Amer a un don pour réparer les objets.
Travaillant pour son oncle, il casse son électro-clef mais obtient l’autorisation pour descendre au stock afin d’en récupérer une nouvelle.
Les règles sont strictes mais la curiosité le pousse à enfreindre l’une d’entres elles. Par inadvertance, il tombe sur un étrange casque qu’il ne peut plus retirer de sa tête.
Conscient des problèmes à venir, il demande l’aide de son meilleur ami, Dario.
Accompagné d’un robot recueilli dans les ruelles, le duo entament un long périple.


La première pierre
Héros sans le vouloir

AMR de Simon « Hutt » T. a tout de la première pierre à un immense édifice.
En effet, si le titre nous est vendu comme un one shot, avec un début et une fin, son univers semble encore en maturation, voire en construction.
On y suit le périple d’Amer.
Habitant de la planète Osiris, le jeune garçon n’est pas vraiment un aventurier. Comme il le dit lui-même : « les surprises, ils les laissent aux autres ».
Il travaille dans l’atelier de son oncle et bien que ce dernier soit un grognon invétéré , il adore ce qu’il fait.
Sur une grande partie de l’histoire, il n’est pas à l’origine l’action. Pire, il la subit !
Dès le départ, en tombant sur ce casque, faisant de lui la cible de la Garde Royale, il se confronte à une destiné bien trop grande pour lui.
Et clairement, s’il pouvait le retirer, il le rendrait sans aucun scrupule. Mais il ne le peut pas et à l’inverse, il se retrouve à rechercher désespérément une solution à son problème.
Pour cela, il peut compter sur son meilleur ami, Dario.
Lui, c’est un peu antithèse d’Amer. Fougueux, bagarreur, il n’hésite pas à se jeter dans la mêlée pour défendre son ami. Curieux, ce voyage ne lui fait pas peur. Au contraire, il a les ressources pour faire avancer l’histoire.
Leur relation est une des grandes forces de l’album. Un lien fort et sincère les unit et bien qu’ils soient différents, Ils restent soudés dans l’adversité même quand tout semble perdu.
Inévitablement des tensions naitrons, accompagnées de reproches injustifiés mais leur amitié tient coût que coûte. Dario est l’épaule sur laquelle Amer peut se soutenir en cas de défaillance.
Sur les 2/3 de l’album, le duo franchit les étapes une par une jusqu’à ce l’auteur opère une cassure psychologique brutale te inattendue.
C’est d’ailleurs un de mes points de litiges. L’impact est fort, brusque mais les répercussions sont en réalité peut exploiter, comparativement à ce qui nous avait été décris précédemment.
Pour éviter de déflorer le récit, je n’en dirais pas plus mais à ce niveau, Simon « Hutt » T. privilégié l’action au sentiment et c’est dommage.
À noter que le duo deviendra rapidement un trio puis un quatuor.
Ils seront rapidement accompagné d’un robot dont la présence sert à accentuer le décalage entre l’homme et la machine. À ce niveau, les dialogues sont assez croustillants et avec un automatisme froid, le robot s’intègre malgré tout à la bande.
On pourra se poser la question de son utilité jusqu’aux dernières pages nous laissant sur une révélation qu’il est difficile de laissé de côté.
AMR reste un one shot avec un début et une fin.
La bande multiplie les péripéties afin de trouver une solution aux problèmes d’Amer.
L’action est trépidante et entre l’obstination du chef de la Garde Royale et les immenses créatures peuplant des territoires inconnus, leur vie est constamment mis en dangers.
Surtout qu’ils l’ignorent mais ce que porte Amer est bien plus qu’un casque lié au passé douloureux de la planète Osiris.
D’une certain façon, AMR est un voyage initiatique.
Amer ne peut plus être le jeune gamin insouciant qu’il était. Sa destiné l’amène à devoir prendre ses responsabilités et faire des choix cruciaux.
Pourtant, est-ce réellement la fin de l’histoire ? Au vu d’une posture fortement référencée, et des derniers mots clôturant son cycle, rien n’est moins sur .
« L’avenir nous le dira. »
La découverte d’un nouveau monde

