Celle qui reste (Rachel Corenblit / Régis Lejonc)

Dans une cité grecque en ruines, surgit la voix d’une jeune femme, princesse d’un royaume déchu, fille d’une lignée maudite : Antigone. En 7 actes, Rachel Corenblit lui laisse la parole pour raconter l’histoire de sa famille, mythe tragique s’il en est, mais aussi sa résilience et sa quête de vérité. Car elle est Celle qui reste.

Assumer son histoire…

S’il est un mythe grec qui m’a profondément marquée, c’est sans nul doute celui d’Oedipe et d’Antigone.

Parce qu’il est tragique, avec ses morts brutales et ses mutilations violentes. Parce qu’il parle de secret et de vérité, d’amour et de mort, de destin écrit et de liberté.

L’histoire d’Antigone est d’abord celle d’une famille à la destinée tragique : les Labdacides. Un fils mutilé et laissé pour mort qui tue, des années plus tard, son père, sans connaitre son identité, puis épouse sa mère dont il aura 4 enfants. Une ville, Thèbes, qui se voit décimée par une étrange peste dont le roi est à la fois responsable et sauveur. Deux frères qui vont s’entretuer pour le trône, deux soeurs que tout oppose. Une fille et son père, aveugle volontaire, qui prennent la route de Colone.

En s’emparant de ce mythe si complexe et si souvent réécrit, Rachel Corenblit réussit à la fois à en condenser les multiples ramages afin de respecter la cahier des charges de la collection Court toujours mais aussi à faire d’Antigone une figure de femme forte, résistante et résiliente.

Ces déments qui pensent que la vie n’est qu’une tragédie.

Je préfère en rire.

Je réponds : j’ai une devinette à vous soumettre, père, une énigme, un jeu, vous qui les appréciez. Quel être, pourvu d’un même père que sa soeur et ses frères, a aussi la même mère que son père et sa speur et ses frères ?

Il me sourit. C’est comme une récompense.

Par des mots simples et forts, l’esprit d’Antigone, de manière surprenante assez moderne, vibre dans cette courte réécriture, magnifiquement soutenue par les illustrations de Régis Lejonc.

… pour mieux s’en libérer

Les 7 actes-chapitres nous rejouent la pièce antique et chacun d’entre eux permet de faire la lumière sur l’un des personnages de la famille.

Oedipe, Tiresias, Jocaste, Polynice et Etéocle, Ismène et enfin Antigone, « Celle qui reste ». Tous sont réunis et vont permettre de lever le voile sur les secrets qui pèsent sur cette étrange lignée.

Chaque chapitre devient une pièce du puzzle qui constitue la personnalité d’Antigone et son choix final de rester debout.

Deux flambeaux éclairaient leur tête-à-tête. Entre eux, le siège vide de mon père.

Le silence régnait.

Je l’ai brisé. J’ai dit : je ne comprends plus rien, si vous êtes mes frères, mes neveux, mes cousins. On est bien emmêlés, là. On va se confondre.

Ils n’ont pas écouté.

Et c’est là toute la force d’Antigone. Elle ne fuit pas. Elle accepte d’être de cette famille mais elle s’en distingue. Sur ses épaules pèse le poids de l’héritage mais elle avance vers sa vie à elle. La fin de sa famille et le début de la sienne propre.

Tout un symbole, c’est elle qui accompagne seule son père Oedipe aveuglé loin de Thèbes.

Oedipe et Antigone

Vous l’aurez compris, cette réécriture du mythe d’Antigone de Rachel Corenblit, illustrée par Régis Lejonc, a la puissance du mythe. Sa complexité, sa force et sa simplicité qui dit beaucoup en peu de mots.

Pourquoi lire Celle qui reste ?

Celle qui reste est certes une réécriture du mythe d'Antigone et d'Oedipe qui puise dans l'Antiquité pour en tirer la sève tragique mais elle est aussi un court roman qui offre un accès simple, puissant et vibrant à la figure de l'héroïne grecque. L'objet est une porte ouverte magnifiquement illustrée par Régis Lejonc. Rachel Corenblit, loin de la rebelle Antigone que nous avait laissée Anouilh, nous propose une lecture humaine et moderne de cette jeune femme résolument tournée vers l'avenir.

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