He (Boichi)

Hiro Narushima a un don étrange. Il perçoit des flux d’énergies colorés, présage d’évènements catastrophiques.

Employé d’une grande compagnie pétrolière, il intègre un projet dont l’objectif est la recherche d’une énergie nouvelle génération. Accompagné de Nobuki, Hirosue et Hiroshi, ils enquêtent dans la sphère des énergies renouvelables.

Mais quelles sont les réelles ambitions de leur patron ?

Entre fiction et documentaire

Depuis quelques temps, je me suis trouvé une petite passion pour Boichi. Si je le connaissais de réputation, je ne m’étais jamais réellement intéressé à son travail jusqu’à ce que sa route croise celle de mon shonen préféré : One Piece. Sa vision de l’univers d’Eichiro Oda m’a littérallement scotché.

Malgré tout, la bibliographie de Boichi est aussi conséquente qu’inégale, allant du pur shonen, à la hard science-fction en passant dernièrement au western steampunk avec The Marshal King.

He ( the hunt for the energy) aborde une autre facette de son travail. Axé autour de la question écologique, Il s’intéressait déjà à cette thématique dans The short stories.

Par certains aspects, ce manga s’avère étrange. Edité au japon en 2011-13, la série a été écrite en réaction au drame de Fukushima. Ainsi, Hiro, le protagoniste central, a été, lui aussi profondément marqué par cette catastrophe. Réticent, il intègre un projet de recherche de nouvelle énergie sans réellement croire à son aboutissement. Heureusement, il peut compter sur l’obstination de ces collègues qui, à force, feront bouger ses certitudes.

Si He est atypique, c’est tout d’abord pour sa structure. Certes, et nous y reviendront, Boichi injecte une dose de fantastique mais l’objectif de l’auteur est ailleurs. Par le biais de cette enquête, le mangaka coréen compare les différentes sources d’énergies renouvelables afin d’aboutir à un monde sans pétrole. Avec une science du détail, découlant d’un véritable travail de documentation, il met en contradiction nos pré-requis.

L’objet de cette réflexion n’est pas d’imposer un idéal mais d’expliquer les avantages et les contraintes de ces énergies, sans faux semblant. Ainsi, chacune d’entres elles, se retrouvent défendues par un « avocat » persuadé que son énergie est meilleure que celle de son voisin. Boichi se lance dans des démonstrations mathématiques, économique et scientifiques complètement ahurissantes. Étendu de panneau solaire ou autonomie des voitures électriques, le potentiel de chaque énergie est décortiqué de bout en bout. Certes, on échappe pas à une forme de prosélytisme, notamment lorsque l’on se retrouve dans les usines d’assemblage de Mitsubishi mais dans l’ensemble l’oeuvre a été écrite avec sérieux et sincérité.

À priori, si le sujet reste capital, il n’est à priori pas le plus captivant. Pourtant, Boichi réussi à nous accrocher grâce un fil rouge autour des pouvoirs d’Hiro. Il y rajoute une équipe concurrente pour accentuer l’aspect « course » de cette entreprise. C’est classique mais efficace.

Et puis, il y a les fameuses exagérations de Boichi. Certaines peuvent être agaçantes mais elles apportent une énergie qu’on imagine assez mal lors d’un discours étayés sur les panneaux solaires. Ainsi, les personnages sont en globalité radicaux et passionnés à l’extrême. Ce décalage entre le sérieux de l’exposé et la folie des exposants s’avère amusant même si le trait est forcé.

Surtout que Boichi n’est pas le plus subtil des mangaka. Et il n’échappe pas à la caricature. Le snobisme et la diatribe constante d’Hiro est usante à la longue. Nobuki et son design foutraque passe pour le « débile obsédé » de la bande. Quant à Hirosue, seule femme de l’équipe, elle n’est quasiment que représenter sous l’angle de ses atouts féminins. D’ailleurs, c’est assez fou, pour ne pas dire malheureux de découvrir qu’elle n’a quasiment aucun rôle à jouer dans cette histoire.

Alors oui ces archétypes sont aussi un moyen de mettre en valeur le propos du manga. Implacable sur les responsabilités humaines en terme de catastrophe écologie, il reste pourtant optimiste sur les possibilités d’amélioration. En cela, la fin de He se veut futuriste et universaliste.

Le style Boichi

L’un des attraits majeurs des oeuvres de Boichi reste son dessin. Et, de ce point de vue, He ne déroge pas à la règle.

Bien qu’ayant une dizaine d’années, le trait est déjà maitrisé. On peut déjà y trouver, notamment par le design d’Hiro, les prémisses d’un Dr Stone. Ses personnages sont d’ailleurs très marqués en terme de design, sûrement pour compenser le côté terre à terre de son propos. Il n’hésite pas à pousser les looks tout en restant attaché à une forme de réalisme. Il n’échappe pas au grotesque notamment avec Nobuki mais il faut avouer qu’il a toujours aimer ce genre de création gentiment ridicule.

On appréciera son sens du détail et l’énergie qu’il arrive à transmettre dans une oeuvre centrée essentiellement autour des énergies renouvelable. Boichi reste un auteur des excès. Il aime les plans distordus pour mieux exagérer les attitudes. C’est autant une qualité qu’un défaut. Notamment quand un de ses axes n’est autre que les fesses rebondies de Hirosue. On échappe pas à une forme de sexisme et même s’il s’est assagi depuis, l’auteur garde un certain goût pour les formes voluptueuses. Il est déjà juste dommage qu’Hirosue n’est rien d’autre à défendre à part sa plastique.

En résumé

He - the hunt for Energy de Boichi est un manga atypique. Ecrit en 2011 en réaction au drame de Fukushima, l'oeuvre est une sorte de documentaire sous le prisme de la fiction. 

Par le biais d'une enquête, Boichi nous expose les qualités et les avantages des différentes sources d'énergies renouvellables.
Avec un sens du détail, soutenu par une forte documentation, He devient un exposé écologique plutôt complet même s'il n'évite pas une forme de prosélytisme.

Pour enrober le discours, le mangaka coréen envoie un trio iconoclaste mais un brin caricatural, dans une compétition devant aboutir à la meilleure énergie possible.

Par un trait énergique et un sens narratif poussé, Boichi nous éduque tout en nous distrayant.
L'oeuvre est perfectible mais sincère.
Bulles carrées

Pour lire nos chroniques sur :

  • Autobio
  • Le goût de la tomate

Laisser un commentaire

Défiler vers le haut