Mots Tordus et Bulles Carrées

Phenomena (Brian Michael Bendis / André Lima Araùjo)

Boldon arrive en ville en quête d’aventure.
Et sa rencontre avec un Cyper dénommé Spike risque d’exaucer ses voeux plus rapidement que prévu.
Les alliés de fortune se retrouvent à pourchasser Matilde, une voleuse expérimentée, en direction de la Cité d’or oeillée, un endroit énigmatique aux mille secrets.

Un retour en grâce ?

Le cas Brian Michael Bendis

Plonger dans l’inconnu

Je n’attendais pas particulièrement Phenomena, le dernier projet de Brian Michael Bendis, accompagné du talentueux André Lima Araújo.
Le scénariste américain, s’il a fait les beaux jours de Marvel comics, s’y est aussi perdu au fil des années.
On se souvient avec émotion de ses débuts sur Torso ou Sam & Twitch et de son arrivée tonitruante sur Daredevil. Et on n’oublie pas ses créations, Jessica Jones et Miles Morales, qui ont marqué leur époque.
Malheureusement, il s’est épuisé sur des séries de groupes dont il ne maitrisait pas les codes et enchaina les storylines insipides et sans intérêt.
Son écriture, caractérisée par ses dialogues fleuves, perdent de leur pertinence, frôlant trop souvent la caricature.
Le style Bendis s’essouffle et la décompression devient un gadget pour cacher un manque d’inspiration.
Si on l’acceptait ce processus pour la caractérisation de ses personnages, ce défaut devient irritant si ni les personnages ni l’intrigue ne tiennent la route.
Ce qui fut le cas de nombreux de ses travaux, des New Avengers (si, si !) à La légion des super héros.
Je lui accorde quelques réussites, comme Ultimate Spider-man et son House of M.

En somme, lui et moi, on n’est plus vraiment copains.
Il n’y avait donc aucune raison que je m’intéresse à Phenomena.
Hormis l’espoir de retrouver un auteur plus libre au sein d’un comics indépendant.
Est-ce le cas ?

Un univers en construction

Des personnages en construction

Soyons clair, Phenomena n’est pas une remise en question du style Bendis.
On y retrouve les particularités de son écriture, ses dialogues d’échanges parfois anodins, un humour légèrement enfantin, compensé par un rythme effréné.
Et donc si vous êtes totalement hermétique à son travail, Phenomena ne risque pas de vous faire changer d’avis.

Paradoxalement, j’aurais dû faire partie des réticents.
Et pourtant, de façon assez inexplicable, je me suis laissé emporter.
Quoiqu’on pense de cette histoire, une chose ressort à la lecture : sa sincérité.
Brian Michael Bendis semble s’amuser en écrivant cette quête initiatique. Et si l’idée n’est pas de bousculer le lecteur, on ressent au moins sa volonté de nous divertir.
L’univers, porteur de beaucoup d’interrogations, offre un terrain de jeux particulièrement riche pour l’escapade de notre duo.
De plus, quelques idées sortent du lot. J’aime beaucoup celle qui fait qu’une bonne histoire peut avoir une valeur d’échange.
J’y vois, de la part du scénariste, une retranscription symbolique de son métier : une bonne histoire vaut tout l’argent du monde.

Certes, sur ce premier volume, les enjeux restent légers.
Boldon et Spike poursuivent une voleuse et suivent le chemin de la Cité d’or oeillée.
C’est simple mais c’est avant tout un prétexte pour mettre en scène ce nouvel univers et ses occupants.
Les personnages sont classiques mais déjà attachants et / ou charismatiques. Certains trouveront Boldon agaçant mais il caractérise assez bien son côté naïf.
D’ailleurs, le récit s’adresse avant tout à un public adolescent qui se retrouvera plus facilement à travers cette galerie.
Cela explique la présence du titre dans la collection Blast d’Urban qui propose un espace adapté à un prix modeste.

Un graphisme surpuissant

Des scènes d’actions référencées et punchies

Alors oui, l’histoire est sympathique mais les dessins sont juste prodigieux.
J’avais déjà beaucoup aimé le trait d’André Lima Araújo sur Une soif légitime de vengeance en collaboration avec Rick Remender mais il opte ici pour une démarche radicalement opposée.

Alors que le récit de Rick Remender exigeait une certaine sobriété, celui de Brian Michael Bendis recherche la profusion.
Et clairement, le dessinateur s’éclate autant sur les designs des personnages que sur ceux des éléments de la cité, leur donnant une unité graphique immédiatement reconnaissable.
Le trait est soigné et détaillé. L’encrage est fin mais réhaussé par des aplats de gris apportant de la profondeur de champs.
L’approche d’André Lima Araújo semble trouver sa source dans les mangas et notamment dans Dragon Ball d’Akira Toriyama.
On sent son ombre autant dans le dessin (les plus aguerris ont retrouvé Boo) que dans cette gourmandise graphique.

André Lima Araújo multiplie les pleines et doubles pages et nous régale de combats rythmés, montrant toute la puissante de Spike qui ne démériterait pas en Super Saiyans.

L’oeuvre est généreuse mais on regrette que le format ne lui donne pas les honneurs qu’elle mérite.
De même, on peut se poser la question de ce choix du « noir, blanc, gris ».
Si, à l’image d’un Banana Sioule, cela renforce l’accointances avec le manga, la couleur aurait offert une plus grande lisibilité à certaines cases, un peu noyées dans l’avalanche de détails.
Mais ce sont des reproches minimes face à la qualité globale du dessin.

En résumé

Phenomena est un comics attachant, aux graphismes fabuleux d'André Lima Araújo, qui signe le retour potentiel aux affaires de Brian Michael Bendis. 

En effet, après des années à se perdre dans les méandres du comics mainstream, le scénariste américain semble s'amuser sur un récit de science fiction avant tout adressé à un lectorat adolescent.
Autour de références graphiques et scénaristiques, la création du monde de Phenomena prend petit à petit de l'ampleur.
Et si les enjeux sont pour le moment maigres, on se laisse prendre par cette quête initiatique, rappelant les premières heures de Dragon Ball.

Une oeuvre imparfaite mais qui mérite d'être soutenue autant pour sa prestance graphique que pour la sincérité qui entoure cet ouvrage.

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Bulles Carrées

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