Fang (Joe Kelly / Niko Henrichon)

Dans un monde où humains et animaux cohabitent, les démons sont omniprésents. Ils prennent diverses formes afin d’interférer dans le déroulement des affaires quotidiennes.
Fang, renarde anthropomorphe, est une chasseuse de démons. Et bien que son espèce traine une réputation « sulfureuse », la renarde a des aptitudes et une éducation qui lui permettent de faire face à cette périlleuse tâche.
Ainsi, elle parcourt la cité-état de Shanta’Droni, en quête de nouvelles proies.

Japon médiéval et anthropomorphisme

Les origines de Fang datent, maintenant, de plusieurs années.
À cette époque, Les Humanoïdes Associés tentaient une percée sur le marché américain, créant leur propre filiale, Humanoids.
L’objectif de l’éditeur était double : proposer ses propres séries à un lectorat américain et rapatrier quelques grands noms américains pour des projets indépendants.
Joe Kelly et Niko Henrichon ont ainsi participé à cette aventrue.

Ces noms attisent forcément la curiosité.
Joe Kelly a une grande expérience dans le mainstream, notamment sur Deadpool ou la JLA et, en indépendant, avec les sublimes mini-séries I Kill Giants et Immortal Sergent.
Quant à Niko Henrichon, entre Les seigneurs de Bagdad ou dernièrement Spectateurs, sa bibliographie parle d’elle-même.

Dans la plus pure tradition du genre

un air de Japon médiéval

Fang n’a pas l’ambition qu’on lui espérait.
Le récit est une aventure divertissante mais la trame de Joe Kelly reste classique.

Le mélange anthropomorphisme et fantaisie est clairement devenu à la mode ces dernières années.
Et, même si le scénariste s’inspire davantage de la culture asiatique, l’esprit rappelle Les larmes du Yokai ou la saga Démon de Peach Momoko.
Néanmoins, il l’alimente d’une légère originalité. Humains et anthropomorphes cohabitent sans qu’aucun ne prenne le dessus sur l’autre. Même si, visuellement, les anthropomorphes semblent plus nombreux.

Pour le reste, on suit les enquêtes d’une jeune chasseuse de démon : Fang.
S’inspirant des ambiances mystiques et traditionnelles de l’Asie, Joe Kelly propose deux volumes dynamiques.
Le premier volume est introductif, se concentrant sur son héroïne et le monde dans lequel elle opère.
Le seconde exploite cette mise en place, tout en développant son concept et ses personnages.

Les démons restent impressionnants mais sont issus d’un folklore assez connu.
À une époque, la légende du Roi-Singe servait de socle à de nombreux récits. Aujourd’hui, c’est celle du Renard à 7 queues qui fait les beaux jours de récits occidentaux plus ou moins inspirés.

Heureusement pour nous, Joe Kelly a du métier.
Ainsi, on découvre, par le biais de cette chasse, une architecture politique, militaire et religieuse particulière.
Dans le premier volume, Fang combat un démon, profitant des oppositions entre deux clans alors que dans le second, c’est la religion qui sert d’accroche aux créatures démoniaques.
Cette partie, trouvant sa source dans l’arrivée des chrétiens en Asie, reprend la fameuse opposition entre Dieu unique et vénérations ancestrales.

Joe Kelly démontre que ces oppositions et autres intolérances servent de terreau à un mal plus profond.
Les démons ne sont que les symptômes d’une maladie plus grave.

Des personnages attachants

Une chasseuse charismatique

Bien que codifié, Fang nous emporte par un fil rouge centré autour de son personnage principal.

