SF Short Stories (Boichi)

SF Short Stories est un recueil de nouvelles du talentueux mangaka Boichi.

Les voyageurs de l’espace-temps

Les voyageurs de l’espace-temps est le premier recueil de nouvelles de Boichi intitulé sobrement SF Short Stories.

Mujik Park, surnommé Boichi, est un mangaka d’origine sud coréenne qui débute sa carrière au Japon en 2005.
D’ailleurs , une grande partie des nouvelles, de ce premier recueil, date d’avant sa professionnalisation au Japon.
Il s’est fait connaître en tant qu’auteur complet sur le manga Sun-Ken Rock et continue son activité, en tant que dessinateur, sur Dr Stone.
On l’a retrouvé aussi sur One Pièce : épisode A, explorant le premier voyage d’Ace.

Une dernière saveur

Les voyageurs de l’espace-temps est composé de 6 nouvelles, ayant comme axe central la fin du monde.
Qu’il soit directement visible ou en prévision, Boichi aborde l’impact d’une humanité sur son environnement et son entourage.

C’est d’ailleurs la thématique principale d’ Hotel-since A.D. 2079.
Datant de 2004, Hotel reprend la symbolique de l’arche de Noé.
L’humanité, en voie de disparition, imagine un moyen de sauvegarder son espèce par le biais d’ADN envoyé dans l’espace à la recherche d’une planète viable.
Sur Terre, il ne restera qu’un hôtel dirigé par une I.A. prénommée Louis. Et on suit cette I.A. tout au long de son évolution, subissant les ravages d’une planète dévastée.
Le récit prend le pari de nous émouvoir à travers sa tentative de survie.
La conclusion, amère et bizarrement optimiste, démontre que rien n’est totalement perdu.

Présent date de 1994-95 et raconte une romance « impossible ».
À cette époque, Boichi travaillait pour un magasine Shojo coréen dont on retrouve en partie les codes.
Cependant, le mangaka se montre assez malin pour détourner cette romance et en faire un récit poignant sur la fin de vie.

Rien que pour les thons raconte l’histoire d’un scientifique qui cherche désespérément à recréer l’espèce disparue depuis longtemps de la planète.
Sous une tonalité comique ( voire grotesque), Boichi développe une réflexion écologique pertinente, tout en revenant sur ce besoin incompréhensible de certains scientifiques de se concentrer sur des détails alors que le monde entier court à sa perte.
Le final est lunaire mais réussi, autant pour le protagoniste que pour le lecteur, à aller au bout de son concept.

La tête dans le ciel, les pied sur les terres reprend le personnage qu’il avait créé au lycée : Origin.
Si le récit est plutôt sympathique, il s’incorpore dans une chronologie globale qu’on ne connait pas forcément.
Toutefois, ce chapitre m’a donné envie de redécouvrir Origin.

La légende de la nuit date de 1996, expliquant le côté plus « particulier » de cette histoire.
S’éloignant de la science fiction, ce récit est une sorte de conte oriental.
Même d’un point de vue graphique, l’auteur adopte une démarche plus enfantine.
C’est assez surprenant mais démontre tout l’étendue de son talent.

Et en fin Diadème est sans doute la partie qui ressemble le plus au Boichi « moderne ».
Datant de 2003 et entièrement réalisé en couleur, ce chapitre vaut essentiellement pour l’atmosphère science fantaisie quasi mystique qui s’en dégage.
Cependant, il est bien plus primaire et introductif que les autres chapitres.

L’ensemble du recueil est varié et sa portée écologiste est aussi pertinente qu’ avant-gardiste.

Les soldats sans nom

Après un premier volume de grande qualité, on était en droit d’attendre la même chose pour ce volume 2.
Et force est de constater que ce n’est pas le cas. Les soldats sans nom n’est pas mauvais mais il n’a ni la portée écologique, ni la finesse du premier volume.
La faute, notamment, à une vision des personnages féminins caricaturales, pour ne pas dire autre chose.

Et pourtant, il les dessine si bien !

