Gorm (Neb)

Lors d’un excès de rage propre au berserker, Gorm tue l’Alpha.
Etait-ce pour protéger sa petite fille, Asta ? Peu importe !
Cet assassinat provoque la colère de ses trois soeurs, lançant une meute de loups aux trousses du guerrier viking et de sa jeune accompagnatrice.
La chasse peut commencer !

Survival familial

Tout pour sa famille

Le crime originel

Gorm est la première bande dessinée de Neb, prémisses à d’autres projets prévus pour 2027.
Cette première entrée dans le 9eme art se fait par la porte de la Dark fantasy, en y insérant les codes du survival pour une quête familiale haletante, pour ne pas dire suffocante.

Pourtant, l’intrigue n’a rien de bien original.
Gorm est un berserker. Ces guerriers, à la force légendaire, se caractérisent par une rage tout aussi incontrôlable.
Or, quand on ouvre les premières pages de l’album, on comprend rapidement le poids des contreparties d’une telle puissance.
Le guerrier a éliminé un Alpha. Or, il sait que cet acte ne restera pas impuni.
S’il était seul, peut être aurait-il accepté son jugement mais sa petite fille, Asta, l’accompagne dans son périple.
Et les chasseresses ne comptent épargner personne.
Il ne lui reste donc qu’une option : fuir la meute tout en protégeant, au mieux, sa petite fille.

Au rythme aussi tranchant qu’une lame, Neb développe des liens familiaux puissants dans un contexte de course poursuite infernale.
En réalité, nous ne connaissons que le strict minimum sur les deux protagonistes et leurs adversaires.
Gorm est un guerrier surpuissant et acharné, dernier Berserker. Asta, bien qu’encore jeune, n’a pas froid aux yeux et serait prête à se jeter dans la mêlée si elle n’en était pas continuellement empêchée.
Gorm symbolise l’expérience alors qu’Asta reflète toute l’insouciance de la jeunesse.
Cette opposition amène son lot d’étincelles tout en les rendant attachants. On ressent tout l’amour que porte le vieillard à la jeune fille et tous les sacrifices que cela implique sans que celle-ci ne s’en rende totalement compte.
Les tensions sont fortes mais elles attestent aussi de la puissance de leur lien.

C’est justement ce lien qui amène les trois soeurs de l’Alpha à se lancer dans cette quête vengeresse, sans aucun discernement.
Et en même temps, qu’aurait fait Gorm si c’était sa petite fille qui avait été tuée par l’Alpha ?
La proie ne serait-elle pas devenue le chasseur ?

Lutter contre sa propre rage

Céder à la rage

La thématique du Berserker a été maintes et maintes fois traitée, du BRZRKR de Matt Kindt à celui du regretté Kentoro Miura.
La vision de Neb est, à première vue, plus traditionnelle, trouvant sa source dans les légendes vikings.
Certes, il y apporte sa petite touche , avec cette « potion magique » à la Asterix, en plus hardcore.
Effectivement pour accéder au stade de Berserker, Gorm s’étale une lotion jaunâtre qui lui donne une puissance phénoménale au prix de toute raison.

Et c’est là tout le paradoxe. Dans les moments les plus périlleux, ceux où, à l’image de la couverture, nos protagonistes sont submergés par la meute, le vieux guerrier doit choisir entre sauver sa petite fille, tout en prenant le risque de devenir un danger pour elle.
Ainsi, la tension est double : la meute assoiffée de vengeance face à la férocité du Berserker.
En sachant que c’est justement cette folie qui est la source même de cette quête vengeresse.

Pour Neb, il est impossible de résister à cette haine dévastatrice. Le sang amène le sang et la vengeance engendrée ne peut déboucher que sur encore plus de morts.
C’est d’ailleurs le choix des soeurs de l’Alpha. Elles n’ont aucune hésitation en envoyant la meute pourchasser le duo, quitte à provoquer des pertes encore plus massives.

On est happé par le récit qui ne cesse jamais de nous mettre en tension continuelle. Chaque étape n’est qu’un danger de plus auquel il est difficile d’échapper.
D’ailleurs le récit prend une toute autre tournure lors d’une première révélation, nous obligeant à revoir le statut de chaque personnage. Les conséquences de celle-ci se révèlent lors d’un dernier affrontement dantesque, d’une brutalité rare.

La famille et la violence sont au centre de l’intrigue de Neb. On protège sa famille autant qu’on la venge, quitte à sombrer avec elle.

Une patte graphique hors norme

L’impact de la répétition

Il va falloir sans doute un petit temps d’adaptation pour certain.es lecteurs et lectrices avant d’apprécier le trait si particulier de Neb.

Personnellement, la couverture de l’album avait attiré mon attention mais les intérieurs m’avaient décontenancé. Je m’attendais à un dessin radical mais peut être pas à ce type de radicalité.
Nous ne sommes pas vraiment habitués à la rondeur pour des oeuvres aussi sombres et je pensais que l’approche graphique entrerait en contradiction avec son récit.
Quelle erreur !

Une fois la lecture commencée, l’illumination ne tarde pas à se faire.
À ce niveau, sans que les auteurs n’aient aucun point commun, cette appréhension originelle me rappelle celle ressentie avec Fiona Staples sur Saga. Or, maintenant, il serait difficile de voir quelqu’un d’autre sur ce comics.

Et bien, avec Neb, c’est pareil.
Cette simplification stylistique s’agrémente d’une utilisation de masses de noir et d’une gestion des environnements dans la droite lignée des Juni Ba ou autre Crom.
A ceci prêt qu’au lieu d’utiliser des lignes acérées , il préfére les arrondis plus cartoonesques, pour ne pas dire enfantins. D’ailleurs sa narration reflète aussi cette inspiration animé, notamment celle des oeuvres de Genndy Tartakovsky.

Au final, c’est un peu comme si Dickie, le personnage de Pieter De Poortere, avait fusionné avec le Hellboy de Mike Mignola.
Un cocktail détonnant !

En résumé

Gorm est la première bande dessinée de Neb. Et pour une entrée en matière, l'auteur décide de faire dans la radicalité. 

Si le scénario, sous ses airs de Dark Fantasy aux allures de survival, peut paraître classique, il étonne autant par son efficacité structurelle que par la tension continuelle de son récit.
Une tension autant dans l'action que dans les rapports qu'entretiennent Gorm et sa petite fille Asta.
La famille et la violence sont intimement liées dans une quête de vengeance assoiffée de sang et de rage.

Graphiquement, l'approche graphique de Neb pourra chambouler nos habitudes mais les plus curieux et curieuses se régaleront d'un style qui fusionne les rondeurs du cartoon et une gestion parfaite des masses de noir.
C'est un peu comme si Dickie avait fusionné avec Hellboy
!
Bulles carrées

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