Alors que la France a été frappée par un virus, faisant chuter drastiquement la testostérone de la population masculine, le pays doit maintenant faire face à une baisse de sa natalité.
Pour y mettre un terme, le gouvernement, aidé par les médias Rebolo, lance sa politique de réarmement démographique.
Cependant, la famille Boulard a d’autres priorités : c’est l’heure des vacances, direction la Bamboule !
Or, c’est exactement là-bas qu’une émission de télé-réalité décide de s’installer avec un objectif clair : trouver le Grand Fécond !


Dans la grande tradition de la satire
Une famille ordinaire

Procreator de Luz est donc la suite de Testoterror.
Si ces deux albums peuvent se lire indépendamment, on y retrouve, non sans un certain plaisir, la famille Boulard.
Si le précédent opus se concentrait sur Jean-Pat, le patriarche en perte de testotérone, Pocreator élargit cette-fois son propos à toute la famille.
Jean-Pat n’a pas évolué d’un pouce. Loin d’être le « couteau le plus affuté du tiroir », le bonhomme est un mâle dans toute sa « splendeur ». Un brin idiot, il se retrouve une nouvelle fois embarqué dans une histoire qui le dépasse, enchaînant les quiproquos.
Attention, ce n’est pas un masculiniste. On peut même dire qu’il a pour lui un capital sympathie. C’est un père de famille qui essaie de ne pas être à la ramasse, un ami presque de confiance et un mari aimant qui, malgré tout, ne fait pas grand chose pour alléger la charge mentale de sa femme. Pour résumer, il est clairement à la ramasse et, comme tout homme qui se respecte, manque cruellement d’autonomie.
Vaness est en « pause ».
L’angoisse causée par cette chute de testostérone s’est répercutée sur une charge mentale déjà bien élevée. Et ses vacances sont le symbole du repos.
Sur l’ensemble de l’album, elle enchaine les siestes, ne se préoccupant guère des problèmes de son mari. Néanmoins, la moindre de ses réflexions est le signe d’un recul pour le moins caustique sur la situation.
Jean-Ju, lui, est en pleine crise d’adolescence. Il se retrouve embarqué dans une guerre entre les Chapons et les Antimas, fanatiques religieux, ne réservant leur semence que pour le mariage.
Le jeune garçon est loin de comprendre les tenants et aboutissants de cette affaire. Les hormones ont beaucoup trop d’emprise sur lui.
S’il y a une héroïne dans cette histoire, c’est la cadette de la famille : Jeanne.
Depuis la mort de son chien Champion, elle réclame vengeance à coup de Munchak’chaussette.
Clairement dans un imaginaire des plus enfantins, elle écrit ses pensées, concernant entre autres sa famille, dans un journal intime pour le moins abracadabresque.
Elle y compte ses rencontres, ses « aventures » et son plan pour mettre fin à cette hystérie collective.
Rien de bien sérieux en réalité, sauf si on décide d’y accorder une importance démesurée.
Les Boulard, à l’instar des petits gens qu’aime tant Pascal Rabaté, sont une famille ordinaire vu sous le prisme satirique de Luz.
Les situations sont souvent grotesques, loufoques et découlent d’un rythme comique parfaitement dosé.
On n’échappe pas à certaine « lourdeur », inhérente à un genre adepte des excès. Cependant, elles servent à pointer du doigt les abus d’une réalité concrète.
La quête de la suprême semence

Luz, en tant qu’ancien dessinateur de presse pour Charlie Hebdo, n’a jamais caché ses opinions.
Et à ce niveau, Procreator n’a pas pour objectif de faire dans la finesse. Le récit s’attaque clairement à la politique nataliste, organisée depuis quelques temps par le gouvernement.
Dans la réalité, pas de virus, juste une population qui fait le choix de ne plus (ou moins) faire d’enfants.
Horreur et damnation pour les conservateurs qui voient dans cette chute de natalité une dégradation de la France.
Avec Procreator, Luz caricature cette idée politique selon laquelle la natalité serait un objectif principal. Ainsi, on crée un ministère de la fertilité, où l’armée, alliée à la télévision, se lance dans un recrutement de « petits soldats ».
Avec un sens aigu de la dérision, l’auteur se moque d’un patriotisme frisant le ridicule, tout en pointant les liens étroits entre politique, médias et système économique.
Il explique comment cette politique de natalité n’est, en réalité, qu’une excuse pour un propos anti-immigration centré sur la peur du « grand remplacement ».
Et bien sûr, tout est la faute des « gauchistes »…
Plus que sur Testosterror, Luz retrouve son goût de la caricature, nous offrant des versions décalées de Bolloré, Arnault et Macron.
Les traits sont exagérés mais découlent d’une forme de vérité.
S’il y en a un qui se retrouve brocardé tout au long de l’album, c’est bien le Colonel Zemouna, ancien animateur « humoristique » au service des médias Rebolo, engagé par l’armée pour organiser cette télé-réalité irréelle.
On devine aisément la personnalité derrière cet animateur, assez idiot pour accorder une véracité au journal intime d’une jeune fille.
Hystérique, maniaque, complotiste, servile, lâche, il n’y a sans doute pas assez de mots pour le décrire. Luz lui réserve un sort assez délicieux.
Alors oui, satire oblige, le propos est asséné au tractopelle. On laisse de côté la finesse au profit d’un humour corrosif que les adeptes du Saint Roustan de Pierre-Emmanuel Barré adoreront.
Entre la parodie des Enfoirés et une société tournant autour du spermatozoïde, il est difficile de ne pas rigoler grassement.
Un véritable dessinateur de Bd

Depuis plusieurs albums, Luz se montre comme un véritable dessinateur de bande dessinée dont Deux filles nues reste le meilleur exemple.
Avec Testoterror, et encore plus Procreator, il opère la fusion entre son expérience de dessinateur de presse et celle d’auteur de bande dessinée confirmé.
Pour la Bande dessinée, on sent un trait de plus en plus affirmé grâce à un encrage gagnant en variété.
La mise en page est inventive, dynamique, et certaines cases sont tout bonnement magnifiques. Ces personnages sont naturels. Et malgré les exagérations inhérentes à son style, on retrouve une forme de réalisme dans les attitudes. À cet égard, la scène où Jeanne dévoile ses talents de Munchak’chassette est un régal.
Les portraits croqués de Bernard Arnault ou Vincent Bolloré découlent d’une véritable tradition de la caricature.
En somme, Procretaor est une réussite graphique, une pierre de plus à une bibliographie de plus en plus conséquente.
En résumé
Suite directe de Testosterror, Proceator de Luz peut se lire indépendamment.
Dans la plus pure tradition de la satire, l'auteur se moque, avec un sens caustique des plus féroces, de la politique d'un gouvernement obsédé par la natalité.
Par le biais d'une famille "ordinaire", il caricature homme d'état, dirigeant économique et animateur de télévision, en appuyant le trait là où ça gratte.
Ce n'est pas toujours fait avec finesse mais l'objectif est avant tout de taper fort tout en provoquant le rire.
D'album en album, Luz opère une véritable fusion entre son expérience de dessinateur de presse et celle d'auteur de bande dessinée.
Procreator est un album inventif et surtout drôle, ce qui fait franchement du bien en ces temps de grande morosité !


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