Les soldats sans nom est composé de 4 nouvelles, agrémentées de petites histoires courtes.
Contrairement au premier volume, celles-ci sont plus longues, offrant de l’espace pour certains développements.
Du moins, c’est ce que l’on était en droit d’exiger !

Anti-Magma a été publié en 2015, il y a tout pile 10 ans, avec pour objectif, une série qui n’aboutira jamais.
Or, malgré le succès de cette nouvelle, je ne me sens pas client de cette proposition.
Pourtant, la scène d’introduction, avec l’apparition de ces vers à tête d’homme, avait de quoi intriguer.
Le titre est généreux et foisonnant mais comme souvent avec Boichi, on tique un peu plus sur la caractérisation des personnages.
Si le héros est une caricature sur patte , il fait assez bien le job.
Mais, pour le casting féminin, la problématique est tout autre
Non seulement, elles n’apportent pas grand chose au récit mais leurs poses salaces renforçent cette imagerie désuète, pour ne pas dire dérangeante.
Au final, la proposition était alléchante mais le développement décevant.

Pour le coup, The space between est bien plus satisfaisant.
Peut être parce qu’elle date de 1997 et que le mangaka n’était pas encore tombé dans certaines facilités.
Cette romance spatiale, à la sauce Gravity, arrive à nous attacher à ses deux personnages avec un final, classique mais émouvant.
Une belle réussite.

Je serais beaucoup plus bref sur Stephanos dont le propos et la réalisation m’a dérangé au plus haut point.
Et malgré les explications de Boichi, je n’arrive pas à comprendre certains choix esthétiques.

Heureusement, le recueil se termine sur Il était là, un one Shot datant de 2020.
Pour le coup, on retrouve l’ambition et la réflexion du premier volume.
L’idée de départ de ce dernier routier est non seulement originale mais son évolution est parfaitement mise en scène.
Boichi a su travailler le rythme de son histoire, apportant la dose d’action et d’émotion nécessaire pour nous captiver de la première à la dernière page.
La preuve est faite qu’il a le talent nécessaire pour nous offrir ce type de récit même si, pour le coup, on y trouve aucun personnage féminin.

Génie graphique

Il y a une chose dont il est impossible de douter : c’est absolument magnifique.

Et quand on pense qu’une grande partie des nouvelles de SF Short Stories date d’une vingtaine d’années, on reste ébahi par la technicité de ce jeune prodige.
Bizarrement, si j’ai toujours gardé un oeil sur Boichi, j’ai l’impression d’être passé à côté de sa carrière.
J’ai un souvenir vague d’Origin, je n’ai jamais lu Sun-Ken Rock et si Dr Stone est sublime, le manga m’est malheureusement tombé des mains.
Il a fallu le One Pièce : épisode A pour que le bonhomme se rappelle à mon bon souvenir .
Et quel rappel !

SF Short Stories est forcément « imparfait » mais déjà, on y découvrait un auteur bourré de talent.
Le trait est détaillé, fourmillant de détails. La narration reste classique mais déborde de dynamisme.
Je lui ai toujours reproché une certaine « sexualisation » de ses personnages féminins.
Et si c’était moins perceptible sur le premier recueil, le second développe une imagerie féminine, plus accentuée sur les formes que sur leur caractérisation.

Dans sa globalité, SF stories étonne par la précocité de Boichi qui, s’il n’a pas écrit son oeuvre « marquante », reste un des grands mangakas actuels.

En résumé

SF Short Stories compile, sur deux tomes, plusieurs one shot, écrit et dessiné par Boichi. 

Si l'ensemble du premier volume, Les voyageurs de l'espace-temps, est de qualité constante, le second, Les soldats sans noms, s'avère plus inégal.
Néanmoins, à travers ces récits de science-fiction, le mangaka développe une variété de tonalités et de thématiques, avec une générosité assez folle.

Et graphiquement, c'est tout bonnement sublime.

Que les chapitres soient en noirs et blancs ou en couleurs, on reste ébahis par la puissance graphique de Boichi.

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