Le Quatrième Père (Matteo Scalera)

Danny est complètement paumé. Bien que père de famille, il vient une nouvelle fois de perdre son emploi et n’a d’autre choix que de quémander l’aide de sa soeur, Sophie. Élevés par leur mère, tous les opposent et les tensions sont nombreuses. Et ce n’est pas le retour dans leur vie, d’un dénommé Frank qui va arranger les choses.. Bien au contraire !

Père et super-héros

Histoire de famille

La Quatrième Père est le premier projet, en tant qu’auteur complet, de Matteo Scalera. Après de longues années au sein de l’écurie Marvel puis en indés aux côtés de Rick Remender et Mark Millar, il saute le pas de l’autonomie pour une histoire de famille pas comme les autres. Et si il n’y a aucun doute à avoir sur ses compétences graphiques, celle concernant son écriture sont encore à prouver.

Cependant, pour une première expérience, l’auteur italien se montre assez convainquant. Loin de jouer le chien fou, il prend le temps de poser son intrigue, sans pour autant renier au potentiel de son intrigue. Ainsi, Matteo Salera enchaîne les scènes, apparemment sans aucun lien, et nous présente les différents protagonistes pour mieux lier l’ensemble vers une direction commune.

Les personnages sont d’ailleurs parfaitement caractèrisés. En premier lieu, nous avons Danny. Il vient de se faire virer de son boulot pour avoir insulter un gamin. Or, ce n’est pas la première fois que son caractère lui joue des tours. Célibataire et père d’une jeune fille, Tamira, le monde qui l’entoure ne le concerne pas et seule sa fille a de l’importance à ses yeux. Leur relation est fusionnelle et touchante mais peut on vraiment le considérer comme responsable ? Pas vraiment mais il l’aime et partage avec elle le goût des comics, les discussions interminables qui en découle, sans pour autant avoir ses connaissances. Et puis bon, même s’il aime s’en plaindre, Danny sait qu’il peut compter sur sa soeur pour lui filer un petit coup de pouce.

Sophie et Danny ont beau avoir été élevé par la même mère, ils n’ont pas grand chose en commun. Intégré, responsable et en couple avec Maria, elle a l’habitude de le voir débouler après chacune de ses conneries. Et elle commence à en voir marre de réparer les pots cassés tout en faisant face à son ingratitude. Mais bon, il y a Tamira et elle n’aimerait pas que sa nièce vive ce qu’ils ont vécus : une enfance sans père. Le rapport à la paternité est sous-jacent mais deviendra rapidement l’axe majeur du récit. De ce point de vue, on peut imaginer une sorte de cousinage avec Rick Remender, avec lequel il a longtemps collaboré sur Black Science.

Mais des changements s’annoncent. Et en effet, entre les scènes d’expositions, un étrange trio se met en quête d’un dénommé Franck, l’obligeant à sortir de l’ombre. Or, Franck n’est pas n’importe qui !

Le retour du héros

Et c’est une des forces de ce récit. Alors que Rick Remender utilise le genre pour y distiller ses réflexions sur la famille, Matteo Scalera se sert de la famille pour nous parler de super-héros.

On comprend que derrière la « banalité » de la vie, se cache une histoire plus ample. Petra, Quin et Emerson ont été engagés pour trouver un homme. Et loin d’être des « anges », ils n’hésitent pas à utiliser la violence pour obtenir de précieuses informations. Rapidement, ils mettent la main sur Franck, provoquant une confrontation explosive. L’action est parfaitement dosée, ne tombant jamais dans l’excès. Et ainsi, Matteo Scalera dévoile une évidente, au vu du choix de la couverture, révélation. Frank est non seulement surpuissant mais c’est aussi un super-héros. Le surhomme, bien que vieillissant, est charismatique. Plus connu sous le nom de Red Hope, il est l’unique super-héros de ce monde. De façon amusante, la vérité est dévoilé grâce à l’expertise geek de Tamira, comme sortant directement des pages d’un comic-book.

À ce niveau , on devine toute l’expérience de l’ancien dessinateur mainstream. Matteo Scalera connaît les codes du genre et les a parfaitement digérés. En quelques pages, il nous dévoile une « origin story » mettant en scène les débuts du héros, ses premières aventures jusqu’à la rencontre d’une femme, liant la destiné du vieillard à celle de Danny et Sophie.

Inévitablement, tout se croise et les révélations se multiplient même s’il garde la plus étonnante pour le cliffhanger de fin de tome. La thématique du super-héros fusionne avec celle de la famille, posant rapidement la question de l’héritage. Et, au vu de la présentation des personnages, le choix semble évident. Pourtant, la réalité s’avère plus complexe.

Avec ce premier volume, Matteo Scalera propose un récit dense, riche et plutôt malin. Et même si le sujet reste classique, le tout est assez bien mené pour nous donner envie de découvrir la suite et fin de cette aventure.

Pur jus comics

Alors oui, je vais entendre dire que Le Quatrième Père ne peut pas être totalement considéré comme un comics. En effet, le projet a été acheté par Astrolabe pour être édité en France sous une forme différente de celle que l’on retrouvera plus tard aux Etats-Unis. Et effectivement, Matteo Scalera, ayant lancé son projet sur la plateforme Ulule, ne le proposait qu’en noir et blanc alors que la version française nous propose une version colorisée par Giovanna Niro.

D’ailleurs, cette colorisation, bien que réussie, est un peu sombre. J’y vois deux raisons. La première vient tout simplement du fait que l’album, ayant été prévu pour sortir en noir et blanc, a un encrage plus marqué. Effectivement, on sent que l’encrage de Matteo Scalera prend beaucoup de place. Les pages sont denses et fourmillent de détails, sans non plus tombé dans la profusion. L’auteur peut ainsi laissé ses cases respirer même si les tonalités de couleur reste en globalité sombres. L’autre raison est peut être éditoriale. Astrolabe a fait le choix du papier mat, et non de l’habituel papier glacé, ce qui peut renforcer cet aspect étouffé.

Malgré tout, le dessin reste magnifique. la patte de Matteo Scalera fait des merveilles. Son style anguleux et expressif fonctionne aussi bien sur les scènes de dialogues que le scènes d’action. On est certes loin de la mise en page ultra énervé de Rick Remender mais il sait indéniablement mettre du rythme dans sa mise en page.

Le Quatrième Père est donc une réussite graphique mais ceux qui connaissait déjà le travail de l’auteur espagnol en doutaient guère.

En résumé

Le Quatrième Père est le premier album en solo de Matteo Scalera. 
Et pour un premier projet, l'auteur italien nous propose un récit, certes classique mais parfaitement mené où les questions de paternité et d'héritage fusionnent avec un récit du retour d'un super-héros en bout de course.

Matteo Scalera prend son temps pour poser les éléments de son intrigue sans pour autant négliger son rythme. Quant au cliffhanger de fin de volume, il donne clairement envie de lire la suite même si certains indices amènent déjà à quelques suppositions.

Graphiquement, l'album est sublime. Le style de Matteo Scalera fait toujours autant de merveille. Il est accompagné des couleurs de Giovanna Niro qui fait un chouette boulot même si elles paraissent légèrement sombre, nuisant à la lisibilité de certaines cases.
Un détail dérisoire pour un album globalement réussi et convaincant !
Bulles carrées

Pour lire nos chroniques sur :

Laisser un commentaire

Défiler vers le haut