Ultimate X-Men (Peach Momoko)

Hisako Ichiki est une jeune lycéenne,, habitant sur le territoire d’Hi no Kuni, le « pays du soleil ».
Depuis le suicide de son meilleur ami, Tsubasa, elle ressent la présence d’une entité mystérieuse.
Cette ombre poursuit la jeune fille jusqu’à une confrontation où elle se découvre une nouvelle capacité : celle de se forger une armure d’énergie.

Petit à petit, elle comprend qu’elle n’est pas la seule à posséder des pouvoirs. Et avec ses amies, elle enquête sur ceux qu’on nomme « les enfants de l’atome ».

Les X-men made in Japan

La vision d’une autrice

L’univers Ultimate part d’un constat terrible : les X-Men n’existent pas.
En effet, dans un monde remodelé par le Créateur, les mutants sont isolés. Ils n’ont trouvés aucune cause commune autour du rêve de Xavier, ni même celui de Magnéto. Ainsi, la famille Raspoutine se retrouve du côté des oppresseurs et non plus des héros.

Pourquoi ? Cela reste un mystère et certains espéraient, sans doute, que la série de Peach Momoko réponde à ces interrogations.
Il n’en sera rien !

À priori, donner carte blanche à l’autrice japonaise afin de créer sa propre version des X-Men est une excellente idée.
Cette adepte des réécritures s’en était déjà parfaitement sortie avec sa version de l’univers Marvel sauce Yokai dans sa saga des Demon ( Days et Wars).
En effet, Peach Momoko s’amuse, depuis plusieurs années maintenant, à remodeler l’univers super-héroique sous le spectre de la culture et des traditions japonaises.

Et Ultimate X-Men ne déroge pas à cette règle.
Si vous recherchez une adaptation classique, jetez-vous sur Ultimate Spider-Man ou Ultimates. Mais avec cette série, consacrée à la partie mutante, le degré de bizarrerie monte d’un cran.
Pas de Charles Xavier, pas de manoir et au final, pas de X-Men. En effet, le nom de l’équipe (hormis à travers un petit X énigmatique) n’y ai jamais mentionné tout au long de ces douze premiers numéros ( la série en compter 24 ).
Et quand le terme mutant apparaît, il entre en confrontation avec ceux que le comics nomme « Les enfants de l’atome ».

Ainsi, le projet de Peach Momoko prend le risque de nous perdre, surtout si on adhère pas à sa vision.
Pourtant, de l’originalité, vous en aurez. Et c’est en acceptant de ne pas relire une énième version des X-Men qu’on en décèlera les qualités.

Une vision 100% féminine


En choisissant comme héroïne principale, Armor, une X-Men secondaire, apparaissant pour la première fois sur Astonishing X-Men, Peach Momoko expose son point de vue.
Ses X-men seront féminines et asiatiques !

Ainsi, Ultimate X-men s’attarde sur le le destin d’Hisako Hichiki, à peine remis du décès de son meilleur ami.
Dès les premières pages, la tonalité du récit s’avère pesante.
La jeune fille jongle entre tristesse et la culpabilité de ne pas avoir compris le malêtre de son ami. Ce qui , d’ailleurs, permet de traiter de façon annexe, des sujets récurrents à de nombreux mangas : harcèlement, suicide et trauma adolescent.
S’emparant des codes du récit horrifique, Peach Momoko crée une ambiance sombre, angoissante et parfois étouffante autour de nos héroïnes.

Car en effet, le groupe se compose essentiellement de filles. Plus que des super-héroines, ce sont des amies qui, au fil des pages, vont apprendre à se découvrir.
Certains portraits sont des échos à des personnages bien connus.
Ainsi, Mei pourrait être une version adolescente d’Ororo. Et, Nico est une reprise totale d’une des membres des Runaways, autre groupe mutant crée par Brian K. Vaughan.

En réalité, Peach Momoko propose un prisme déformant des héros et de l’histoire que nous connaissons.
Tellement déformant que certaines idées semblent en totale inadéquation avec la ligne générale Ultimate.
De ce fait, Mei n’est pas une Ultimate Tornade, apparaissant de son côté dans Ultimate Black Panther.
Quant à l’énorme révélation mettant en scène un mutant ressemblant à s’y méprendre à Wolverine, l’idée est désavouée par l’apparition d’un Ultimate Wolverine plus « classique ».

