Batman Prime (Matt Fraction / Jorge Jiménez)

La police est maintenant aux mains de Vandale Savage, qui compte bien se débarrasser du justicier de la Gotham City.
Heureusement, Batman peut faire confiance aux membres de sa famille et aux alliés indéfectibles que sont Gordon et Bullock.
Et pendant que la police s’arroge le droit de tirer à vue, le crime s’organise autour d’un nouveau chef : le Minotaure.

Un Batman lumineux et politique

Plus de Bruce Wayne

J’ai longtemps hésité à me lancer sur cette nouvelle mouture de Batman.
Certes, l’équipe artistique, avec Matt Fraction au scénario et l’indéboulonnable Jorge Jimenez aux dessins, était alléchante mais cela fait des années que le titre – et le héros – ne me fait plus rêver.
Le cynisme de Batman ne me parle plus, lui préférant très largement le côté plus humain d’un Superman.
Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que j’aime autant la série Nightwing de Tom Taylor et Bruno Redondo.
Mais, Batman, c’est du sérieux, de la rigueur, de l’autorité alliée à un brin de paranoïa. Même Batman Nocturne de Ram V a été écrit sur ce moule.

Cependant, contre toute attente, Matt Fraction décide d’explorer une autre piste.
Connu pour son travail sur Hawkeye avec David Aja, le scénariste possède une véritable science de l’écriture, développée à travers d multiples genres.
Le barré Casanova n’a pas grand chose à voir avec le polar qu’était November, bien diffèrent de ce très sympathique Batman Prime.

Et pour assoir sa prestation, Matt Fraction décide de laisser plus de place à Bruce Wayne.
À l’image de cette première scène où le justicier se découvre devant Croc, comme pour mieux se mettre à égalité avec ce monstre à la psychologie d’enfant, l’intrigue laisse une large place à l’humanité de ces personnages, principaux et secondaires.
De c point de vue, la Batfamily a le droit à un traitement de faveur. Réduite à Damian Wayne et Tim Drake, les deux Robin en activité, les nombreuses interactions sont réjouissantes.
Ce premier volume se consacre à Tim Drake, dont la vie privée est continuellement bousculée par ses activités nocturnes.
Ainsi, l’album se conclut sur une grande décision, traité avec une émotion assez rare sur un titre Batman.
La justesse des rapports familiaux participent à la réussite de ce premier arc, offrant des scènes particulièrement bien senties.

Ainsi, on découvre un Batman, plus humain avec une pointe d’humour. Laissant de côté ce caractère maussade, il se montre plus détendu et ouvert à la discussion.
Bruce Wayne se retrouve même à agir à « visage découvert » dans une séquence digne d’un James Bond.
Néanmoins, il peut aussi se montrer sévère, notamment vis à vis de Damian qui reste cet enfant turbulent dont il faut canaliser l’énergie.

Malgré tout, Batman Prime prend le parti de l’humanité, prenant le temps de faire vivre ses personnages .
Néanmoins, Batman reste un justicier et lui faut bien un ennemi à combattre.

Police et criminalité

À ce niveau, Matt Fraction ne fait pas dans l’originalité.

Vandale Savage est le chef de la police de Gotham, alors que Gordon se retrouve à la circulation et Bullock continue sa carrière de détective privée.
Pendant ce temps, le docteur Annika Zeller est persuadé de pouvoir « réparer » certains dysfonctionnement du cerveau alors que le Minotaure réunit les grandes familles de mafia de Gotham pour en devenir le chef.
Le rythme est soutenu, sautant d’une sous intrigue à une autre, avant qu’un fil rouge plus global prennent forme.
Néanmoins, ce premier volume reste introductif mais si une thématique centrale émerge.
En effet, Vandale Savage autorise les policiers à user de tous les moyens pour pourchasser les justiciers de Gotham, rabaissé au rang de hors-la-loi.
Et c’est Tim Drake, aka Robin, qui en fera le premier les frais. Maintenant, à Gotham City, les policiers tirent à vue !

Dans l’Amérique de Trump, il est difficile de ne pas le lien entre les actions de ces policiers et ceux de l’ICE.
Une force « policière » se retrouve avec le plein pouvoir pour remplir une mission et il en use voire en abuse.
Aucun contrôle, aucune limite. Au contraire, à coup de fake News, la victime peut rapidement devenir le coupable.
Quand la fiction n’est que le reflet de la réalité !

L’habitué de la Chauve-souris

J’ai découvert Jorge Jimenez sur Superman et je suis rapidement devenu fan de son trait, fusion parfaite entre manga et comics.
Ce style a fait des merveilles sur le premier tome de SuperSons, série consacré aux aventure de Damian Wayne et Jonathan Kent. Je me rappelle du design hyper cool de Superboy avec sa cape et ses Teddy Smith

Son arrivée sur Batman est une consécration pour le dessinateur espagnol.
Si les scénaristes se sont multipliés, de James Tynion à Chip Zdarsky, lui est resté, s’enfermant dans une routine graphique.
Les dessins de Jorge Jimenez restent de qualité mais son empreinte graphique se perd dans une informatisation, créant une sensation d’automatisme.
Et sił s’amuse à inventer des designs de dingues, ces nouveaux vilains ne sont pas assez marquants pour rester dans l’histoire, ce qui n’est pas de son fait. On espère que le Minotaure aura plus de chance mais, une nouvelle fois, son look marque les esprits.

Avec Batman Prime, on le retrouve en grande forme.
A l’image du nouveau costume de Batman, tout en sobriété, l’auteur espagnol dessine de façon moins mécanique, laissant plus de place à l’encrage et à certains effets de mise en page.
D’ailleurs, ses scènes d’actions sont parfaitement chorégraphiées. On retiendra la course poursuite en voiture, digne d’un blockbuster estival.
Au final, ce rafraichissement profite à un dessinateur qui, sans bouleverser ses habitudes, nous régale de planches de toute beauté.

En résumé

Batman Prime de Matt Fraction et Jorge Jimenez souffle un vent de fraicheur sur un titre qui en avait bien besoin. 

Alors que le justicier de Gotham City se caractérise par son austérité, Matt Fraction laisse plus de place à Bruce Wayne , à la batfamily et donc à l'humanité de ses personnages.
On est presque étonné de découvrir une véritable relation père / fils entre Bruce et Tim et Damian.
La série est dynamique, se permettant quelques touches d'humour, chose assez rare pour le souligner.

L'intrigue globale reste introductive mais elle aborde la thématique des violences policières, nous amenant à réfléchir aux actes récents de la police et plus précisément de l'ICE.

Jorge Jimenez reste l'indéboulonnable de service mais cette nouvelle direction semble lui faire autant de bien qu'au titre. On le retrouve inspiré, moins mécanique, récupérant à son compte la fraîcheur du scénario.

Plus qu'à confirmer cette bonne impression !
Bulles carrées

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