Plus de 20 ans après sa parution, La Petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel est réédité en traduction FALC (Facile à Lire et à Comprendre) par les éditions KILEMA. Cette toute jeune maison d’édition, fondée par Cécile Arnoult, traduit et édite « des livres que tout le monde connaît mais qui sont trop difficiles pour certaines personnes ». L’occasion était belle de replonger dans ce court roman humaniste qui raconte l’exil de Monsieur Linh et de sa petite-fille Sang Diû, après la guerre qui a décimé leur famille.


Se reconstruire et vivre ailleurs
Monsieur Linh, debout à l’arrière d’un bateau, voit s’éloigner le pays où il a grandi. Il emporte avec lui sa valise et un bébé : Sang Diû (« Matin doux »). A bord, d’autres réfugiés fuient ce pays détruit par la guerre. Quand il arrive dans son pays d’accueil (le nom n’est pas cité mais on devine que cela pourrait être la France), il n’a rien de plus que ce qu’il a pu emmener avec lui. Il ne parle pas la langue de ce nouveau pays et n’en connait pas les habitudes.

Alors qu’il découvre la ville grise et froide dans laquelle il vit désormais, dans un dortoir avec d’autres réfugiés, le vieil homme fait la connaissance de Bark, un homme dont la femme est décédée deux mois auparavant. Alors que ni l’un ni l’autre ne parle la même langue, leurs rendez-vous vont voir naitre une amitié surprenante.
La petite fille de Monsieur Linh est l’histoire de ces deux solitudes qui vont apprendre à se connaitre, sans se comprendre par les mots mais en écoutant la voix de chacun. Ce qui se dit, ce sont leur passé, leurs souffrances, leurs espérances, tout ce qui fait leur vie d’hommes.
Philippe Claudel, dans ce court roman, transmet avec beaucoup de simplicité et de force l’expérience des boat-people, la tristesse de perdre les êtres qui nous sont chers, la solitude mais aussi la solidarité et la bienveillance. Un récit coup de coeur qui marque profondément.
Une traduction Facile à Lire et à Comprendre
Je tiens tout d’abord à remercier les éditions KILEMA ainsi que Babelio qui m’ont permis de découvrir cette traduction du roman de Philippe Claudel en FALC. En tant qu’enseignante de Lettres, j’ai découvert cette « langue » lors d’une formation il y a quelques années et des versions traduites en FALC de romans classiques ont circulé dans mes classes.
Il s’agit bien d’une langue et non pas d’une version abrégée du texte original. Comme la maison d’édition le précise sur son site :
KILÉMA Éditions veut que les personnes qui ont des difficultés à lire puissent lire les mêmes livres que les personnes qui n’ont pas de difficultés à lire.
Lire les mêmes livres que les autres est très important pour plusieurs raisons :
- On peut discuter avec d’autres sur un livre.
- On se sent comme tout le monde car tout le monde lit.
- On se sent inclus dans la société.
Être inclus veut dire faire partie de la société.
La société, ce sont les gens qui vivent ensemble.
L’édition du roman est donc une traduction d’Emma Troude-Beheregaray dans une langue accessible et une mise en page aux caractères plus gros, aux interlignes aérés et aux dialogues précédés de l’identité du locuteur. Les phrases sont courtes et certains mots ou certaines situations sont explicités directement dans la page lorsque cela semble nécessaire. On y trouve également une présentation de l’histoire, des lieux, de l’époque et des personnages en début d’ouvrage ainsi que des mots de vocabulaire à la fin.
De plus, KILEMA propose une qualité de papier et des illustrations à la plume magnifiques de Marie Annick Lesueur.

Je suis admirative du travail qui a été fait pour réaliser cet ouvrage. Les intentions sont nobles et le résultat montre qu’on peut rendre accessible un grand texte tout en offrant une édition soignée et agréable à feuilleter.
Pourquoi lire La Petite fille de Monsieur Linh (édition FALC) ?
KILEMA fait un travail d'édition formidable en proposant le roman de Philippe Claudel La Petite fille de Monsieur Linh en traduction FALC. L'écriture simplifiée, la mise en page facilitant la compréhension et les illustrations soignées ouvrent les portes de cette belle histoire d'amitié entre deux êtres solitaires et isolés à des lecteurs et lectrices empêchés. La simplicité d'écriture et la sobriété de Philippe Claudel se ressentent dans le travail de traduction d'Emma Troude-Beheregaray.
Un très beau projet éditorial pour un bijou de roman contemporain.