La renarde est une héroïne détestée de toutes et tous.
Bien qu’elle exerce une profession hautement nécessaire, la réputation qui entoure son espèce inspire la méfiance voire le mépris.
À ce niveau, on retrouve l’aspect tragique d’un Sorceleur, conspué pour ce qu’il est.
Fang paie le prix d’être une renarde, une fille et une chasseuse de démons aux étranges pouvoirs.
Elle porte en elle l’essence d’un pouvoir immense dont on découvrira la source lors du tome 2.
Sa mère joue un rôle primordial dans son éducation et les missions qui en découlent.
Et le cliffhanger du tome 1, dévoilant les traits de cette dernière, provoque la surprise.

Cependant, Joe Kelly ne se concentre pas que sur elle.
Ainsi, il a l’intelligence de l’affubler de deux acolytes dont on fait la rencontre lors du premier volume.
Rong, l’ours, et Wei-Tzu, le cerf, devraient se détester. Ils ne font pas partie de la même espèce et leurs clans se font la guerre depuis des décennies.
Cependant, les décisions, prises lors du premier volume, lient à jamais ce duo qui va apprendre à cohabiter.
Rien ne les oblige à rester ensemble mais, comme Gimli et Legolas, ils choisissent le chemin d’amis inséparables prêts à épauler la jeune Fang dans sa mission.

Le tome 2 conclut un arc mais laisse en suspens quelques questions.
Si celles-ci ne sont pas vitales pour apprécier l’ensemble de l’oeuvre, on apprécierait de revoir Fang dans un futur à venir.
Malheureusement, on peut déjà estimer la publication de ce tome 2 comme un petit miracle.
Et la situation économique des Humanoïdes Associés ne laisse guère d’espoir.

Un dessin époustouflant

Ambiance et couleur époustouflante

Ce tome 2 avait été annoncé, sans doute trop rapidement, pour l’année 2022.
Avec 3 ans de retard, le voilà donc entre nos mains.

Au vu du travail de Niko Henrichon, on pourrait se dire que ce n’est guère étonnant.
Or, il n’est pas certain qu’il en soit à l’origine. En effet, il est resté actif outre atlantique, travaillant même en parallèle sur le dernier projet de Brian K. Vaughan : Spectateurs.
Ironie du sort, le tome 2 de Fang et Spectateurs est sorti à quelques mois d’intervalle, donnant l’impression d’une production massive.
Mais peu importe en réalité.
Le boulot de Niko Henrichon sur le titre est faramineux.

Depuis Les seigneurs de Bagdad, son trait s’est énormément affiné, proposant des planches denses et minutieuses.
Les décors sont majestueux et les scènes d’action absolument dantesques, à l’image du final du tome 2.
Les designs restent classiques mais l’anthropomorphisme est particulièrement maitrisé, allant jusqu’à créer un faciès particulier à chaque espèce. Et même au sein de l’espèce !
À ce niveau, Fang est particulirement réussie. Sa gueule n’est pas celle ne n’importe quelle renarde. Elle a son propre faciès, ses propres expressions.

Entièrement crayonné, le dessin de Niko Henrichon est enrichi par une merveilleuse colorisation, créant cette ambiance si particulière lors des scènes de flash-back ou l’apparition d’un démon.

L’ensemble est éblouissant et apporte un cachet indéniable à cette série.

En résumé

Fang de Joe Kelly et Niko Henrichon nous conte les aventures d'une jeune renarde chasseuse de démons dans un monde d'inspiration asiatique. 

Si l'idée n'est guère originale, Joe Kelly propose un récit haletant, empreint de quelques mystères et de personnages attachants.
Si le tome 1 et 2 sont deux histoires complètes, on suit un fil rouge autour des origines mystérieuses de la renarde.
En prime, il insiste sur ces oppositions qui permettent à un mal plus profond d'envahir nos sociétés. Le symbolisme est simple mais reste profondément actuel.

Malgré tout, Fang marque surtout les esprits pour la prestation graphique de Niko Henrichon. Comme pour Spectateurs, il développe un esthétisme riche et coloré d'une maitrise époustouflante.

On rêve d'un tome 3 mais la situation actuelle des Humanoïdes Associés ne laisse pas beaucoup d'espoir...
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