Home Sick Pilots (Dan Watters / Caspar Wijngaard)

Amy, Buzz et Rip, ami.es et membres d’un groupe de punk sobrement intitulé Home Sick Pilots, cherchent à trouver l’endroit idéal pour leur prochain concert.
Amy pense immédiatement la maison du vieux James et décide de l’explorer après une confrontation houleuse avec les membres du groupe les Nuclear Bastards.
Le lendemain, sans nouvelle de leur amie, Buzz et Rip décident de se rendre à la « maison qui tue », n’imaginant pas y vivre une expérience traumatisante.

Un cocktail explosif

Lié.es par la musique

Home Sick Pilots de Dan Watters et Caspar Wijngaard sort un peu de nul part, sans qu’on ne sache réellement où les auteurs nous embarquent.
Cette mini série en 15 chapitres, datant de 2020 a un concept basique mais complètement barré. Il est presque étonnant qu’Urban, légèrement fébrile sur les comics indés, se soit lancé dans cette aventure.
Mais, depuis The one hand & the six fingers, et surtout Batman dark patterns, le petit protégé de Ram V semble se faire une petite place dans le coeur de l’éditeur.

Et ma foi, Home Sick Pilots vaut vraiment le coup d’oeil.
On y suit le parcours d’Amy, embarquée dans un un tourbillon délirant et fantasmagorique.
L’adolescente est une jeune fille rebelle qui n’a pas sa langue dans sa poche. On comprendra, au détour d’un flash-black ce qui a forgé ce caractère, l’amenant à rencontrer ses deux acolytes : Buzz et Rip.

Lié par leur amour du punk, il crée un groupe et cherche à se faire une petite réputation.
Si, le sujet reste au second plan, les multiples références et réflexions musicales cimentent la structure d’un récit porté par une grosse dose de fantastique.
Au final, les liens qui unissent nos trois adolescents et leur passion pour le punk sont les dernières accroches d’un monde réel fracturé par celui des esprits.
Cette amitié, aussi touchante soit-elle, n’est pas infaillible. On n’évite pas les séparations, les ruptures et autres tensions parfois porteuse de jalousie.
Une nouvelle fois, la métaphore musicale s’avère pertinentes.
Comme, le mentionne Rip

 » C’est toujours le batteur dont on se sépare ! »

Si Buzz est l’ami fidèle et courageux, près à tout pour porter secours à Amy, Rip est plus perfectible.
Vivant en foyer, il se fait de l’argent en vendant de la dope, dont il est un gros consommateur.
Il y a quelque chose de cassé chez lui et la perte de son ami semble l’enfoncer encore plus dans un gouffre dans lequel il a du mal à sortir.
Plutôt adepte des mauvaises décisions, il accumule les erreurs, conscient cependant du camp dans lequel il se trouve.
Observateur passif, Rip va devoir apprendre à agir. S’il a un petit côté pathétique mais au final, il est aussi celui qui évolue le plus
Cependant, il est peut-être aussi celui qui évolue le plus, comprenant le premier que l’union fait la force.

Maison hantée ou méchas géants

À première vue, Home Sick Pilots est simple récit de maison hantée.
Amy rentre dans une maison à la réputation sulfureuse et n’en ressort pas.
Alors que ses amis sont à sa recherche, ils deviennent les témoins d’actes brutaux et sanglants au sein même de la demeure.
En terme d’ambiance, cette scène frappe fort, invoquant des effets graphiques et une cruauté digne de The Shining.
Dan Watters, plutôt maître de son sujet, aurait pu se contenter de cela. En quelques chapitres, il nous offre une petite dose de gore, même si au final, il choisit une toute autre direction.

Car le scénariste aime se compliquer la tâche, multipliant les faux semblants et les retournements de situations plus ou moins inattendus.
Alors que Rip et Buzz digèrent difficilement la disparition d’Amy, cette dernière vit une aventure parallèle.
On comprend que la maison est vivante et qu’elle a choisit la jeune adolescente pour accomplir une mission : récupérer les 6 esprits, égarés dans la nature.
Pourquoi ? C’est bien là toute la question mais en tant qu’émissaire, la jeune adolescente ne pense qu’à ses objectifs et non au raison, caché derrière les pensées de cette terrifiante maison.