Ceci dit, par leurs identités japonaises, Peach Momoko écrit ses héroïnes comme des inspirations et non des nouvelles versions.
Aussi, peut on se poser cette question : écrit-elle vraiment une série Ultimate X-Men ?
Elle y répond en opposant mutant aux « Enfants de l’atome ».
Ainsi, si certain.es doivent leur pouvoir à la génétique, d’autres sont des pures créations. Par ce fil rouge, elle expose au final une vision jonglant, avec des personnages canoniques (Armor, Nico) et d’autres qui ne sont que des échos à l’instar de Kageyama et son Cerebro mystique ou Natsu et son laser sortant d’un seul oeil.
Ce ne sont pas des Ultimate Xavier ou Cyclope mais bien des personnages à part entière.

Certes, on image mal l’intégration de ces personnages dans la trame globale Ultimate, ce qui explique le si peu de mentions faites aux autres titres.
Cependant, on espère que Peach Momoko ai pensé son intrigue sur la longueur avec des révélations à venir surprenantes.
Personnellement, je ne partais pas forcément conquis. Mais je dois avouer que la démarche de l’autrice est des plus radicales. Or, dans le monde aseptisé du Marvel actuel, elle ne peut pas laisser totalement indifférent.

La patte Momoko

Le trait de Peach Momoko a déjà de nombreux adeptes. Ses multiples couvertures, souvent merveilleuses, et ses deux mini-séries, Demon Days et Demon Wars, lui ont apportés un certain prestige.

Son empreinte manga colle merveilleusement à un récit qui de toute façon a été écrit pour convenir aux influences de l’autrice.
Le trait aux pinceaux apportent de la souplesse à un trait faussement naïf. Les designs de se personnages sont inventifs et profite d’une caractérisation d’inspiration manga.
Peach Momoko, avant d’être une autrice de comics, a été mangaka et cela se ressent autant dans ses influences que dans son trait et son découpage.

Paradoxalement, son point fort est la colorisation. Pourtant originaire d’un pays qui n’a rarement accordé de réel intérêt pour la couleur, elle s’est rapidement trouvé une magnifique palette chromatique aquarelle, apportant de la profondeur et de la fluidité à son dessin.
Elle joue avec les effets de lumière et certaines couleurs chatoyantes pour symboliser les pouvoirs de ses protagonistes que ce soit ceux d’Armor ou les armes psychiques de Karon.
Malgré tout, l’ambiance se veut sombre, parfois glauque rappelant certains manga d’horreur à la Juni Ito dont elle est fan. On y retrouve certains codes à l’instar de cet oeil inquisiteur ou d’une ombre vaporeuse omniprésente.

Malgré tout, pour tenir les délais d’une série régulière, l’autrice doit, par moment, lésiner sur des arrières plans souvent vides. De plus, on la sent par moment un peu prise de court, devant abrégé certaines illustrations.
Néanmoins, l’ensemble reste cohérent et si on accepte ce petit sacrifice, on appréciera une travail d’ensemble de qualité.

À noter qu’à l’instar des annexes de mangas, Peach Momoko conclut chaque chapitre par une sorte de glossaire, nous présentant un élément particulier de la culture japonaise. Un petit bonus des plus agréables.

En résumé

Ultimate X-Men de Peach Momoko est le projet le plus étrange, mais aussi le plus original de cette nouvelle collection Ultimate.

Plus qu’une adaptation, l’autrice propose une version personnelle, passée sous le prisme de la culture japonaise
mais qui semble avoir du mal à être adoubée par la direction globale de l’univers Ultimate.
C’est d’autant plus dommage que certaines idées apportent plus de folie que celle utilisée dans la « continuité » (Tornade ou Wolverine).

Néanmoins, si on accepte le contrat passé avec l’autrice, la série nous offre une intrigue féministe, emprunt d’une tension horrifique étonnante. Quant aux mutants, s’ils sont bien présents, il faut les imaginer comme des inspirations et non des adaptations
, comme ce fut le cas sur Demon Days et Wars.

Le graphisme, tantôt pastel, tantôt charbonneux est toujours aussi magnifique.
Et si, pour tenir les délais, certains cases sont expédiées, elle se rattrape par d’autres totalement épatantes.

Une belle surprise !

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