Derrière l’aventure, Simon « Hutt » T. construit un monde riche, dont la hiérarchie et l’histoire semble avoir été réfléchi en amont.
Ainsi, on découvre la planète Osiris, encore marquée dans sa chaire par la guerre et la destruction.
Le casque est un élément essentiel de cette construction. Artefact venant d’un autre monde, sa puissance aurait causé la destruction de planète.
Les années ont passées mais la reconstruction n’a pas effacé les stigmates d’un passé douloureux.
D’où les règles de gestion des stocks ou la présence de Sarya, gardienne affectée aux terres oubliées afin d’éviter que l’histoire se répète.
Et pour cela,, il y a pas d’autre solution que de détruire ce casque surpuissant. Mais est-ce réellement le souhait de celle qui lui a donné cette mission, la reine Salomé ?
On comprend que le monde s’est complexifié.
Osiris est une planète technologique avancée mais affaiblie et elle doit faire face à des appétits voraces.
L’album s’ouvre sur une proposition étonnante : le rachat de la planète tout entière.
le deal est simple et tient plus d’une OPA agressive que d’une offre commerciale. Le vocabulaire utilisé par le capitaine et les membres de l’équipage reprennent ceux de la finance et de la bourse. Osiris n’est plus qu’une simple marchandise et ses habitants n’ont aucun droit de regard sur la colonisation à venir.
Or, la reine Salomé ne compte pas rogner la liberté de son peuple.
Il est difficile de ne pas y voir un propos profondément anticapitaliste.
Les symbole sont nombreux et largement appuyés pour être compréhensible par tous.
Là aussi, AMR propose une conclusion mais pas de véritable final.
Entre un casque qui tient plus de l’arme dissuasive et des envahisseurs revanchards, on ferme l’album comme la parenthèse d’un moment devant aboutir à un autre.
Et on l’espère car beaucoup de choses restent en suspens et peuvent engendrer une forme de frustration.
Du Franco-manga coloré

Comme beaucoup d’artistes du label 619, Simon ‘Hutt » T. a fait ses classes tranquillement au sein du label avant d’avoir l’opportunité de se lancer sur un album solo plus personnel.
Après quelques épisodes dans l’anthologie Doggy Bags et une collaboration avec Run sur Mutafakaz 1886, AMR est son premier gros projet d’ampleur.
Et au vu de ce que l’on ressent à la fin de la lecture, nous n’en avons qu’une partie restreinte.
Graphiquement, les lecteurs de manga adoreront le travail de Simon « Hutt » T. . Le trait est vif, dynamique, les design de robots, monstres technologiques et décors sont tout bonnement fabuleux et les couleurs explosives à souhait.
Je n’ai pas réellement compris la signification de la partie en noir et blanc mais pour le reste, les couleurs apportent ce petit coup de boost, unifiant l’ensemble de l’album.
D’un point de vue plus personnel, je ne suis pas fan du graphisme de ses personnage.
Amer, Dario, Saya et même la reine Salomé paraissent bien fades en comparaison de la minutie des décors ou de la bestialité des monstres.
Les visages sont rugueux, simplistes et souvent archétypaux. Alors, je conçois l’évocation des codes manga mais cet aspect ne me parle pas vraiment.
Paradoxalement, son personnage principal est bien plus charismatique avec un masque que le visage découvert.
Néanmoins, on appréciera la créativité globale et on s’amusera des nombreuses références jetées ici ou là allant d’Akira aux pingouins évoquant ceux du Batman de Tim Burton.
En résumé
AMR de Simon "Hutt" T. est un album de science fiction vif, un voyage initiatique classique mais explosif.
À travers la destiné d'Amer, un jeune garçon dont la tête est coincée dans un casque, on découvre un monde hanté par les traumas du passé et menacé par une invasion sous forme d'OPA hostile.
Les personnages sont attachants et les liens d'amitiés entre Dario et Amer structurent à eux seuls la force du récit.
Le rythme est soutenu, multipliant les rebondissement jusqu'à une rupture brutale au 2/3 de l'album.
Si on applaudit l'audace, le traitement et les répercussion semblent moins abouties. Cependant, au vu de la conclusion et des nombreuses pistes laissées de côté, il y a fort à parier que cette fin ne soit pas réellement une conclusion !
Graphiquement, le trait de Simon "Hutt" T. est affirmé même si je préfère ses designs technologiques à ceux des humains.
Est- ce la première pierre d'un édifice plus immense ? L'avenir nous le dira

