Zara cherche désespérément le sujet de son prochain roman.
Jasper, tueuse à gage délurée se montre peu encline à suivre les règles dictées par sa collaboratrice, Liz.
Ces deux femmes n’auraient jamais du se rencontrer et pourtant, par le fruit du hasard, elles vont s’aimer.
Mais cet amour est-il bien raisonnable ?


Romance mafieuse
Une histoire d’amour brève mais intense

La fille au blouson léopard est le fruit d’une collaboration alléchante entre l’omniprésent James Tynion IV et la « frenchy » Elsa Charretier.
Et pour l’occasion, le scénariste américain nous propose une romance sous fond de règlement de compte.
Ce comics en 3 parties augmentée, format privilégié par l’éditeur VO DSTLRY, impose immédiatement un rythme.
Ainsi, à la façon The nice house on the lake, l’histoire nous est narrée par son personnage principal, Zara.
On la découvre légèrement mal en point, prête à nous dévoiler les origines d’une love story peu commune.
La jeune femme est écrivaine. Mais après un premier succès, elle fait face au syndrome de la page blanche. Complètement paumée, sa rencontre avec la mystérieuse Jasper va amener le piment et l’excitation qui manquait à sa vie.
Et Jasper, c’est un une femme tout bonnement captivante. Une fois qu’on y a gouté, on a du mal à décrocher !
Délurée, dynamique, un caractère pour le moins affirmé, elle est du genre à fixer les règles comme elle l’entend. Autant dans son taff qu’en amour ! Symbole de la femme libre, on ne lui impose rien, c’est elle qui s’impose.
Et clairement, à l’instar de Zara, on tombe facilement dans les filets de la belle blonde.
James Tynion IV oblige, la thématique LGBT sert de fond sans qu’elle soit un sujet en soit. Contrairement à The Deviant, l’homosexualité fait partie de la norme, contrairement aux activités de Jasper.
Le scénariste réussi le pari d’écrire une belle romance, aussi intense que brève. Dès leur première rencontre, il y a quelque chose qui vibre entre les deux jeunes femmes et leur sentiment sonne comme une évidence.
Cependant, rien n’est aussi simple dans la vie et les activités de la fille au blouson léopard l’oblige à réfréner cet élan.
Quant à Liz, la collègue intrusive et légèrement surdimensionnée, sa présence rappelle les dangers qui peuplent la vie de Jasper.
Pourtant , malgré les mises en garde, la tueuse réapparait, à sa convenance, dans la vie de Zara.
Jusqu’à ce qu’elle disparaisse pour de bon …
En réalité, la love story, en tant que telle, ne dure qu’un chapitre. Mais cette brièveté rend le lien passionnel entre ces deux femmes d’autant plus fascinant. Elles sont différentes et pourtant, elles ont chacune, besoin l’une de l’autre.
Mais comme je le disais plus haut, la vie n’est jamais aussi simple !
Sauver sa peau

La conclusion du premier chapitre de La fille au blouson léopard rebat considérablement les cartes.
De façon totalement inattendue, Jasper est assassinée.
Et, elle ne reviendra pas, bien que son ombre planera constamment sur le reste du récit.
La raison semble presque anecdotique : les romans de Zara, prenant modèle sur la vie qu’elle imagine de Jasper, ont trop de succès, mettant en lumière les activités de mafieux peu enclin à ce genre de fantaisie.
La sanction tombe : Zara et Jasper doivent disparaître.
Loin du John Wick bien énervé, James Tynion IV prend son temps, laissant ses personnages faire les choix, découlant de ce changement de statut quo.
Alors que l’écrivaine ne se doute pas des dangers qu’il l’attend, Liz doit faire un choix.
Accepter un nouveau contrat ou respecter une promesse !
Liz est un personnage plus froid, une sorte de « Deus Ex Machina » a elle toute seule.
Si nous ne savons pas grand chose d’elle, on comprend que ses liens avec Jasper dépassaient ceux de simples collègues. Mais contrairement à elle, elle a toujours respecté les règles édictées.
Les scènes d’action n’arriveront que tardivement et seront aussi brèves que la romance entre Zara et Jasper.
James Tynion IV préfère jouer la carte de la tension, se concentrant davantage sur le ressenti de ses personnages plutôt que les explosions à venir.
C’est d’ailleurs une bonne chose. Car, en réalité, le déroulement de l’intrigue s’avère classique et ne risque pas de surprendre grand monde.
D’ailleurs, on pourrait lui faire le même reproche que sur The Deviant, la fusion de genre sert davantage à traiter un des aspect de l’intrigue, délaissant complètement l’autre.
Surtout que le scénariste semble avoir été pris de cours par son récit. Ainsi, si une quatrième partie aurait permis un développement plus conséquent, James Tynion IV se retrouve à devoir choisir la solution de facilité pour sa résolution.
C’est d’autant plus dommage que dans l’ensemble, l’intrigue s’avère efficace et prenante.
Un simple coup de crayon

J’ai toujours beaucoup aimé le trait d’Elsa Charretier. Après le coup de bluff qu’a été The infinite Loop, elle su s’imposer sur le marché américain auprès d’auteur aussi prestigieux que Matt Fraction avec November ou Tom King avec le « sous estimé » Love Everlasting.
Si on la compare, avec raison, à Darwyn Cooke dont elle admire le travail, elle a toujours su faire évoluer son trait au grés de ses projets.
Avec La fille au blouson Léopard, elle opte pour plus de radicalité.
Le trait est épais voire gras, les lignes profondes mais simplifiées et les masses de noires plus atténuées pour laisser carte blanche aux couleurs de Jordie Bellaire, au teinte flashy , très art déco voire old school. On aurait aimé peut être d’un test de pop mais le choix du papier semble affadir la colorisation.
Malgré tout, on sent une véritable réflexion graphique derrière. Mais si la dessinatrice nous gratifie de très belles pages, d’autres paraissent plus sommaires et pourrait donner l’impression d’un laissé allé ou, tout du moins, d’une réalisation plus expéditive.
De même, le design de Liz manque d’inspiration, découlant presque d’une vision très années 90 en décalage avec le reste de l’album.
Si La fille au blouson léopard ne restera pas comme son meilleur album, il reste la preuve d’une autrice en recherche constante d’expérimentation. Et rien que pour cela, ce comics vaut le coup d’oeil.
En résumé
La fille au blouson léopard de James Tynion IV et Elsa Charretier est une romance survivaliste, intense, passionnée mais au final expéditive.
Si James Tynion IV écrit une histoire d'amour peu commune, centrée autour de deux femmes que tout oppose, il se montre moins généreux sur la partie "action" de son intrigue.
On semble le plus attaché à l'aspect émotionnel qu'à l'aspect vendetta.
Quand on a un personnage comme Jasper, on a envie de la chouchouter. James Tynion IV a choisit une tout autre option.
Le pari est risqué mais le contrat est rempli. Il est juste dommage que les dernières pages soient aussi expéditives.
Sur cet album, Elsa Charretier fait le choix de la radicalité, avec un trait plus marqué, aux formes et à la mise en scène simplifiée.
Le tout lié aux couleurs de Jordie Bellaire crée de beaux moments de grâce même si on regrette quelques pages plus "sommaires".
Néanmoins, elle expérimente et rien que pour cela, l'entreprise reste louable.
Un album en demi teinte mais pas désagréable. On retiendra surtout une première partie intense et passionnée.

