Le seigneur Edmond est de retour au pays après des années de guerre. Sur le chemin, il tombe dans le piège de l’Ogre de l’Onde qui lui propose, en échange de sa vie, de renoncer à la chose à laquelle il tient le plus. Persuadé de ne rien posséder de cher à ses yeux, il accepte. mais en rentrant, il apprend la naissance de sa fille : Pousse. Celle-ci l’ignore encore mais elle devra expier les fautes de son père.


Conte moderne

Depuis Furieuse et surtout Foudroyant, Mathieu Burniat se voue une passion pour l’univers du conte. Il faut dire que le genre est un écrin parfait l’inventivité du du scénariste tout en étant le miroir des travers de l’humanité.
Avec Pousse, Mathieu Burniat débute son récit par un carcan classique . Le seigneur Edmond passe un pacte avec un ogre, tout en ignorant posséder ce que désire la créature. Ce point de départ, proche de la tragédie, fait des enfants, les victimes involontaires des erreurs de leurs parents. Et c’est justement ce que veut développer le scénariste. Car, si Edmond se retrouve devant cet ogre, ce n’est pas un hasard. Après des années à guerroyer, il a laissé derrière lui une terre ravagée par les flammes. Or, l’Ogre de l’onde réclame le paiement de ces ravages. Ainsi, la créature devient le messager d’une nature en colère et il ya de quoi. Edmond, lui, n’est qu’un petit seigneur dont la lâcheté va coûter chère à sa fille. Les rôles sont inversés et au final, le monstre n’est peut être pas celui que l’on croit !
Pousse, derrière des codes bien connus et parfaitement maitrisés, est le miroir de cette jeunesse obligées de vivre dans un monde « condamnés » par les erreurs de leurs ainés. Et choisir la voix de l’écologie n’est pas anodin au vu de l’actualités et des combats engagés par par toute une nouvelle génération. Encore, aujourd’hui, c’est cette même jeunesse qui nous montre la voix à suivre !
Malgré cette thématique ô combien sérieuse, Pousse ne voit pas la vie en gris. Bien au contraire ! L’oeuvre est dense et multiplie les rebondissements avec un humour ravageur, proche de l’esprit de certains animés de Cartoon Network. Ainsi, les protagonistes, s’ils ont les contours classiques du genre, sont détournés, devenant des versions déjantées d’un Walt Disney sous acide. Baba Yaga prend la forme d’une biche bien flippante alors que Bois-sans-soif et Mange-sans-faim sont des lutins « pot de colle » mais particulièrement utile pour la jeune aventurière que va devenir Pousse.
En effet, ce premier tome d’un diptyque propose son lot de péripétie amenant la jeune fille à se confronter à une destinée qu’elle n’a pas souhaitée mais qu’elle assume. Alors que de leur côtés, les adultes continuent perpétuellement à commettre les mêmes fautes.
Un dessin psychédélique

Mélanie Allag est une illustratrice de la presse et l’édition jeunesse. Paradoxalement, j’ai découvert son travail avec deux récits adultes en collaboration avec Aurélien Ducoudray, L’anniversaire de Kim Jong-Il et Le repas des hyènes.
Cela explique, sans doute, l’étrangeté que l’on ressent à la découverte de cet album. Si, à première vue, son esthétisme reprend les codes de la bande dessinée jeunesse, il y a dans son trait, dans son traitement de la couleur, une impression de décalage constant. La colorisation en est le parfait reflet. Les tonalités sont excessives, dérivant par moment vers le pastel sous acide. Cette ambivalence apporte une étrangeté totalement assumée par le trait de l’autrice. Elle n’hésite pas à provoquer parfois le mal à l’aise, notamment avec une Baba Yaga en biche particulièrement perturbante. L’ensemble, bien que déroutant, apporte ce ton si particulier à l’album, correspondant aux excentricités du scénario.
Tout est un peu bizarre dans Pousse. On pourrait d’ailleurs se demander comment cet album est accueilli par le jeune public. Même si, en réalité, les enfants sont souvent bien plus tolérant que nous pour ce genre de folie esthètique.
Si, en fermant ce premier volume, je ne sais toujours pas si j’aime ou non l’approche de Mélanie Allag, une chose est sûre : elle ne laisse pas indiffèrent. Et surtout, elle est en osmose avec le récit, ce qui, au final, est l’essentiel.
En résumé
Pousse de Mathieu Burniat et Mélanie Allag est un conte moderne, portée par une folie et une dérision réjouissante.
Mathieu Burniat se sert de la structure classique du conte pour se faire le miroir d'une jeunesse payant les ravages écologiques de parents inconscients.
Alors que le sujet s'avère toujours aussi vivace au regard de l'époque que nous vivons, Pousse est avant tout un pur divertissement, n'hésitant pas à pousser le curseur de la dérision et la bizarrerie.
En cela, il est aidé par le style graphique et les couleurs psychédéliques de Mélanie Allag. Si l'approche peut dérouter, elle reste unique et correspond à merveille aux excentricités du scénario.
Vivement la suite ... et fin !

