entre autres, le Battle Chaser de Joe Madureira.
D’ailleurs, il en pleuvait des séries de ce type, sortes de « copiés/collés » de l’esthétisme de Joe Madureira plus ou moins réussis, au point de même d’avoir inspiré le regretté Mike Wieringo pour son sympathique Tellos.

Mais Ghost Pepper n’est-il qu’un simple écho d’une époque révolue ou l’héritage d’une lignée disparue ?

Les liens, inconscients ou non, sont évidents.
On pourrait voir Ghost Pepper comme un petit frère de Battle Chaser.
Si l’ainé puisait ses inspirations dans les RPG, les jeux de rôle et la fantaisie, le rejeton se tourne plus vers la science fiction.
L’intrigue, bien que classique, reste solide. L’humanité a, en partie, échappé à son extinction et s’est reconstruite en vénérant leur sauveur, un dénommé Bataar.
Et dans ce monde « post apocalyptique », la vie suit son cours.

Loloï , n’a rien d’une héroïne. Elle tient un fast food dont la spécialité fait fureur. La jeune femme sait ce qu’elle veut et elle n’est pas du genre pas se faire marcher dessus. Au point de mener par le bout du nez le gros costaud de la bande.
Elle apporte la petite touche en plus de ce comics : la cuisine.
Ludo Lullabi aurait pu en faire un simple hommage au côté « bouffe » de nombreux shonens mais il va plus loin en l’intégrant à son récit, autant par l’aspect concurrentiel de son affaire que pour l’ingrédient secret que Loloï cache jalousement.

Ash est, au contraire, un pur archétype. Guerrier ultra puissant et mystérieux, il compte bien rétablir SA vérité.
On ne peut pas dire qu’il soit du plus sympathique, même si cette sensation s’apaise, petit à petit.
Il est lié à un Sélénite, sorte de Jiminy robotique. Si son histoire est remplie de zones d’ombre, sa quête reste claire et parfaitement définie. Son rapport avec le « grand brasier » reste flou mais une chose est sûre, le sauveur n’est pas forcément celui que l’on croit !

D’autres personnages peuplent les pages de Ghost Pepper. Adversaires comme potentiels alliés, certains ne sont pour le moment qu’esquissés, préparant le terrain pour la suite des évènements.

Le lore en rappelle d’autres. On pense évidemment à un mix de Gunm avec des bouts de méchas à la Evangelion. Les inspirations sont nombreuses mais elles sont totalement digérées par son auteur qui a su créer un monde avec une âme propre. Certes, rien de bien original, mais il y a un côté rafraichissant de découvrir une série assumant totalement son héritage.

L’écriture est rythmée, entre scènes d’action et caractérisations.
Les affrontements sont parfaitement menés, même s’ils ne sont pas un but en soi.
Au final, on reste happé par la lecture, profitant d’une rythmique et d’un ton qui rappellent les nombreux animés qui ont abreuvé ma jeunesse.
On se laisse aller à la découverte de cet univers et ce premier tome, bien qu’introductif, se montre assez généreux pour nous donner envie de découvrir rapidement la suite.
En espérant que l’attente soit moins longue que pour Battle Chasers.

Un dessin inspiré

Jusqu’à récemment, je ne savais pas que Ludo Lullabi était un dessinateur français.
Alors que je l’imaginais en fils spirituel de Joe Madureira, je découvre qu’il a fait ses débuts tout d’abord avec son frère puis sur Lanfeust Quest, une tentative d’intégrer l’univers d’Arleston à la sauce manga.
Si les couvertures étaient chouettes, les intérieurs manquaient encore de maturité.

Une chose est sûre. La japanimation et les jeux vidéos ont nourri son imaginaire.
Et c’est sans doute ce qui a rapproché le jeune auteur français de la star qu’était Joe Madureira, à la fin des années 90, début 2000.
Après un petit passage en tant que designer pour l’industrie vidéo ludique, il revient dans le monde des comics, avec une collaboration évidente et un objectif ambitieux : clôturer le premier cycle de Battle Chaser, 20 ans après….
On aurait pu croire que Ludo Lullabi serait resté dans l’ombre de son « mentor » mais l’absence de ce dernier et la disparition de ses multiples clones en ont fait le seul héritier de cette ligne graphique.
Un style aux codes graphiques précis : des designs et des visages stylisés à la manga et des scènes d’action ultravitaminées.
Ghost Pepper, c’est un peu de la japanimation sur papier. Les codes sont maitrisés et, s’il ne cherche pas à les chambouler, il a assez de talent pour nous en mettre plein la vue, épaulé par les couleurs d’Adriano Lucas.

Avec Ghost Pepper, je souhaitais un comics d’action fun et sans prise de tête.
C’est exactement ce que j’ai eu, et même un peu plus !

Résumé

Ghost Pepper de Ludo Lullabi est un pur comics d'aventure / action comme j'aimais tant en lire à l'adolescence. 

Si on ne peut ignorer la filiation consciente ou non que l'auteur a avec l'oeuvre de Joe Madureira, Battle Chasser, Ghost Pepper réitère l'exploit de nous proposer un shoot de japanimation sur papier.

L'intrigue reste classique mais l'écriture, ultra rythmée et saupoudrée de mystères, soutient un lore intéressant mais encore en construction, tout comme les personnages que l'on apprend à découvrir au fil de ces 5 chapitres.
Cependant, l'élément "cuisine" de l'intrigue apporte un petit côté épicé à l'histoire, tout en rendant hommage à notre obsession pour la bouffe.

Le dessin, comme le scénario, est le pur reflet de ses inspirations.
Les charac-designs, comme les protagonistes, découlent d'une approche graphique qui rappelle celle de Joe Madureira.

Sorte de fils spirituel, Ludo Lullabi assume à fond cet héritage.
Même si on espère que, contrairement au "paternel", il ira jusqu'au bout de son aventure !

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