La trame aurait pu prendre une tournure redondante, amenant l’héroïne à pourchasser les esprits un par un mais Dan Watters est décidément bien plus malin que cela.
Tout en gardant son fil rouge, il en développe les concepts. La maison n’est pas seulement hantée, elle est vivante et peut donc bouger.
Si la maison se meut, il lui faut un pilote dans la plus pure tradition des récits de mechas. Sorte de fusion entre l’antre de l’horreur et Evangélion , Dan Watters crée une sorte de monstre organique tout en réfléchissant à un fonctionnement logique.

Home Sick Pilots devient une oeuvre hybride. D’un simple récit de maison hantée, on découvre une histoire plus vaste, mélange de chasse aux fantômes, de combats de robots, de conspirations, le tout saupoudrés de secrets enfouis dans le passé.
On découvre, chapitres après chapitres, un nouvel élément venant alimenter cette intrigue à tiroir.
Dan Watters ne s’impose aucune limite tout en évitant l’overdose.
Le combat est acharné mais ne laisse jamais l’humain de côté. Que ça soit Amy ou Meg, Rip ou Buzz, chacun apporte leur force , leur faiblesse et leur doute.

Home Sick Pilots est un beau bébé qu’Urban a décidé de publier en un seul tome.
Un choix logique mais qui peut créer certaines sensations de longueurs, beaucoup moins perceptibles en single issue.
En effet, si le rythme incite à tourner le page avec avidité, il ne laisse pas toujours le temps au lecteur de souffler et une sorte d’entr’acte , en coupant la série en deux volumes, auraient permis de mieux apprécier l’expérience.
Cependant, cette publication a le mérite d’exister et rien n’empêche le lecteur de se créer lui-même ses propres pauses de lecture.

Un débutant pas si débutant que cela

On pourrait croire que Caspar Wijngaard est un nouveau venu dans la sphère comics.
Pourtant, il a déjà une petite expérience derrière lui, récompensé par de nombreuses nominations aux Eisner awards.
On peut le découvrir sur certains titre mainstream de Dc comics mais surtout en indescriptible avec Home stick Pilots et, plus récemment, The power Fantasy.
Dessinateur anglais, il a collaboré de nombreuses fois avec Dan Watters, Home Sick Pilots étant leur projet le plus « connu ».

Graphiquement, son dessin est agréable, l’encrage est maitrisé et les couleurs, qu’il assure lui-même, apporte ce petit plus à l’ambiance générale.
Ave une telle thématique, on pourra sans doute lui reprocher un trait un peu trop propre, manquant d’aspérités.
Néanmoins, il se montre particulièrement inspiré en terme de design et sa vision de la maison hantée version Transformers restent un pur moment de délire graphique.
De même, les esprits sont parfaitement bien caractérisé et le Fer à cheval devient rapidement un des personnages marquant de la série.
Caspar Wijngaard tente même quelques expérimentation, en terme de mise en page ou d’encrage, notamment lors des scènes de flash-back.

Home Sick Pilots est un belle réussite graphique.

En résumé

Home Sick Pilots de Dan Watters et Caspar Wijngaard est une chouette surprise. 
Alors que Dan Watters commence à se faire une petite réputation, il prouve avec cette mini-série datant de 2020, qu'il est aussi à l'aise dans le fantastique que dans le polar.
Et il ne fait pas les choses à moitié en fusionnant le récit de maison hantée avec du méchas pur jus, le tout sous fond d'histoire d'amitié et de punk.
Le récit n'échappe pas à quelques longueurs mais le rythme élevé et les multiples rebondissements nous offre un véritable "page turner"


Surtout que graphiquement, Caspar Wijngaard assure grave, en créant des designs de folie autant pour les maison-méchas que pour les esprits.
Et le tout, en assumant la colorisation d'un album massif et généreux.
Une franche réussite !
Bulles carrées

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